Plague Network : comment mon smartphone m’a transmis la peste

Marc Mitrani
20 mars 2015 à 10h51
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Saviez-vous que votre smartphone pouvait vous transmettre la peste ? Nous en avons fait l'expérience un peu par hasard, au détour d'une application pas vraiment comme les autres. Récit d'une contamination qui va sûrement laisser des traces.

C'est une forme de peste que seul un smartphone peut transmettre. Si elle ne met pas en péril la vie de son propriétaire, elle s'attaque sans pitié à sa productivité et à ses relations sociales. Cette peste, ou plus exactement The Plague Network, peut lui faire perdre plus de temps que Facebook et Twitter réunis ! Si vous souhaitez y échapper, n'installez surtout pas l'application Plag** - The Network, disponible sur iOS et Android. Car une fois testée, vous risquez de devenir accro à ce réseau social d'un nouveau genre, où les notions d'amis et de followers n'existent pas.

Château de cartes

Plague Network est un réseau social très différent de ceux qui existent actuellement. Son élément de base est la carte, sorte de feuille de papier virtuelle où l'on peut inscrire un court texte (140 caractères maxi, cela vous rappelle quelque chose ?), partager une URL, insérer une photo, une vidéo ou un GIF animé. Une fois créée, la carte « infecte » les quatre utilisateurs géographiquement les plus proches. S'ils aiment son contenu, ils la font glisser d'un coup de doigt vers le haut de l'écran : elle infectera alors d'autres membres du réseau. S'ils ne l'aiment pas, un glissement vers le bas et son voyage s'arrête ici. Toutes les cartes ont une durée de vie de 7 jours pour ensuite disparaître. Chacune est accompagnée d'un certain nombre d'informations : le pseudo et le profil de son créateur, bien sûr, mais aussi une mappemonde assortie de graphiques montrant l'étendue de la contamination. Enfin, chaque carte peut être commentée par les membres qui ont été infectés.

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Village global

Plague Network est né en novembre dernier en Lituanie, après une bonne année de développement. Les neuf créateurs du réseau, dirigé par Ilya Zudin se sont inspirés du concept de média de communication planétaire unifié. Très en vogue dans la science-fiction des seventies, il est lui-même issu des travaux de Marshall McLuhan sur la théorie du Village Planétaire, dont les quatre caractéristiques (interactivité, communauté, variété et vitalité) sont ici bien présentes. La bande de Deep Sea Marketing, nom de la structure hébergeant Plague (bien qu'il ne s'agisse pas d'une boite de marketing) peaufine jour après jour son concept. L'un des premiers ajouts fut un « index d'infection ». Calculé pour chaque utilisateur selon la performance de son activité sur le réseau, sa valeur augmente ou diminue afin de déterminer le nombre de membres qui seront infectés par une carte qu'il crée ou relaie. Par exemple, après 3 mois d'utilisation, notre index d'infection est de 1237, chaque carte que nous relayons infecte désormais 15 utilisateurs.

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La philosophie de Plague résumée : connecter le plus de personnes entre elles, partager tout type de contenu qu'il soit vrai ou faux, pas de monétisation...


Un réseau automodéré... ou presque !

D'autres ajouts ont fait leur apparition, comme l'enregistrement de l'image contenue dans une carte (le pseudonyme de l'auteur étant inséré en filigrane), la possibilité de s'abonner à ses commentaires, ou le signalement d'un contenu inapproprié. Et a priori, cela marche ! Inscrits depuis fin novembre sur Plague, nous n'avons jamais croisé de contenus choquants ou inappropriés. Chez Deep Sea Marketing, on se félicite de la sagesse des utilisateurs, il est vrai, renforcée par une équipe de modérateurs veillant à la bonne tenue du réseau. Les utilisateurs choqués par une carte sont invités à la signaler : elle sera examinée et l'équipe décidera de son sort. Mais la modération la plus efficace reste incontestablement celle qu'effectue chaque membre, en choisissant de diffuser ou non une carte qu'il reçoit.

Témoignages et questions pertinentes

Sur Plague, il n'y a quasiment aucune prise de bec entre utilisateurs, il est vrai, rendue difficile par l'absence de listes de contacts ou de followers. Les cartes que nous avons reçues durant les presque quatre mois où nous avons investi le réseau sont très variées. Elles vont du simple pompage d'images récupérées sur Facebook ou Twitter, aux réflexions philosophiques, témoignages et questionnements pertinents. Comme cet utilisateur russe expliquant pourquoi il approuvait la résistance des Ukrainiens durant l'hiver dernier, ou la diffusion d'infos et d'images après les attentats de Paris. On a aussi croisé des Européens questionnant les Russes sur leur perception de Vladimir Poutine, ce qui a mené à une discussion passionnante par commentaires interposés, sans aucun dérapage incontrôlé.

De talentueux artistes, notamment des photographes, cherchent à faire connaître leur travail par ce biais. Certains y ont trouvé une véritable reconnaissance, d'autres, non. Ils ont tout de même eu le droit à des commentaires bienveillants et des critiques constructives. N'allez toutefois pas croire que Plague est un monde de Bisounours : des témoignages très intenses y figurent, sur la vie quotidienne en temps de guerre, sur les difficultés du moment. Bref, sur la vie telle qu'elle est.

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Do you speak english ?

Autre avantage par rapport à Facebook, Plague Network n'est pas encore filtré par les gouvernements amateurs de censure, expliquant sûrement la libre parole qui y règne... A condition de maitriser l'anglais, devenue de facto la langue officielle du réseau. Seuls les Allemands et les Français tentent encore une vaine résistance, leurs cartes ne circulant finalement pas beaucoup, à moins d'être bilingues. Certains utilisateurs se félicitent de cette domination de l'anglais sur le réseau et expliquent qu'ils ont grandement amélioré leur vocabulaire grâce à l'application.

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Plague n'a fait l'objet d'aucun lancement médiatique, ni de promotion depuis son lancement, seul le bouche-à-oreille assurant sa promotion. Deep Sea Marketing ne dévoile aucun chiffre précis sur le nombre d'utilisateurs. Tout juste apprendra-t-on que le cap des 10 000 utilisateurs a été franchi à peine six semaines après le démarrage et que leur nombre augmente désormais au rythme de 10% par semaine. À ce jour, près d'un demi-million de cartes ont vécu leurs sept jours de gloire sur le réseau. La plus populaire a infecté un peu plus de 12 500 utilisateurs. Elle représentait un graffiti à propos du réchauffement global de la planète. Comme nous, les utilisateurs de Plague sont assez accros au réseau : 9% se connectent plus de 20 fois par jour et 6% des sessions de consultation font plus de 30 minutes. On vous l'a dit au début : Plague est réellement addictif !

Et le futur, dans tout cela ? Les créateurs de Plague ne sont pas très bavards sur les évolutions qu'ils vont apporter au réseau. Après les applications Android et iOS, on espère tout de même le développement d'une version Windows Phone. Et s'ils reconnaissent bien volontiers avoir des idées sur l'évolution du réseau, ils refusent pour l'instant de créer des cartes publicitaires. Très bien, mais jusqu'à quand ?
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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