Le directeur juridique de Google accuse Bruxelles de créer une « friction réglementaire » qui ralentit l'innovation. La Commission enquête sur le géant américain pour non-respect du Digital Markets Act.

Kent Walker a prévenu l'Union européenne qu'en cherchant à réduire sa dépendance aux groupes technologiques américains, elle compromettait sa propre dynamique économique. « Ériger des murs qui rendent plus difficile l'accès à certaines des meilleures technologies au monde serait en réalité contre-productif », a déclaré le directeur juridique de Google au Financial Times.
Tandis que les dirigeants européens tenaient jeudi en Belgique un sommet sur la compétitivité, Kent Walker y voit un « paradoxe compétitif » : Bruxelles veut stimuler la croissance tout en restreignant l'usage des technologies nécessaires pour y parvenir.
L'Europe doit d'ailleurs présenter au printemps un « paquet souveraineté technologique » pour développer des solutions cloud souveraines et renforcer l'indépendance dans le domaine des logiciels.
Le marché avance plus vite que les règles
Google défend une « souveraineté numérique ouverte » qui permettrait à l'UE de garder le contrôle sur les technologies clés tout en profitant des meilleures technologies mondiales. Kent Walker propose des partenariats entre entreprises américaines et européennes avec un contrôle local et un stockage local des informations. La Commission européenne mène pourtant plusieurs enquêtes sur Google et achève des discussions dans le cadre du Digital Markets Act, qui doit garantir l'équité pour les concurrents plus petits. L'an dernier, Bruxelles avait averti Alphabet que Google Search et sa marketplace Google Play ne respectaient pas le cadre réglementaire existant.
Kent Walker rappelle la popularité des services Google en Europe. Les consommateurs les utilisent quotidiennement pour la recherche, les e-mails, la traduction ou les cartes. « La friction réglementaire » européenne prive selon lui les consommateurs et entreprises du continent des « meilleurs outils numériques ». « La transition vers l'IA est la transition technologique la plus compétitive que nous ayons jamais vue. Le marché avance plus vite que les règles actuellement », affirme-t-il. Contrairement à Apple, le géant de la recherche n'appelle pas l'UE à abroger son code numérique mais préconise une « approche pragmatique et prospective », en particulier concernant l'intelligence artificielle.

Donald Trump et Emmanuel Macron alimentent les frictions transatlantiques
L'administration Trump et l'Union européenne multiplient les désaccords sur la régulation numérique et les mesures pour restreindre l'accès des enfants aux réseaux sociaux. Emmanuel Macron, qui défend depuis longtemps une souveraineté numérique accrue, a prévenu cette semaine que de nouveaux affrontements entre l'UE et les États-Unis sur la régulation technologique étaient probables cette année. Kent Walker espère éviter un tel conflit. Google est une entreprise multinationale qui attache de l'importance à la certitude et à la prévisibilité, rappelle-t-il. « Si nous avons 190 pays avec 190 règles différentes, il est très difficile de développer des logiciels », argue le directeur juridique.
Donald Trump a menacé le Groenland. Les Européens ont aussitôt relancé les appels à des mesures de rétorsion contre la Silicon Valley, alors que l'Europe accuse un déficit important vis-à-vis des États-Unis dans le secteur des services. La start-up française d'IA Mistral a annoncé mercredi avoir multiplié par vingt son chiffre d'affaires au cours de l'année écoulée. Les entreprises européennes cherchent des alternatives aux technologies américaines et Mistral en profite. Le directeur juridique n'a pas commenté cette possibilité de représailles. Google reste concentré sur la fourniture de ses services au bloc européen et demeure « profondément engagé » envers l'Europe, assure-t-il.
Des frictions qui ne gâchent en rien l'optimisme de Kent Walker. Il croit pouvoir résoudre les problèmes soulevés par Bruxelles de manière favorable à l'économie européenne et aux consommateurs. Les discussions avec la Commission ont connu des « progrès », assure-t-il.
Source : Financial Times (accès payant)