Du QWERTY à l'AZERTY, histoire des claviers populaires mais mal aimés

25 janvier 2016 à 11h41
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Aujourd'hui pointé du doigt par le gouvernement car il ne serait pas assez français, le clavier AZERTY a pourtant été créé dans ce but. Si les raisons de l'époque justifiaient alors sa forme, malgré l'évolution technologique, il n'a lui-même que peu changé. Mais serait-il possible, aujourd'hui, de le revisiter ?

Cette actualité ayant rencontré un beau succès d'audience, nous la remettons en avant afin que ceux qui ne l'aurait pas vu passer puissent aussi en profiter.


Aujourd'hui, la plupart des claviers et ordinateurs utilisés et commercialisés en France sont AZERTY. Une qualification qui s'explique par l'ordre des premières touches des lettres sur ledit clavier. Cette configuration varie selon les pays : dans les pays anglophones, les claviers sont QWERTY, tandis qu'en Allemagne par exemple, les claviers sont QWERTZ.

Face à cela, on peut se poser de multiples questions : qu'est-ce qui explique que nos claviers francophones ne soient pas les mêmes qu'ailleurs ? Pourquoi l'ordre des lettres change ? Est-ce que cette configuration a connu des évolutions depuis sa naissance ? La plupart des réponses se trouvent dans l'origine-même du clavier, à savoir dans l'évolution des machines à écrire.

Légende et réalité



L'explication la plus courante que l'on trouve lorsqu'on cherche l'origine de l'AZERTY est généralement erronée. En effet, l'une des légendes qui circulent le plus consiste à dire que les lettres ont été agencées de cette manière pour des raisons de statistique : les lettres les plus populaires auraient été glissées à proximité des doigts les plus sollicités pour écrire, de manière à optimiser la frappe et la rendre plus confortable. Cette théorie est fausse, même si, comme on le verra, elle a été évoquée par de nombreux détracteurs du clavier que l'on connait.

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Mais c'est du côté du QWERTY que tout commence. En 1868, l'Américain Christopher Latham Sholes invente, avec Samuel W. Soule et Carlos Glidden, la toute première machine à écrire. Le premier prototype, décrit comme « le croisement d'un petit piano et d'une table de cuisine », dispose d'un clavier sur lequel les lettres sont organisées par ordre alphabétique. Mais Sholes met rapidement le doigt sur l'une des principales limites de la machine : les bras mécaniques des lettres, qui viennent frapper le papier pour s'y imprimer, ont tendance à s'entrechoquer et à se bloquer dès qu'on met un peu trop de cœur à l'ouvrage.

A cette époque, le problème est d'autant plus complexe à résoudre que les pièces qui composent les premières machines sont imparfaites, et les barres métalliques avaient tendance à se tordre au fil de leur utilisation. Christopher Sholes va passer plusieurs années à améliorer le fonctionnement de sa machine, en sollicitant notamment un enseignant, Amos Densmore, avec qui il va calculer les fréquences de proximité de toutes les paires de lettres possibles, de sorte à éloigner le plus possible les plus évidentes sur le clavier. Découragés par l'ampleur de la tâche, absolument colossale, Soule et Glidden quittent le projet, laissant à Sholes leurs brevets.

Un succès avant tout commercial



Il faut plusieurs années à Sholes et Densmore avant d'en arriver à la configuration QWERTY, qui aboutit finalement en 1873. La même année, Sholes cède ses brevets à la Remington Arms Company, qui sortira les fameuses machines à écrire Remington. Néanmoins, conscient que son système n'est pas parfait, il continuera, les années suivantes et jusqu'à sa mort en 1890, de perfectionner son concept. Pendant ce temps, Remington vend des machines avec grand succès, et ne voit pas trop pourquoi il faudrait changer l'agencement des touches de claviers alors que personne ne s'en plaint.

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La machine à écrire Remington N°1

Il faut savoir, pour l'anecdote, que les premiers QWERTY ne disposaient pas de touche 1 : il fallait utiliser le I en guise de chiffre. La touche 1 fait son apparition quelques années suivantes, de même que la possibilité d'écrire en majuscule et minuscule. Des innovations dues à Sholes, qui dépose peu avant sa mort un nouveau brevet avec un agencement de lettres totalement différent, qui n'a jamais été utilisé.

La théorie du télégraphe



L'histoire de Christopher Sholes aurait pu s'arrêter là. Mais, en 2011, des chercheurs japonais ont avancé une théorie, à savoir que les premières machines à écrire auraient été « bêta testées » par des télégraphistes, qui avaient besoin de taper très rapidement à la machine pour retranscrire des messages en morse. Les dactylos auraient donc précédé le clavier QWERTY.

Dans cette théorie avancée par des chercheurs de l'université de Kyoto qui se sont basés sur de la documentation de l'époque, les opérateurs télégraphes auraient donc influencé Sholes dans l'organisation de son clavier. Mais, paradoxalement, la configuration conçue par Sholes et Densmore permettait de ralentir la frappe pour éviter que les tiges s'emmêlent, ce qui a tendance à aller à l'encontre du télégraphe, qui doit être très rapide.

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Le doute plane donc sur cette explication, mais elle pourrait cependant justifier le travail effectué par Sholes par la suite, pour tenter de perfectionner sa création.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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