Une Ariane 6 hybride équipée de boosters réutilisables. C'est le nouveau projet d'Arianespace, qui ne compte pas rester sur la touche face aux acteurs américains et chinois. Sera-t-il à la hauteur de l'enjeu ?

Car c'est connu : l'Europe accuse un retard conséquent dans le domaine des fusées réutilisables, une technologie qui a révolutionné les lancements. Elle est non seulement maîtrisée par SpaceX depuis plus de dix ans, mais également par Blue Origin depuis quelques semaines. Et pendant ce temps, la Chine accélère pour disposer de son propre lanceur réutilisable, une performance qu'elle pourrait accomplir très prochainement.
Des boosters inspirés de ceux de MaiaSpace
Le Vieux Continent ne reste pas immobile pour autant. L'Agence spatiale européenne (ESA) a lancé plusieurs initiatives pour accélérer le développement de technologies de réutilisation, sans attendre la conception d'un tout nouveau lanceur. Objectif : tester rapidement des solutions, à moindre risque, en s'appuyant sur des architectures existantes.
C'est dans ce cadre qu'ArianeGroup a proposé d'adapter Ariane 6 en remplaçant ses boosters latéraux à poudre par des alternatives à ergols liquides, potentiellement récupérables, dérivées de la technologie de MaiaSpace, sa filiale qui développe un lanceur réutilisable. Le projet a été retenu par l'ESA au côté de celui d'Isar Aerospace qui doit, de son côté, étudier un démonstrateur de premier étage réutilisable à partir de son lanceur léger Spectrum.

Une technologie encore limitée
Si ce projet se concrétise, il faudra malgré tout attendre un bon moment avant de le voir se matérialiser. Car le premier vol de MaiaSpace, qui doit permettre de valider sa technologie, n'est pas attendu avant 2027.
À noter, également, qu'il ne remet pas en cause l'architecture fondamentale d'Ariane 6, dont le corps central resterait non récupérable. Conçu pour fonctionner plus de sept minutes et atteindre des vitesses très élevées, il n'est pas adapté à un retour contrôlé dans l'atmosphère.
L'étage supérieur, utilisé pour placer les satellites en orbite, ainsi que la coiffe protégeant la charge utile, demeureraient eux aussi à usage unique. En l'état, il s'agit donc d'une réutilisation limitée aux seuls boosters latéraux, loin d'un lanceur totalement réutilisable comme Starship.
Si les bases sont effectivement excitantes, l'Union européenne (UE) doit clairement accélérer pour rattraper son retard à l'heure où la souveraineté devient un enjeu essentiel. Oui, plusieurs start-up locales travaillent sur leur lanceur réutilisable, mais il s'agit souvent de petites fusées, loin de mastodontes comme Starship ou New Glenn.
Sources : European Spaceflight, Ars Technica