Le missile Thundart, développé par Safran et MBDA, vient d'être officiellement notifié par la Direction générale de l'armement pour être le prochain système de frappe longue portée terrestre de la France. ArianeGroup et Thales ont été écartées.
Après des mois de compétition face à ArianeGroup et Thales, c'est officiel : Safran Electronics & Defense et MBDA, deux autres géants de l'industrie de défense tricolore, ont enfin décroché la notification du contrat frappe longue portée terrestre. Le programme Thundart, déjà validé par un tir de démonstration réussi en avril dernier, est définitivement adoubé par la Direction générale de l'armement (DGA). Il entre désormais dans sa phase industrielle, avec la création prochaine d'une coentreprise commune. Une bonne nouvelle pour la souveraineté militaire française en matière de frappe longue portée terrestre.
Thundart, la roquette qui doit rendre à la France son punch terrestre
Thundart, qui est conjointement conçu par Safran et MBDA, a pour mission de prendre le relais du lance-roquettes unitaire (LRU), à la fois vieillissant et limité à 70 kilomètres, dont le retrait est programmé pour fin 2027. Devant cette échéance, la DGA avait mis en concurrence deux consortiums entièrement français : celui de Safran et MBDA donc, et celui d'ArianeGroup et Thales avec leur FLP-T 150, qui pouvait embarquer un missile balistique tactique, plus lourd et plus puissant qu'une simple roquette. C'est finalement Thundart qui a été retenu.
Sur le papier, le système est impressionnant. On parle d'une roquette guidée pouvant culminer à des vitesses proches de Mach 5, suivant une trajectoire quasi-balistique (elle grimpe très haut avant de redescendre piquer sur sa cible) pour frapper avec une charge de 100 kg à 150 kilomètres de distance. Sa propulsion est signée Roxel, une filiale de MBDA, tandis que Safran lui offre un système de guidage hérité du HAMMER, l'AASM version française, conçu pour garder le cap même quand les signaux GNSS (un système de positionnement par satellites) sont brouillés. Le tout est embarqué sur un camion Scania 8x8, dont chaque pod peut loger huit roquettes prêtes à partir.
On le disait, un tir de démonstration fut réussi en avril 2026, effectué depuis le site d'essais de l'Île du Levant. Il avait validé la première phase du partenariat. La suite nous projette vers janvier 2027, lorsque naîtra une coentreprise détenue à parts égales par les deux groupes, Safran et MBDA. Elle aura pour mission de piloter le développement, la production et le maintien en condition de Thundart, tout en préparant ses futures déclinaisons pensées pour d'autres terrains et, à terme, pour les armées alliées, car l'engin est aussi destiné à être distribué, et commercialement exploité.
Un contrat important pour la France, au service de sa propre souveraineté militaire
Il y a la prouesse technique, certes, mais Thundart est surtout affiché, pour ne pas dire exhibé, comme un symbole de souveraineté. Il est conçu, développé et produit intégralement sur le sol français, et le programme doit offrir à l'armée de Terre une totale autonomie d'emploi d'ici 2030, sans dépendre d'un fournisseur étranger pour équiper ses forces en cas de conflit de haute intensité. Chez Safran, on insiste d'ailleurs sur l'enjeu du brouillage et du déni d'accès aux signaux GNSS, un défi devenu impératif sur les théâtres d'opérations les plus disputés.
Le contrat signé avec l'État, estimé à 600 millions d'euros, prévoit l'acquisition d'au moins 13 systèmes d'ici 2030, puis 26 exemplaires à terme pour équiper un bataillon complet d'ici 2035. Le calendrier se bouscule donc, et c'est d'autant plus logique que les LRU actuels arrivent en bout de course, et que l'armée ne peut pas se permettre de rupture capacitaire.
Sur le plan industriel, le programme mobilise déjà plusieurs dizaines d'ingénieurs. Le travail est porté par les groupes Safran et MBDA, et leurs filiales. Les retombées, elles, devraient se répartir entre différentes régions, de l'Aquitaine à la Provence-Alpes-Côte d'Azur, en passant par la Bretagne, le Centre-Val de Loire, l'Île-de-France, et les Pays de la Loire.