Coronavirus : comment l'Iran et l'Espagne gèrent la crise d'un point de vue technologique

04 avril 2020 à 12h30
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Clubic a souhaité prendre le pouls de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19 dans des deux pays les plus touchés au monde.

Le 3 avril, le monde a franchi le cap du million de personnes officiellement testées positives au coronavirus, le nombre total de cas réels étant évidemment bien plus important et, surtout, difficile à déterminer. Parmi les pays les plus touchés et meurtris par le Covid-19, on retrouve l'Iran et, plus proche de la France géographiquement, l'Espagne. Pour savoir comment est vécue la pandémie dans ces pays, savoir si ces derniers sont suffisamment équipés et connaître l'impact du numérique et des réseaux sociaux sur place, au sein de territoires aux régimes bien différents, nous avons interrogé deux spécialistes, Hamid Enayat pour l'Iran (1) et Juan Jose Dorado pour l'Espagne (2).


1. L'Iran, dans le piège du régime

En Iran, le nombre de décès officiel a dépassé les 3 000 au début du mois d'avril, pour plus de 50 000 infectés. « Le nombre réel de victimes a dépassé les 13 600 », nous indiquait en début de semaine Hamid Enayat, spécialiste iranien basé en Europe. Une preuve du gouffre entre l'officiel et l'officieux. « Les statistiques que l'on véhicule dans les médias concernant l'Iran sont les statistiques officielles annoncées par le régime et sont très loin de la réalité. Comme il a menti au sujet du crash de l'avion ukrainien en février, le régime iranien ment également au sujet de l'impact de Covid-19 en Iran », explique le journaliste, qui collabore avec Media Express Press Agency.

« Une négligence intentionnelle, qui a conduit à un désastre sanitaire majeur »


En Iran, le virus s'est d'abord introduit à Qom, une ville située à 150 km au sud-ouest de la capitale Téhéran, avant de se propager dans toute la Perse. Les vols de la compagnie aérienne Mahan Air consistant en des allers-retours entre l'Iran et différentes villes chinoises comme Pékin, Shangai, Wuhan, Shenzhen et Guanzhou, ont contribué à répandre le virus.

« De nombreux éléments indiquent que le régime iranien était conscient de la situation au moins deux semaines à un mois avant l'annonce officielle de l'introduction du virus, c'est-à-dire à partir du 20 février avec la mort de deux personnes à Qom », précise Hamid Enayat. Sauf que le 21 février avaient lieu les élections législatives en Iran, une « négligence intentionnelle qui a conduit à un désastre sanitaire majeur », déplore l'analyste, alors que les autorités, notamment le président Hassan Rohani, avaient été mises au courant des dangers de l'épidémie.

« Le régime a refusé l'aide en équipement et en technologie proposée par de nombreux pays démocratiques »


Concernant les équipements, le régime a refusé l'aide en équipement et en technologie proposée par de nombreux pays démocratiques. De même qu'il a refusé le soutien de Médecins sans frontières (MSF). L'association s'était rendue dans le pays avec suffisamment d'équipements pour bâtir un hôpital de campagne à Ispahan. Les dirigeants iraniens ont « refusé son aide et affirmé qu'ils n'en avaient pas besoin et l'ont enjoint de partir », nous révèle Hamid Enayat. « Au cours des quarante dernières années, le régime iranien a dépensé une grande partie des ressources et des richesses du pays pour promouvoir son influence et l'instabilité dans la région. Cela a fait que notre pays est à la traîne dans tous les domaines, y compris les infrastructures et le système de santé ».


Pas ou peu d'équipements, refus de toute aide extérieure... l'Iran avance-t-elle sur le pan des recherches, au moins ? « Pas du tout », nous dit notre expert. Et « les masques, gants et autres équipements sanitaires nécessaires sont actuellement thésaurisés par les entreprises liées aux Gardiens de la Révolution, qui représentent le bras armé de l'ayatollah Khamenei ». Il en est de même pour le système de santé. Dans un pays où plus de 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, où le chômage explose (plus d'un million de chômeurs avec la crise du coronavirus, et des millions d'autres qui devraient les rejoindre), « seuls les Gardiens de la Révolution et leurs affiliés (4 % de la population !) peuvent bénéficier de services médicaux ».

« Le régime iranien a prétendu que les réseaux sociaux étaient responsables de la diffusion de fausses informations »


« Alors qu'il a été révélé récemment que les équipements médicaux tels que les masques, les gants et les désinfectants envoyés par d'autres pays ont été vendus sur le marché noir par des sociétés liées aux Gardiens de la Révolution, il est vain de parler de l'existence d'un système médical digne de ce nom en Iran », détaille Hamid Enayat.


La République islamique d'Iran est telle que l'influence des réseaux sociaux en devient très importante. « Vous pouvez suivre l'actualité de différentes villes sur les médias sociaux de façon assez efficace. Les statistiques les plus précises sont accessibles sur ces derniers. De nombreux médecins et infirmières, dont certains ont perdu la vie dans la lutte contre le Covid-19, ont fait connaître la vérité sur ces plateformes pour informer le public des dangers qui les visent. Ils donnent des conseils à la population et aident les gens à se protéger ».

Mais le régime iranien a prétendu que les réseaux sociaux étaient responsables de la diffusion de fausses informations, ce qui a entraîné l'arrestation de nombreuses personnes, que l'on pourrait qualifier de lanceurs d'alerte(s), qui informaient la population.

« Seuls les Gardiens de la Révolution et leurs affiliés peuvent bénéficier de services médicaux »


Le coronavirus n'est en tout cas pas parti pour réconcilier les Iraniens avec le régime. « Tous les gouvernements ont déclaré la guerre contre le coronavirus, mais il semble qu'Ali Khamenei a déclaré la guerre contre son propre peuple. N'est-ce pas étrange que le commandant en chef des forces armées iraniennes soit nommé à la tête du QG de la lutte contre le coronavirus ? », se demande Hamid Enayat. Sur place, les observateurs redoutent un désastre sanitaire qui échapperait au contrôle du régime et aboutirait à une rébellion urbaine, première possibilité. La seconde consisterait en une répression redoublée pour contrôler momentanément la situation. Mais dans tous les cas, les Iraniens remontés demanderont tôt ou tard des comptes aux dirigeants, « perçus comme responsables de l'aggravation dramatique de la crise et du nombre élevé de morts ».

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2. L'Espagne, l'un des symboles d'une Europe mal préparée

L'Espagne, de son côté, est le quatrième pays le plus touché en nombre de cas avec un total de 120 000 personnes testées positives et plus de 11 000 morts, ce qui en fait la deuxième nation la plus meurtrie au monde après l'Italie.

Sur place, on hésite entre deux possibilités, pour déterminer la manière dont est véritablement arrivé le virus dans le pays. Juan Jose Dorado, correspondant pour un groupe de presse espagnol à Paris et accessoirement amateur de foot, nous indique qu'il se pourrait que le premier cas soit arrivé « du côté de Valence, le lendemain du match aller de Champions League contre l'Atalanta Bergame. La veille, le 19 février, plusieurs centaines de supporters avaient fait le déplacement en Italie, et on pense que c'est par là que l'un des premiers cas est entré sur le territoire ». La deuxième souche proviendrait d'un groupe de touristes italiens qui aurait quasiment en même temps débarqué aux Îles Canaries.

« L'Espagne n'a pas pris au sérieux la situation quand les choses ont commencé à empirer »


Un peu comme ce qui est reproché à la France, l'Espagne a pris son temps, bloquée au départ par des considérations économiques et politiques. « Le 8 mars, journée internationale de la femme, était une date très importante », nous explique Juan Jose Dorado. « L'Espagne a retardé l'échéance, en étant plus dans la réaction que dans l'action. Elle n'a pas vraiment pris au sérieux la situation quand les choses ont commencé à mal tourner ».


Mais depuis, la peur des chiffres et l'état d'alerte décrété le 14 mars, équivalent à un confinement quasi-total, ont changé la perception des Ibériques. En Espagne, « les sorties pour se promener ou pour pratiquer une activité physique ne sont pas autorisées, et ce depuis le début. Et si vous faites vos courses, votre ticket de caisse doit faire foi. Quant aux promenades des animaux de compagnie, il faut vraiment être à côté de chez soi », détaille le journaliste.

Concernant les équipements dans les établissements hospitaliers, Juan Jose Dorado reconnaît que « le système hospitalier français est mieux préparé que le système hospitalier espagnol », tout en rappelant que « l'Espagne n'est pas un pays sous-développé dans le domaine médical ». Chacun a accès à la médecine de l'autre côté de la frontière. « Les Espagnols ne paient pas de consultation ». Comme d'autres pays d'Europe, la péninsule ibérique a assisté, impuissante, à la privatisation de nombreux hôpitaux, et à un certain manque de personnel et équipement. Mais une fois la crise considérée, tout s'est accéléré. Le 22 mars, le Premier ministre Pedro Sanchez annonçait la livraison de plus d'un million de masques pour les professionnels de santé et les patients, ainsi que 52 000 personnels de santé supplémentaires. « Des commandes des masques sont vite arrivées, 650 000 tests rapides ont été distribués il y a plus d'une dizaine de jours. Mais il manque de respirateurs. La voie de l'impression 3D commence à être explorée pour combler certains manques, cela n'est évidemment pas suffisant », tempère le spécialiste de l'Espagne.


« L'explosion des connexions est plus due au streaming vidéo et au gaming qu'au télétravail ! »


Plusieurs hôpitaux de campagne ont été montés, dont l'un au centre des expositions de Madrid. Si la saturation est une réalité, le manque de main d'œuvre a pu être au moins un temps absorbé par le fort contingent d'infirmières et infirmiers, « l'Espagne étant le pays qui en exporte le plus depuis des dizaines d'années », n'oublie pas le correspondant. Et les militaires participent à l'effort et notamment à la désinfection. Certains ont même été formés, en amont, pour aider lors de catastrophes qui toucheraient la population civile.

À l'instar des Iraniens, les Espagnols s'emparent-ils des réseaux avec le confinement sur fond de coronavirus ? Oui, évidemment. D'autant plus que « l'Espagne est un pays très divisé », rappelle Juan Jose. « Il y a ceux qui reprochent à l'Espagne d'avoir attendu le 9 mars pour prendre des décisions pour ne pas gâcher le 8 mars. Deux ministres qui sont allés aux manifestations sont d'ailleurs aujourd'hui positifs au coronavirus. Le point additionnel : c'est la situation en Catalogne, où le président Quim Torra entre en confrontation avec l'Espagne, reprochant un non-respect du confinement ».

« L'Espagne n'est pas un pays sous-développé dans le domaine médical »


Au-delà des considérations politiques, les Espagnols sont extrêmement inventifs sur les plateformes sociales. Et ces derniers, qui respectent bien les mesures de confinement (mieux que les Français, selon nos confrères espagnols), passent également beaucoup de temps sur les plateformes de streaming, Disney+ très récemment, et manette en main. « Les opérateurs en Espagne ont assisté à une explosion des connexions Internet et à un engorgement des réseaux, mais paradoxalement, ce n'est pas à cause du télétravail mais à cause du streaming vidéo et du gaming », s'amuse le journaliste.

Et comme en France, les grandes plateformes numériques telles que Facebook et YouTube ont consenti à proposer une qualité vidéo moindre à leurs utilisateurs, pour écarter tout risque de saturation des réseaux.
Modifié le 06/04/2020 à 08h37
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