Le ministre néerlandais du Commerce a fait le déplacement à Washington pour s’opposer au MATCH Act, un projet de loi américain qui menacerait directement les ventes d’ASML en Chine. L’Europe commence à dire non.

La guerre des puces a longtemps ressemblé à un jeu à sens unique : Washington fixe les règles, le reste du monde s’adapte. Cette semaine, les Pays-Bas ont décidé de bousculer ce schéma. Sjoerd Sjoerdsma, ministre néerlandais du Commerce, a fait le déplacement à Washington pour rencontrer le secrétaire au Commerce Howard Lutnick et des membres du Congrès, avec un message clair : le MATCH Act est une menace directe pour ASML, et par extension pour la souveraineté industrielle européenne. « C'est exceptionnel que je vienne ici exposer nos préoccupations au Congrès », a-t-il déclaré selon TechCrunch. « Les enjeux pour les Pays-Bas pourraient être très élevés. »
Le « MATCH Act », une menace concrète pour ASML
ASML n’est pas une entreprise comme les autres. Basée à Eindhoven, c’est la seule société au monde capable de produire les machines de lithographie nécessaires à la fabrication des puces les plus avancées, celles qui alimentent aujourd’hui les grands modèles d’intelligence artificielle. Sa position de monopole absolu en fait un actif stratégique d’une valeur sans équivalent, et la première capitalisation boursière d’Europe.

Le MATCH Act, introduit en avril 2026, vise à étendre les restrictions existantes aux machines de lithographie en immersion DUV, les outils de génération précédente qu’ASML peut encore légalement vendre à la Chine. Les équipements EUV, les plus récents, sont déjà sous embargo depuis plusieurs années. Concrètement, si le texte passait, ASML perdrait l’accès à un marché qui représente 19 % de son chiffre d’affaires net sur les systèmes. Ce n’est pas un détail comptable.
La réalité de cette offensive diplomatique
Sauf que le MATCH Act n’est pas encore voté. Le texte n’a pas encore été soumis à un vote en bonne et due forme à la Chambre ou au Sénat, et devrait probablement être intégré à un texte législatif plus large pour avoir une chance d’être adopté. La démarche de La Haye intervient donc en amont, précisément pour peser sur ce processus avant qu’il ne soit trop tard.
C’est là que réside le vrai signal. Les Pays-Bas ne contestent pas le principe d’un contrôle des exportations de technologies sensibles vers la Chine, un terrain sur lequel ils ont déjà largement coopéré avec Washington. Ce qu’ils refusent, c’est que des décisions unilatérales américaines viennent dicter le sort d'un champion industriel européen sans concertation. Cette tension s’inscrit dans un mouvement plus large : l’Europe face aux pressions américaines sur les puces est un sujet qui dépasse largement le cas ASML, et qui touche à la question de l’extraterritorialité du droit américain. Un dossier que Bruxelles suit de très près, à l’heure où l’UE cherche à réduire ses dépendances technologiques sur plusieurs fronts simultanément.
La démarche néerlandaise est inédite par sa forme, pas encore par ses résultats. Reste à voir si d’autres capitales européennes emboîteront le pas, ou si La Haye restera seule à plaider sa cause dans les couloirs du Congrès. Ce qui est certain, c’est que le temps où l’Europe encaissait les décisions de Washington sans broncher semble toucher à sa fin. Avec ASML comme étendard, les enjeux sont trop visibles pour être ignorés.