Adam Mosseri, patron d'Instagram depuis 2018, affirme devant un tribunal californien que passer 16 heures quotidiennes sur les réseaux sociaux relève d'un « usage problématique », pas d'une addiction. Sa comparaison avec le visionnage compulsif de séries Netflix passe mal.

Addiction aux réseaux sociaux - © Shutterstock
Addiction aux réseaux sociaux - © Shutterstock

Les mots ont un poids, surtout devant un juge. Adam Mosseri vient de tracer une ligne rouge entre « problématique » et « addictif ». Le patron d'Instagram témoigne cette semaine dans un procès historique à Los Angeles, où Meta et YouTube sont accusés d'avoir sciemment conçu leurs plateformes pour rendre les enfants dépendants. Pendant qu'un texte de loi sur l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans pourrait entrer en vigueur en septembre et que Bruxelles qualifie officiellement TikTok de trop addictif, le responsable d'une des plus grandes plateformes mondiales soutient exactement l'inverse. Le décalage est vertigineux.

Un dirigeant qui minimise face aux accusations

Le procès oppose Meta à une plaignante de 20 ans qui accuse Instagram d'avoir volontairement développé des fonctionnalités pour piéger les jeunes utilisateurs. Confronté à l'exemple d'une personne passant 16 heures sur l'application en une seule journée, Mosseri refuse le terme d'addiction. Il préfère parler d'« usage problématique », une formule qu'il et ses équipes utilisent en interne pour désigner quelqu'un qui passe « plus de temps sur Instagram qu'il ne le souhaiterait ».

Instagram
  • Des interactions faciles par de nombreux canaux (publications, Stories, messagerie, etc.)
  • Un réseau social adapté aux préférences des utilisateurs dans la gestion de leur compte
  • De nombreux types de contenus à créer, à partager et à consulter
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Sa comparaison tombe comme un cheveu sur la soupe : « Je suis sûr d'avoir dit que j'étais accro à une série Netflix après l'avoir regardée très tard un soir, mais ce n'est pas la même chose qu'une addiction clinique ». Mosseri insiste sur cette distinction sémantique tout en admettant ne pas être médecin.

Adam Mosseri © AFP

Il précise néanmoins que quelqu'un de « très proche » de lui a vécu une vraie addiction clinique, ce qui le pousse à peser ses mots. L'avocat des plaignants interroge frontalement le dirigeant : Instagram privilégie-t-il le profit à la sécurité des mineurs ? Mosseri balaie l'accusation en affirmant que des choix néfastes au bien-être des utilisateurs nuiraient à long terme à l'entreprise.

La sémantique comme bouclier juridique

Cette bataille de vocabulaire n'a rien d'anodin. Elle intervient au moment précis où les régulateurs européens démontent méticuleusement les mécanismes du défilement infini, de la lecture automatique et des algorithmes de recommandation ultra-personnalisés. La Commission européenne a formellement constaté que ces dispositifs créent des boucles de récompense qui basculent le cerveau en « mode pilote automatique ». Le constat scientifique est accablant : ces fonctionnalités déclenchent des comportements compulsifs et réduisent le contrôle de soi.

La position de Mosseri ressemble à un exercice d'équilibriste. Reconnaître l'usage problématique tout en niant l'addiction permet de concéder un terrain mineur pour protéger le cœur du modèle économique. Car si l'addiction était officiellement reconnue devant un tribunal américain, les conséquences dépasseraient largement ce procès. Cela ouvrirait la voie à une avalanche de poursuites et légitimerait l'arsenal réglementaire que Bruxelles et Paris sont en train de déployer. L'Europe ne s'embarrasse plus de nuances : TikTok risque une amende pouvant atteindre 6% de son chiffre d'affaires mondial pour design addictif, et la France prépare le blocage pur et simple des plateformes pour les adolescents dès septembre 2026.

Source : Neowin