Le fondateur de Wikipédia explique pourquoi il n'approuve pas la directive copyright

29 mars 2019 à 07h42
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Wikipedia
Casimiro PT / Shutterstock.com

Co-créateur de l'encyclopédie en ligne, Jimmy Wales martèle que l'adoption de la réforme européenne du droit d'auteur va avoir des effets négatifs.

Mardi 26 mars, et après de nombreux débats et mois de négociations, le Parlement européen a enfin adopté la réforme du droit d'auteur à 348 voix pour face à 274 voix contre. En outre, les articles 11 et 13, contestés par les géants du numérique, sont devenus les articles 15 et 17. Désormais, chaque État membre de l'UE a deux ans pour transposer la directive copyright dans son droit national. De son côté, l'encyclopédie Wikipédia maintient sa position, qui n'est pas favorable à la réforme, malgré son exemption.

Une directive qui va « contre notre philosophie », estime Wales

Jimmy Wales, co-fondateur de Wikipédia, reste sceptique sur la directive copyright, qu'il estime mal conçue et dont il redoute des effets contre-productifs. L'homme d'affaires américain (qui aurait pu être Gallois, non ?) ne voit pas d'un bon œil de forcer la main aux plateformes du Web en les obligeant à négocier les licences avec les ayants droit issus de la musique ou de la presse sous peine de retirer des contenus à foison, comme il l'indique dans une interview accordée à nos confrères des Échos.

Alors que Wikipédia est exemptée des dispositions de la réforme, son co-fondateur considère que l'UE achète son silence au regard de la bienveillance des internautes envers l'encyclopédie. « Mais la directive rendra plus difficile de trouver des choses en ligne. Elle va contre notre philosophie », soutient Wales.

Wales redoute une situation ingérable qui profiterait à des acteurs comme Facebook

Pour étayer ses propos, Jimmy Wales prend l'exemple d'une plateforme de messagerie sur la maladie d'Alzheimer sur laquelle les internautes échangent et partagent des ressources. « Elle peut très facilement finir par être soumise aux obligations de la directive », craint-il. « Et le responsable de cette plateforme devra faire les meilleurs efforts pour retirer du contenu si les ayants droit se plaignent ou au cas où ils se plaignent. C'est ingérable. La fin de la neutralité des plateformes est une catastrophe  »

Jimmy Wales pointe aussi du doigt les imprécisions d'outils comme ContentID de YouTube, qui risquent d'entraîner une suppression trop importante de contenus et de pousser les éditeurs de contenus à créer des groupes Facebook, « et cela va profiter à Facebook et coûter plus cher », pense Wales.

La directive « ne nécessite pas de réguler tout l'Internet »

En outre, le co-fondateur de Wikipédia considère que le système actuel fonctionne bien. « Ce sont les majors de la musique qui veulent toujours plus », dénonce-t-il. Mais « cela ne nécessite pas de réguler tout l'Internet » .

S'agissant de la presse, Wales estime qu'il est immoral d'exiger des plateformes qu'elles payent. « On détruit le concept de liberté d'expression. C'est de la folie. Et dire ''j'ai besoin d'argent'' ne vous donne pas un droit d'en réclamer à quelqu'un d'autre quand il ne vous a pas fait de mal. Ce n'est pas respecter la propriété privée ».

Wales craint forcément que le trafic que les plateformes dirigent vers les news ne soit menacé par la directive. Il est là, le vrai effet pervers tant redouté.

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