Solowheel, longboard, trottinette ou vélo électriques : la mobilité urbaine facilitée ?

Par Aurélien Audy
le 14 mai 2015 à 11h11
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Solowheel 1500W S300



S'il est vrai que chaque moyen de transport électrique a ses propres spécificités, pour le Solowheel, la principale est indiscutablement l'originalité. C'est un « monocycle électrique gyro stabilisé », ou une sorte de gyropode à une roue et sans manche de direction, comme vous préférez. D'extérieur, le produit est redoutablement simple : une roue gonflable (type vélo ou mobylette, en 16 pouces) couverte d'un cache en plastique rigide, avec une poignée sur le dessus, un bouton marche/arrêt, deux rembourrages en mousses latéraux terminés par deux cale-pieds. L'idée : on se coince le Solowheel entre les jambes pour devenir super-piéton à la sauce futuriste.

C'est à l'intérieur que se cache la complexité. Outre le moteur de 1500 W et la batterie Li-Ion Sony de 51,8 V et 4 Ah, il y a deux éléments importants constituant l'essence même du produit : son électronique, qui va produire l'équilibre avant/arrière (carte mère, capteurs gyroscopiques et contrôleur de puissance) et son système de transmission par induction électro-magnétique (jante en ferrite mue sans contact, par des aimants). Les deux seules pièces soumises à une usure physique sont le pneu et les charnières des cale-pieds : la longévité du Solowheel est supposée généreuse. Ce qui permet aux distributeurs exclusifs de Solowheel Europe (une marque américaine à l'origine) de justifier l'investissement initial conséquent de 1 800 à 2 000 euros (selon qu'on opte pour une génération 4 ou un S300 de génération 5).

Vidéo de test du monocycle électrique Solowheel


D'un point de vue plus focalisé sur les usages, voilà ce qu'autorise le S300 :

  • Charge maximum de 113 kg (c'est bien) ;
  • Vitesse maximale de 18 km/h (c'est moyen) ;
  • Autonomie entre 17 et 25 km en ville (c'est moyen) ;
  • Capacité de franchissement de côtes à 30 % (c'est énorme !) ;
  • Recharge en 1 h avec le chargeur 2 A (c'est très rapide).

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Des chiffres qui montrent assez bien la vocation première du Solowheel : des déplacements urbains plutôt courts, compris entre 1 et 8 km, 3-4 km étant l'idéal. Ce n'est pas tant une question d'autonomie que de rapidité des déplacements ou même de posture. Avec une vingtaine de kilomètres par heure maximum mais plutôt une douzaine en moyenne et une position debout à tenir, le Solowheel ressemble plus à un accélérateur de marche qu'à un véritable véhicule électrique. Dernier point important : quand il n'y a plus de batterie, le Solowheel n'est plus utilisable puisqu'on se retrouve alors avec une roue inerte... de 11 kg à porter.

Premiers contacts avec le véhicule électrique



Dans cette sélection de quatre engins électriques, il y a le Solowheel et il y a les autres. Sébastien Achard de Solowheel Europe a dû m'initier pendant 1 h en me tenant par la main avant que je n'arrive à rouler seul. Et il m'a fallu un entraînement régulier pendant plusieurs jours pour apprendre, entre autres, à monter sur le Solowheel sans l'aide d'un poteau. Et encore aujourd'hui, si je m'arrête à proximité d'un support, je ne résiste pas à l'envie de m'y agripper. L'appréhension diminue progressivement, mais elle reste toujours un peu malgré tout. C'est probablement le caractère non naturel du moyen de locomotion, sur une seule roue, qui fait ça : le mode stationnaire n'existe pas, sans mouvement l'équilibre latéral n'est pas possible. Et plus la vitesse est faible, plus cet équilibre devient hésitant. Solowheel compare l'apprentissage de son monocycle électrique à celui du vélo. L'apprentissage peut-être, mais ce n'est pas parce qu'on sait faire du vélo qu'on est à l'aise sur un Solowheel.

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Sébastien Achard de Solowheel et moi-même. Crédit photo : Jean-François Bressy, un photographe qui passait par là.

Comment se e-déplace-t-on ?



Le Solowheel est un cas totalement à part. J'avoue avoir renoncé à parcourir les 8,4 km qui séparent mon domicile du travail avec l'appareil. D'abord, parce que le trajet emprunté comprend beaucoup de pistes cyclables. Avec 20,7 km/h de vitesse de pointe et 13,3 km/h en moyenne, le trajet prendrait trop de temps. Pas loin de 40 minutes, et beaucoup plus en restant sur les trottoirs. Ça ne me convient pas pour ce trajet parce que je recherche une solution rapide, mais aussi parce que la position raide comme un piquet sur une durée aussi longue n'est pas confortable. En prime, on a vraiment l'impression de se transformer en culbuto à roulette. Non au lieu de ça, je me suis contenté d'une balade sur un parcours bien dégagé et fermé à la circulation de 2 km, effectué en 9 minutes.

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Et pour être tout à fait honnête, je manque encore d'assurance sur cet engin. A la fois pour slalomer sereinement entre les piétons ou pour doser son équilibre sur les trottoirs étroits (à faible vitesse donc), mais aussi pour gérer tous les démarrages, aux feux par exemple. Sans compter que quand on perd l'équilibre, on ne sait pas toujours comment va réagir le Solowheel. Une fois il est parti tout seul droit devant, visiblement plus à l'aise sans moi dessus. J'ai dû courir derrière pour le rattraper. Plus généralement, lors d'une chute ou si on soulève le Solowheel allumé, la roue s'affole un instant puis elle se coupe et la LED se met à clignoter en rouge : il faut éteindre l'appareil puis le rallumer. Le bon point, c'est que les chutes sont totalement bénignes : avec les pieds non loin du sol et aucun obstacle devant, on se dégage facilement du monocycle. Il faut juste espérer ne pas se prendre un retour de cale-pieds dans le tendon d'Achille (chaussures montantes à privilégier).

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Ceci étant dit, un pouvoir d'attraction indicible émane du Solowheel. J'ai envie d'y revenir, en dépit de la difficulté. Parce que je sens que je progresse un peu à chaque fois, même doucement, et parce que cette sensation de flotter au-dessus du bitume est assez inédite et plaisante. La roue gonflable absorbe bien les chocs, le Solowheel roule en silence. A défaut d'être détendu, je trouve l'expérience paisible. Au bout d'un moment, les virages se négocient facilement, l'appréhension des petits obstacles s'amenuise. Et il faut bien reconnaître que cette roue passe à peu près partout sans broncher, pour peu que le corps anticipe les reliefs. La route mouillée n'est pas un problème (en revanche pour les virées nocturnes le Solowheel manque d'éclairage). Non, il n'y a véritablement que les démarrages qui me posent encore problème : je parviens à les gérer sans appui, mais pas sans vaciller. Il me faut donc souvent écarter les bras sur les premiers mètres pour me stabiliser : au milieu d'une foule, c'est la distribution de baffes assurée. Ce sentiment de ne jamais être sûr que je vais bien réussir mon démarrage, m'est pénible, même si les statistiques s'améliorent à chaque fois.

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La prise de recharge du Solowheel

Pour l'instant, j'envisagerais plus le Solowheel pour de la balade en milieu hospitalier que pour traverser rapidement la moitié de la ville tous les jours. Cela, même si le Solowheel, dans cette version S300, semble bien pouvoir respecter les 20 km d'autonomie annoncés. Mon cumul de petits trajets sans recharge s'en rapproche. Néanmoins, la question du prix chagrine irrémédiablement : 2 000 euros, soit le prix du vélo, me semblent excessif. D'autant que des concurrents arrivent sur le marché à des prix bien plus agressifs (moins de 1 000 euros) : InMotion et son V3 ou encore le GotWheel 14''. Sauf bien sûr à vouloir miser sur le capital sympathie de l'objet. Puisqu'il est vrai que le Solowheel ne laisse personne indifférent : les gens vous regardent tantôt fascinés, tantôt ébahis. C'est amusant.

Verdict



Il est difficile d'évaluer le Solowheel tant il rompt avec l'existant. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la pratique du monocycle électrique n'est pas innée. Sauf prédispositions particulières qui nous échapperaient, tout le monde devra passer par la case plus ou moins longue de l'apprentissage. Et avant même de poser ses pieds pour la première fois sur un Solowheel, il faut vaincre les appréhensions que nourrissent la « gyro-stabilisation » et l'aspect « sur une roue » également. Ce n'est pas simple, beaucoup de gens n'oseront probablement pas tenter l'expérience, mais c'est surmontable. Et on finit par s'attacher à l'engin, au fur et à mesure des progrès. Car au final, le Solowheel ne manque pas d'attraits : conduite douce et passe-partout, appareil robuste, simple et relativement léger (plus que le vélo ou la trottinette Egret One-S), autonomie correcte.

Toutefois, il y a un obstacle que le Solowheel risque d'avoir du mal à passer, c'est son prix prohibitif. Et s'il se faufile assez facilement, il ne roulera pas partout pour autant (trop lent pour les pistes cyclables). Autrement dit, le Solowheel va bien pour des balades piétonnes ou des micro-déplacements combinant pourquoi pas des transports en commun, mais il n'est pas approprié pour des trajets longs à travers la ville. Ou alors, il faut vraiment ne pas être pressé.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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