Invisible pour certains, impossible à ignorer pour d’autres, l’effet arc-en-ciel divise les utilisateurs de vidéoprojecteurs DLP. Phénomène réel mais mal compris, il n’est ni un bug ni un défaut matériel. Alors, faut-il vraiment s’en inquiéter ?

Quand on l'observe pour la première fois, on ne comprend pas tout de suite. Le vidéoprojecteur vient tout juste d’être installé, l’image est belle, précise, contrastée. Et puis un sous-titre blanc apparaît sur un fond sombre. Les yeux bougent légèrement… et une sorte de "micro-éclair" coloré presque imperceptible traverse le regard.
C’est souvent comme ça que l’on découvre l’effet arc-en-ciel. Et la question surgit immédiatement : est-ce normal ? Est-ce un défaut ? Et, surtout… est-ce grave ?
Un phénomène bien réel
L’effet arc-en-ciel, aussi appelé RBE (Rainbow Effect), n’est ni une légende de forum ni un problème de fabrication. Il est directement lié au fonctionnement de nombreux vidéoprojecteurs DLP à une seule puce, très répandus sur le marché.
Sur ces modèles, les couleurs ne sont pas affichées simultanément. Une roue chromatique, composée de segments rouge, vert et bleu (parfois plus), tourne à grande vitesse devant la source lumineuse. Au cœur des vidéoprojecteurs DLP se trouve une puce appelée DMD (Digital Micromirror Device), composée de plusieurs millions de micro-miroirs, un par pixel. Ces miroirs basculent à très haute vitesse pour moduler la luminosité de l’image, tandis que la couleur est ajoutée de manière séquentielle via la roue chromatique. C’est précisément cette dissociation entre luminance et couleur qui rend possible l’apparition de l’effet arc-en-ciel sur les modèles à une seule puce.
L'effet peut d'ailleurs varier selon la source lumineuse utilisée (lampe, LED ou laser). Les systèmes LED ou laser, capables de commuter les couleurs plus rapidement que les solutions à lampe traditionnelle, permettent souvent d’en réduire la visibilité, sans pour autant l’éliminer systématiquement. Au final, l’image est projetée en séquences successives, que notre cerveau recompose normalement en une image couleur cohérente.
Dans la majorité des situations, cette recomposition est totalement transparente. Mais chez certaines personnes, et dans certaines conditions, cette succession rapide peut être perçue sous forme de micro-flashs colorés. C’est précisément ce que l’on appelle l’effet arc-en-ciel.
Un point important mérite d’être posé d’emblée : ce n’est pas un défaut, au sens technique du terme. Le projecteur fonctionne comme prévu. Le phénomène est inhérent à ce type d'architecture sur les vidéoprojecteurs DLP. L’effet arc-en-ciel n’est donc ni systématique, ni uniforme, mais le résultat d’une combinaison entre technologie, contenu et sensibilité individuelle.
Pourquoi certains ne voient rien… et d’autres ne voient plus que ça
C’est là que le sujet devient délicat, car l’effet arc-en-ciel ne se manifeste pas de la même manière chez tout le monde. Certaines personnes ne le verront jamais, même en sachant qu’il existe. D’autres le percevront occasionnellement, sans que cela gêne leur visionnage. Et pour une minorité, il devient impossible à ignorer.
Pourquoi ? Simplement parce que la sensibilité visuelle varie énormément d’un individu à l’autre. La fatigue, l’attention, le type de contenu visionné ou même la durée de la séance jouent chacun un rôle. Les situations à fort contraste sont les plus propices : sous-titres blancs sur fond noir, scènes nocturnes, génériques, étoiles sur fond sombre, etc. Ainsi, si vous êtes sensibles au RBE, que vous ne regardez que des contenus en VOST et que vous portez des lunettes…
Car oui, dans ce contexte, le port de lunettes peut également entrer en jeu, sans être pour autant un facteur déterminant. Les verres ajoutent une surface intermédiaire entre l’œil et l’image, avec de possibles reflets résiduels, même en présence d’un traitement antireflet. Couplé à une correction qui améliore la netteté perçue, cela peut, chez certaines personnes déjà sensibles, rendre les micro-flashs colorés encore un peu plus visibles. Mais là encore, la variable la plus importante reste l’individu lui-même.
Ce qui rend le phénomène parfois difficile à vivre, c’est qu’une fois qu’on l’a identifié, il devient compliqué de "ne plus le voir". L’œil anticipe, le cerveau guette. L’effet, jusque-là anodin, peut alors prendre une place disproportionnée dans l’expérience.
Rainbow Effect : alors, est-ce que c’est grave ?
La réponse courte serait : non. Mais elle serait aussi incomplète.
Techniquement, l’effet arc-en-ciel n’a rien de grave. Il n’endommage pas le projecteur, n’altère pas la qualité intrinsèque de l’image et ne présente aucun danger pour la vision. Il ne signifie pas que le matériel est défaillant ou mal conçu.
En revanche, subjectivement, il peut devenir un vrai problème. Non pas parce qu’il est fréquent ou permanent, mais parce qu’il nuit à l’immersion. Le cinéma à domicile repose en grande partie sur l’oubli du dispositif. Dès lors que l’œil est régulièrement accroché par un artefact visuel, aussi fugace soit-il, l’expérience peut perdre de sa magie.
En ce sens, l’effet arc-en-ciel n’est pas grave en soi. Il le devient uniquement lorsqu’il empêche de profiter pleinement d’un film ou d’une série. Et cette frontière-là est propre à chaque utilisateur.
Pendant longtemps, le RBE a été traité comme un détail marginal. "Tout le monde ne le voit pas", "c’est exagéré", "il faut s’y habituer". Des arguments parfois fondés, mais qui ont aussi contribué à minimiser la gêne réelle ressentie par une partie des utilisateurs.
Dans un marché où le DLP s’est imposé pour sa netteté, son piqué et sa sensation de précision, mais aussi parce qu’il permet de concevoir des vidéoprojecteurs plus simples et souvent plus abordables, l’effet arc-en-ciel a longtemps été relégué au second plan. Pourtant, les retours n’ont jamais cessé. Forums, avis utilisateurs, témoignages : le sujet revient régulièrement, signe qu’il ne s’agit pas d’un simple épiphénomène.
Quelles solutions pour lutter contre cet effet arc en ciel ?
Ces dernières années, le discours a commencé à évoluer. Certains fabricants reconnaissent ouvertement que l’effet arc-en-ciel peut constituer une gêne pour une partie du public, et cherchent à en réduire l’impact.
Cela passe d’abord par des décisions matérielles. Le type de roue chromatique utilisée joue en effet un rôle important : certains vidéoprojecteurs DLP adoptent une roue RGBRGB, dans laquelle la séquence des couleurs est doublée, ce qui permet d’en atténuer la séparation perceptible. À l’inverse, d’autres modèles privilégient des roues intégrant des segments supplémentaires afin d’augmenter la luminosité, un compromis qui peut, chez les utilisateurs sensibles, rendre le phénomène plus visible.
Dans les faits, certains DLP récents parviennent ainsi à limiter très efficacement l’effet arc-en-ciel à l’usage. C’est notamment le cas du BenQ W4100i qui parvient à limiter grandement le phénomène, comme nous avions pu le voir dans notre test.
C’est aussi le cas de Valerion, qui a récemment étendu sa technologie dite "Anti-RBE" à l’ensemble de ses vidéoprojecteurs. Cette approche combine une cadence d’affichage interne plus élevée et des traitements algorithmiques visant à rendre la succession des couleurs moins perceptible à l’œil, sans modifier l’architecture DLP elle-même.
L’objectif affiché n’est pas de prétendre à une disparition totale de l’effet arc-en-ciel, mais de le rendre beaucoup moins perceptible, y compris pour les utilisateurs les plus sensibles. Au passage, le constructeur évoque aussi une image plus fluide et plus homogène, avec un confort visuel renforcé lors des longues sessions.
Une solution miracle ? Pas vraiment
Il serait toutefois exagéré de parler de solution universelle. Les technologies anti-RBE, aussi prometteuses soient-elles, ne peuvent pas garantir une neutralisation totale du phénomène pour tous les profils.
La perception reste individuelle. Ce qui fonctionne pour l’un peut s’avérer insuffisant pour l’autre. De manière plus générale, certains choix techniques permettent déjà de limiter fortement l’effet arc-en-ciel : roues chromatiques plus rapides, séquences RGBRGB, réglages moins agressifs en luminosité.
Et lorsque cela ne suffit pas, il existe des alternatives. Les technologies 3LCD ou LCoS, qui affichent les couleurs simultanément, ne sont tout simplement pas concernées par le RBE. Les DLP à trois puces constituent également une solution, mais à des niveaux de prix inaccessibles pour le grand public.