EPR de Flamanville : entre retards et frais exorbitants, EDF se fait taper sur les doigts par un audit

29 octobre 2019 à 16h45
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EPR Flamanville
© SIPA / Alexis Morin via Les Echos

« La construction de l'EPR aura accumulé tant de surcoûts et de délais qu'elle ne peut être considérée que comme un échec pour EDF ». Le rapport rendu au gouvernement au sujet de la construction de l'EPR de Flamanville pose un regard particulièrement sévère sur le projet.

Sans cesse repoussée et accusant désormais d'énormes surcoûts, la construction de l'EPR fait l'objet d'un mea culpa de la part du P.-D.G. d'EDF, Jean-Bernard Lévy.

Quatre fois le budget initial

Le projet de l'EPR de Flamanville a démarré en 2006. À l'époque, le lancement de cette centrale nucléaire de troisième génération était prévu pour 2012, et le coût total du chantier était estimé à 3 milliards d'euros. Désormais, le démarrage du réacteur est prévu pour 2022, accusant dix ans de retard, et le coût initial a été multiplié par quatre, s'établissant désormais à 12,4 milliards d'euros. Des réévaluations successives sont à l'origine de ces chiffres : en avril 2018, par exemple, des « écarts de qualité » ont été constatés sur 150 soudures. Plus tôt en octobre, le coût de réparation des soudures défectueuses a été estimé à 1,5 milliard d'euros. Entre autre, cela a pointé la difficulté d'EDF et Framatome à trouver des soudeurs qualifiés.

Un an après avoir été mandaté par le gouvernement, l'ancien P.-D.G. de PSA, Martin Folz, a rendu un audit particulièrement accablant concernant le projet. Le document déplore une perte « généralisée » des compétences, une gouvernance qualifiée « d'inappropriée » ainsi qu'une absence de « culture de qualité ». Il souligne « l'irréalisme » des estimations initiales, en admettant toutefois que les évolutions de la réglementation ont compliqué le début des travaux.

Un nouveau plan d'action pour le mois prochain

Le gouvernement est forcé d'acquiescer. Pour le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, ce projet renvoie à un « manque de rigueur inacceptable » et « un échec pour toute la filière électronucléaire française ».

Le dirigeant d'EDF, Jean-Bernard Lévy, a déclaré qu'il acceptait les conclusions du rapport, et a promis que la société allait « redoubler d'efforts ». Il y a quelques mois, le conseil d'administration d'EDF envisageait d'abandonner le projet. Mais le gouvernement, qui détient le capital de l'entreprise, veut encore y croire et a sommé EDF de mettre au point un « plan d'action ». Celui-ci doit être prêt d'ici un mois. Il sera d'abord remis au conseil d'administration d'EDF, puis validé par l'Etat.

Ce dossier est sûrement l'un des plus problématiques pour le nucléaire français, après l'abandon par le gouvernement du projet Astrid, qui devait voir la mise en place de réacteurs nucléaires de 4e génération.

Largement médiatisé, le projet de l'EPR de Flamanville concentre tous les attentes : la ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, a affirmé que, jusqu'à sa mise en service, aucune décision concernant d'autres réacteurs ne serait prise. Pour GreenPeace, le rapport rendu par Martin Folz est une « mascarade » cherchant à « sauver la filière nucléaire ».

Une filière qui semble paradoxalement difficile à sauver : parallèlement à l'EPR de Flamanville, des défauts de fabrication ont déjà été mis au jour dans six réacteurs nucléaires français.

Source : France24
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