C’est impressionnant. Les ventes d’ASML en Chine ont plus que doublé en un trimestre seulement, alors même que Washington cherche à lui serrer la vis.

ASML cartonne en Chine. ©Mamun_Sheikh / Shutterstock
ASML cartonne en Chine. ©Mamun_Sheikh / Shutterstock

Le géant néerlandais est un maillon essentiel de l’industrie des puces : ses machines de lithographies permettent de concevoir les puces modernes qui équipent nos appareils électroniques et les data centers. Il s’agit, évidemment, d’un fournisseur très courtisé… Notamment dans l'Empire du Milieu. 

Et justement, le groupe vient de présenter, ce 14 octobre, son bilan financier pour le troisième trimestre, et le poids du marché chinois est notable. 

Un élan impressionnant en Chine

Car les ventes d’ASML en Chine ont bondi de 109 % entre les périodes d’avril à juin et de juillet à septembre. La seconde puissance mondiale représente désormais 23 % des machines vendues par le groupe, contre 14 % au trimestre précédent. Et sur l’ensemble de 2026, sa part devrait atteindre environ 20 %, un chiffre plus bas car il lisse les quatre trimestres de l’année.

Il est ici question de machines DUV (Deep Ultraviolet), moins sophistiquées que les EUV (Extreme Ultraviolet) qui sont elles soumises à d’importantes restrictions à l’exportation. 

Selon le directeur financier d’ASML, Roger Dassen, cette hausse spectaculaire s’explique par l’élan des fabricants chinois, qui continuent de construire des usines de puces afin de se défaire de leur dépendance aux équipements américains. De quoi soutenir la demande en 2027 et au-delà.

Washington veut sévir

Washington n’entend pas laisser passer ça. Un projet de loi, le Match Act, vise ainsi à restreindre davantage les ventes de machines DUV à la Chine. Le gouvernement américain met d’ailleurs la pression sur les Pays-Bas : Rob Jetten, Premier ministre néerlandais, doit se rendre en Chine au printemps prochain. Cette thématique sera évidemment au cœur des échanges. 

Sans surprise, ASML fustige le texte. Selon la direction, une telle mesure accélérerait surtout le développement d’équipements chinois concurrents, comme ce que l’on a pu voir avec les puces de pointe. Christophe Fouquet, son P.-D.G, estime que la Chine a malgré tout « un très, très long chemin » à parcourir pour égaler sa technologie. Et plus le pays a accès à une technologie de pointe étrangère, moins il ressentira le besoin de la produire lui-même, ce qui mènerait, à terme, à l’indépendance et la souveraineté technologique.

Si pour l’heure, le carnet de commandes chinoises d’ASML est bien fourni, le paysage pourrait changer d’ici à la fin de la décennie. Au total, l’entreprise vise 44 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2026, soit une hausse de 36 % en glissement annuel. 

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Quelle est la différence entre la lithographie DUV et la lithographie EUV dans la fabrication des puces ?

La lithographie DUV (Deep Ultraviolet) utilise une lumière ultraviolet « profonde » pour graver les motifs sur les wafers, avec des longueurs d’onde plus grandes que l’EUV. Elle reste très performante pour de nombreux nœuds de production, mais atteindre des gravures très fines demande davantage d’astuces de procédé (multi-patterning), ce qui augmente les étapes, le coût et la complexité. La lithographie EUV (Extreme Ultraviolet) emploie une longueur d’onde bien plus courte, ce qui permet de dessiner des motifs plus petits avec moins d’étapes, un avantage clé pour les puces les plus avancées. En pratique, DUV et EUV coexistent : même les usines haut de gamme continuent d’utiliser beaucoup de DUV pour plusieurs couches, tandis que l’EUV est réservé aux couches les plus critiques.

Pourquoi les restrictions à l’exportation sur les machines de lithographie visent-elles particulièrement l’EUV, puis de plus en plus le DUV ?

Les contrôles à l’exportation ciblent d’abord l’EUV car il s’agit d’un équipement déterminant pour produire des puces de tout premier plan, utiles autant au civil qu’au militaire. Limiter l’accès à l’EUV freine directement la capacité à fabriquer des nœuds avancés, et donc certaines performances en IA, calcul haute performance ou électronique de défense. Le DUV est moins « ultime », mais il peut tout de même contribuer à produire des puces très compétitives via des procédés plus complexes, ce qui le place progressivement dans le viseur. Ces mesures reposent souvent sur une logique de chaîne d’approvisionnement : même si une machine n’est pas la plus avancée, elle peut être un maillon critique pour monter en capacité industrielle. Elles peuvent aussi inclure des limitations de service, de pièces détachées et de mises à jour, qui comptent autant que la vente initiale.

Que signifie “souveraineté technologique” pour un pays dans l’industrie des semi-conducteurs ?

La souveraineté technologique désigne la capacité à concevoir et produire des puces (et les équipements associés) sans dépendre de fournisseurs étrangers soumis à des restrictions politiques ou commerciales. Dans les semi-conducteurs, cela ne se limite pas aux usines : il faut aussi maîtriser les machines (lithographie, dépôt, gravure), les matériaux, les logiciels de conception (EDA) et les compétences industrielles. Une stratégie typique consiste à construire des fabs pour sécuriser la production, puis à développer des alternatives locales pour les équipements les plus sensibles. Mais rattraper des décennies d’avance technologique demande du temps, des volumes, et un écosystème complet de sous-traitants. La dépendance peut donc se déplacer : réduire l’import d’une machine peut accroître le besoin en pièces, en chimie, ou en savoir-faire, si ces maillons ne sont pas eux aussi maîtrisés.