D'aucuns pensent que le streaming va finir par remplacer tout support physique. Et comme beaucoup, j’ai empilé les abonnements, acheté des films en VOD, profité de la promesse du « tout, tout de suite ». Et puis, presque sans m’en rendre compte, je suis remis à acheter des Blu-ray. Ni vraiment par nostalgie, ni par rejet du streaming. Mais parce que, en 2026, le disque répond encore à des attentes que les plateformes n'ont jamais comblées.

Un petit bout de la collection de Blu-ray 4K Ultra HD de notre rédacteur en chef. © Nicolas Guyot
Un petit bout de la collection de Blu-ray 4K Ultra HD de notre rédacteur en chef. © Nicolas Guyot

Qualité d’image et de son, pérennité des œuvres, liberté d’accès, cohérence avec du matériel haut de gamme toujours plus exigeant : à mesure que le streaming multipliait les compromis, le Blu-ray s’est imposé à nouveau comme une évidence.

Quand le Blu-ray rappelle ce qu’est une vraie image

À force de tester régulièrement des téléviseurs et des vidéoprojecteurs, je ne faisais que renforcer un paradoxe au quotidien. Pour évaluer sérieusement un diffuseur (au niveau du contraste, de la gestion des dégradés, de l'HDR, de la restitution des couleurs et j'en passe), j’utilise des Blu-ray, et en particulier des Blu-ray 4K Ultra HD. C’est une évidence. Une source maîtrisée, stable et bien moins contrainte par la compression, qui permet de juger un produit pour ce qu’il est réellement, sans les aléas d’un débit variable.

Et pourtant, une fois les tests terminés, le soir venu, je fais comme beaucoup.
Je lance un film ou une série en streaming. Par facilité. Par habitude. Parce que tout est là, immédiatement, à portée de télécommande ; qu'il suffit de cliquer pour avoir un film en VOD ! Une contradiction assumée, presque confortable.

C’est justement en alternant ces deux usages que le contraste m’a sauté aux yeux. En revenant à des disques Blu-ray Ultra HD que je connais par cœur, je ne pouvais que constater l'écart, parfois flagrant, de qualité entre les sources. C’est particulièrement le cas sur des œuvres exigeantes, très travaillées sur les textures, les dégradés et les contrastes, qu’il s’agisse de scènes plongées dans l’obscurité ou de séquences portées par des hautes lumières intenses. Là, la différence entre une source compressée et un disque saute immédiatement aux yeux.

En streaming, même en 4K HDR, l’image tient globalement la route. Je ne parle pas d’un rendu médiocre, loin de là, mais d’une image qui reste structurellement contrainte par la compression et par des débits variables. Sur des scènes simples, lumineuses ou peu chargées, la différence peut sembler ténue. Mais dès que l’image devient plus complexe, les limites apparaissent.

Les noirs perdent en nuance, certaines transitions deviennent abruptes, le banding s’installe dans les dégradés les plus fins, et les hautes lumières ont tendance à se lisser ou à s’écrêter. Le HDR est bien présent, mais il manque souvent de précision et de stabilité, notamment dans les scènes très contrastées. C’est particulièrement flagrant sur des œuvres exigeantes comme Blade Runner 2049, Dune ou The Batman.

Sur un Blu-ray 4K Ultra HD, la logique est différente. Le débit plus élevé et constant permet de conserver davantage d’informations, aussi bien dans les basses que dans les hautes lumières. Les ombres restent lisibles sans se délaver, les pics lumineux gagnent en tenue, les couleurs se montrent plus stables d’une scène à l’autre, et l’image retrouve une profondeur plus naturelle. Ce n’est pas une question de "plus spectaculaire", mais de plus juste, de plus de cohérence avec le master original.

Et puis, le constat est simple et presque ironique : plus l’écran est performant, plus il rend visibles les compromis que l’on accepte par facilité. Sur de bons téléviseurs OLED ou MiniLED, ou sur un vidéoprojecteur haut de gamme, les compromis du streaming sont exposés parfois cruellement.

D'ailleurs, le son suit exactement la même logique. Une piste Dolby TrueHD ou DTS:X non compressée rappelle ce que signifie réellement la dynamique : de l’espace, de la matière, de la respiration. Là encore, il ne s’agit pas de volume ou d’effet démonstratif, mais de cohérence globale. Et quand on passe ses journées à évaluer les performances d’un diffuseur ou d’un système audio, ces écarts finissent par devenir difficiles à ignorer.

Je vois deux contraintes majeures au support physique : ça prend de la place et, comme tout support, le Blu-ray a aussi une durée de vie ! © Nicolas Guyot

C’est sans doute là que se joue l’essentiel. Le Blu-ray s’impose surtout parce qu’il constitue encore aujourd’hui une référence fiable, à la fois pour juger un matériel et pour apprécier un film dans les conditions les plus proches de celles dans lesquelles il a été pensé. Une référence dont on mesure d’autant plus l’importance une fois que l’on a pleinement conscience des compromis que le streaming impose, souvent sans que l’on s’en rende compte.

Acheter un film en VOD ce n’est pas le posséder

Pendant des années, j’ai aussi acheté des films en VOD. Sur Canal+, parfois à près de 10 euros pièce, mais aussi sur Amazon Prime Video, où j’ai accumulé des dizaines de titres.

Sur le moment, l’idée semblait logique : acheter un film, le retrouver dans sa bibliothèque, pouvoir le revoir quand je veux. Une forme de prolongement naturel du DVD ou du Blu-ray, mais en version dématérialisée. En réalité, j’ai fini par me rendre à l’évidence : avec le recul, je vois aujourd’hui ces achats comme de l’argent jeté par la fenêtre.

Car contrairement à ce que le terme "achat" laisse entendre, ces films ne m’ont jamais réellement appartenu. Ils restent liés à un compte, à une plateforme, et surtout à des accords de droits par nature mouvants. Des œuvres comme Lettres d’Iwo Jima ou Under the Skin ne sont pas plus à moi aujourd’hui qu’au moment où j’ai cliqué sur "acheter". Vous me direz, le support physique se fait également de plus en plus rare pour les jeux vidéo aussi, au profit des licences d'utilisation non transférables, mais avec une nuance importante : dans le jeu vidéo, le contenu est téléchargé localement et reste généralement accessible et jouable dans le temps, même lorsqu’il est retiré de la vente. En VOD, le film reste dépendant d’un service, d’une application et de droits actifs : l’accès peut disparaître, même après achat.

Le jour où l’abonnement s’arrête, où la plateforme change ses règles, ou tout simplement perd les droits d’exploitation, l’accès peut disparaître. Sans transfert possible, sans solution alternative, ni véritable recours. Ce que j’ai acheté n’était en réalité qu’un droit d’accès, conditionné à l’existence d’un service et à ses choix.

C’est là que la différence avec le support physique devient impossible à ignorer.
Un Blu-ray, lui, ne disparaît pas quand je résilie un abonnement. Il ne dépend ni d’un compte, ni d’une application, ni d’un catalogue en rotation. Il est là, sur une étagère, lisible aujourd’hui comme demain ; avec comme seule limite sa durée de vie effective, mais c'est un autre sujet.

Streaming fragmenté, restrictions… et retour du bricolage (et du piratage)

Le problème du streaming aujourd’hui n’est pas seulement la qualité ou le prix. C’est la fragmentation. Catalogues éclatés, droits territoriaux, disparition régulière de films, fin du partage de comptes : accéder simplement à une œuvre est parfois un parcours semé d'obstacles. Pire, parfois des conflits de brevets, comme chez Disney +, nous privent purement et simplement d'une lecture en HDR10+ ou en Dolby Vision.

Ce n’est pas un hasard si des services comme Spliiit ou Sharesub sont si populaires. Certes, ils ne constituent pas une solution idéale, mais traduisent surtout un durcissement du modèle, où l’accès aux contenus devient de plus en plus conditionné et morcelé.

Spliiit
Spliiit
  • Excellent concept
  • Interface facile à comprendre
  • Gestion des paiements et versement bancaire sans minimum
9 / 10
9  / 10
Sharesub
Sharesub
  • Partage d'abos simple
  • Nombreux services dispo
  • Interface claire et moderne

Et même avec ces contournements légaux, un constat demeure : certains films ne sont tout simplement pas disponibles.

Il suffit de s’intéresser un peu au cinéma d’auteur pour s’en rendre compte.
Des œuvres majeures comme Les Harmonies Werckmeister ou Satantango de Béla Tarr, pourtant reconnues internationalement, sont aujourd’hui quasiment introuvables légalement en streaming ou en VOD selon les pays. Le cas n’est pas isolé : Stalker, Le Miroir ou L’Année dernière à Marienbad disparaissent régulièrement des radars. Là, je parle de films que j'ai voulu regarder et que j'ai recherchés, mais il y en a bien d'autres qui manquent à l'appel.

Dans ce contexte, le piratage (un sujet qui revient souvent au centre de l'actualité tech) ne peut pas être réduit à une simple question de gratuité.
Bien sûr, la dimension économique existe. Mais il y a aussi une réalité plus dérangeante : quand l’offre légale manque de cohérence, certains cherchent avant tout l’accès à l’œuvre. Pas une alternative illégale par principe, mais une solution face à l’indisponibilité.

Votre matériel est-il sous-exploité ?

C’est sans doute la question qui a fini par me faire basculer.

Pourquoi investir dans un téléviseur ou un projecteur haut de gamme, qu’il s’agisse d’un OLED dernière génération, d’un MiniLED très lumineux ou d’un vidéoprojecteur UST ou non, si c’est pour leur envoyer, la plupart du temps, des flux fortement compressés ? Des sources pensées pour la praticité, pas pour l’exigence.

Les trois meilleurs téléviseurs que j'ai pu tester l'année dernière, avec lesquels les sources de qualité sont merveilleusement exploitées.

Prix d'excellence
LG OLED G5 evo
  • Un saut générationnel réussi avec le Tandem OLED
  • Un rendu amélioré sur les couleurs et hautes lumières
  • Mise à l’échelle des contenus maitrisée
9  / 10
Meilleur Téléviseur 2025
TCL C8K (C89K)
  • Le record du plus haut pic lumineux !
  • Très bon rendu HDR
  • Gestion de mouvements et upscaling en progrès
9  / 10
Prix d'excellence
Samsung S95F
  • Luminosité en net progrès
  • Contraste, noirs et colorimétrie
  • Des traitements d'image qui gagnent en finesse
9  / 10

Ces écrans et ces projecteurs sont capables d’une précision redoutable. En outre, s'ils embarquent aujourd’hui des traitements très avancés, en matière d'upscaling, de réduction de bruit, de gestion dynamique du HDR, capables d’améliorer sensiblement une source imparfaite, ces traitements ont leurs limites.

Ils peuvent lisser, corriger, atténuer… pas recréer l’information perdue à la compression. Et plus le diffuseur est performant, plus cette limite devient visible : ce qui manque à la source ne peut être "inventé" sans altérer la justesse de l’image.

C’est là que la différence se fait. Un Blu-ray 4K UHD n’a pas besoin d’être "rattrapé" par les traitements du diffuseur : il leur permet simplement de travailler à partir d’une base saine, sans avoir à compenser en permanence les faiblesses de la source.

La logique est exactement la même côté projection. Associer un vidéoprojecteur laser à une toile technique ALR permet de tirer le meilleur parti d’un système… à condition que la source suive. Sinon, les limites deviennent encore plus visibles : artefacts de compression, HDR approximatif, perte de matière dans les zones complexes.

Cette incohérence, je l’ai d’ailleurs constatée récemment lors d’une démonstration constructeur au CES 2026, où un vidéoprojecteur laser très haut de gamme était alimenté par une série en streaming. L’image, pourtant projetée par un matériel capable d’une précision extrême sur le papier, restait contrainte par la compression de la source, au point de ne pas rendre justice au potentiel réel du diffuseur.

En somme, le Blu-ray 4K UHD est-il un caprice de collectionneur dans ce contexte ? Je ne crois pas. Il s'agit, au contraire, de l'une des seules sources capable de justifier pleinement ce type d’investissement, en garantissant une image et un son à la hauteur de ce que ces diffuseurs peuvent réellement offrir.

Le Blu-ray, un choix cohérent en 2026 ?

Je ne prétends pas que le Blu-ray soit la solution à tout. Le streaming reste pratique, rapide, souvent indispensable pour découvrir des œuvres, explorer des catalogues… en somme, consommer au quotidien. Mais à mesure que les usages se multiplient et que les contraintes s’accumulent, une évidence s’est imposée à moi : lorsqu’il s’agit de cinéma, d’exigence et de cohérence, le disque conserve une longueur d’avance.

D'ailleurs, il faut souligner que cette cohérence ne se limite pas à la qualité d’image ou de son. Elle touche aussi à la question de l’usage et, plus largement, à celle de l’impact. On parle souvent du support physique comme d’un vestige du passé, sans toujours interroger ce que représente réellement le streaming à grande échelle. Diffuser un film en 4K UHD et HDR, ce n’est pas seulement solliciter un téléviseur ou un projecteur : ce sont aussi des serveurs, des centres de données, des infrastructures réseau, des box et des flux continus qui tournent, parfois pendant des heures. Une consommation largement invisible, mais bien réelle.

Le lecteur Blu-ray a encore beaucoup d'avantages face au tout dématérialisé. © Matthieu Legouge

À l’inverse, une fois un Blu-ray pressé, stocké et acheté, la lecture repose sur une chaîne locale, stable, sans sollicitation permanente d’infrastructures distantes. Le bilan global n’est pas simple à trancher, et il serait malhonnête d’en faire un argument définitif. Mais il rappelle une chose essentielle : le "tout dématérialisé" n’est pas immatériel, et il n’est pas neutre par nature.

Alors non, acheter des Blu-ray en 2026 n’est pas un geste nostalgique. C’est un choix réfléchi. Celui de la qualité sans compromis, de la pérennité, de la liberté d’accès, et d’une cohérence globale entre les œuvres que l’on aime et le matériel dans lequel on investit.

Le streaming peut encore progresser, et des initiatives comme Bravia Core, (que nous avions passé en revue dans notre test du Sony BRAVIA A80J) montrent qu’il existe une vraie marge d’amélioration. Mais tant que l’accès à cette qualité restera conditionné à un service, à un écosystème et à des règles susceptibles d’évoluer, le Blu-ray restera, pour moi, la solution la plus simple et la plus cohérente pour regarder un film dans de bonnes conditions.

Bien sûr, le Blu-ray a encore d’autres atouts que je n’ai pas abordés ici : les bonus éditoriaux, les restaurations soignées, les différentes versions d’un même film, ou simplement le plaisir de conserver une œuvre dans une édition pensée pour durer.

Et vous, qu’est-ce qui vous fait encore préférer le support physique aujourd’hui ?