Artemis III sera l’une des missions les plus audacieuses jamais tentées par la NASA : un même équipage devra s’arrimer, en orbite, à deux vaisseaux lunaires différents. Et cette fois, le grand public pourra suivre l’exploit en direct et en 4K, grâce à une nouvelle technologie signée SpaceX.

Après le succès d’Artemis II, la NASA travaille désormais sur l’étape suivante de son programme lunaire. Et pour rappel, Artemis III ne posera personne sur notre satellite comme c’était initialement prévu, puisque la mission a été redéfinie comme une répétition générale en orbite terrestre basse. Le véritable alunissage, lui, doit survenir en 2028 lors d'Artemis IV.
Lors d’Artemis III, quatre astronautes décolleront à bord de la capsule Orion, propulsée par la fusée Space Launch System (SLS) de la NASA. Puis une fois en orbite, celle-ci devra s’arrimer successivement aux deux atterrisseurs lunaires sélectionnés par l’agence spatiale : Blue Moon de Blue Origin et Starship de SpaceX. L’ensemble de la mission doit s’étaler sur environ deux semaines, un ballet orbital qui n’a encore jamais été tenté à cette échelle.
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Pourquoi c’est l’une des missions les plus complexes jamais tentées
Pour commencer, trois lancements distincts devront s’enchaîner depuis des pas de tir différents en Floride, entre le Kennedy Space Center et la base de Cape Canaveral. Blue Moon décollera en premier à bord d’une fusée New Glenn de Blue Origin. Capable de rester jusqu’à 30 jours en orbite, l’atterrisseur permettra aux équipes au sol de vérifier son bon fonctionnement avant l’arrivée des astronautes.
Viendra ensuite le tour d’Orion. La capsule rejoindra Blue Moon en orbite terrestre basse et y restera arrimée environ deux jours. Durant cette période, deux astronautes pourront même pénétrer à bord de l’atterrisseur pour tester ses systèmes de survie et sa compatibilité. Une combinaison spatiale conçue pour les futures sorties lunaires fera également le voyage, afin de récolter des données essentielles en conditions réelles.
Une fois cette étape achevée, Orion se détachera de Blue Moon pour aller à la rencontre de Starship. Mais la mégafusée, elle, ne disposera pas encore d’un espace habitable prêt à accueillir l’équipage : les deux vaisseaux se contenteront de tester leurs systèmes de communication et de navigation, arrimés l’un à l’autre pendant environ une journée.
Il s’agira d’« une danse hautement chorégraphiée, avec une séquence de lancement exigeante répartie sur plusieurs pas de tir », précise Jeremy Parsons, responsable du programme Artemis à la NASA. Car ce type de manœuvre n’a quasiment aucun précédent : lors du programme Apollo, un rendez-vous orbital entre le module de commande et le vaisseau lunaire a bien eu lieu, mais il ne concernait qu’un seul véhicule.
En 1986, la mission soviétique Soyouz T-15 a tout de même permis à un cosmonaute de rejoindre deux stations spatiales distinctes, Saliout-7 puis Mir. Mais jamais une agence n’a tenté de faire s’arrimer un même équipage à deux vaisseaux habitables différents, opérés par des entreprises distinctes, en une seule mission.
Le rôle de Starlink
Pour cette mission hors norme, la NASA a aussi revu ses moyens de communication, lit-on dans Space.com. Grâce à un partenariat avec SpaceX, Orion sera équipée de deux petits terminaux laser Starlink, installés à l’extérieur de la capsule. Ces panneaux viendront compléter les systèmes de communication déjà présents à bord avec un objectif clair : augmenter considérablement le débit de données entre la capsule et le centre de contrôle, au point de permettre la diffusion de vidéos en haute définition, voire en 4K, directement depuis l’orbite.
L’entreprise a déjà démontré l’efficacité de son réseau de milliers de satellites comme relais de communication lors de la mission privée Fram2 en 2025, et l’utilise régulièrement pour diffuser en direct ses propres lancements avec une qualité rare.
La différence sera donc notable avec Artemis II, qui a pourtant fait frissonner de nombreux amateurs de la conquête spatiale. Car elle s’appuyait sur des terminaux laser reliés à des stations au sol pour transmettre des volumes de données trop importants pour les réseaux radio classiques de la NASA. Avec Artemis III, qui restera cantonnée à l’orbite terrestre basse, les contraintes seront bien plus légères à surmonter, ce qui ouvre la voie à une diffusion inédite.
Un rendez-vous orbital consiste à synchroniser précisément l’orbite d’un véhicule avec celle d’une cible, en ajustant altitude, vitesse et phase pour se retrouver au même endroit au même moment. L’amarrage (docking) est l’étape suivante : les deux engins s’approchent à très faible vitesse, s’alignent sur un port d’amarrage, puis se verrouillent mécaniquement. Pour un vol habité, la manœuvre exige aussi des contraintes de sécurité (redondances, capacités d’évitement, procédures d’abandon) et une compatibilité fine des interfaces (mécaniques, électriques, données). La difficulté augmente encore quand il faut répéter l’opération avec deux véhicules différents, car chaque système de guidage, navigation et contrôle doit fonctionner de façon fiable et coordonnée.
En orbite terrestre basse, la distance est bien plus courte, ce qui réduit fortement l’atténuation du signal et la latence, et facilite l’obtention de débits élevés. L’environnement radio est aussi mieux couvert par des infrastructures terrestres et des constellations en orbite, ce qui multiplie les fenêtres de liaison. À l’inverse, les communications « espace lointain » vers la Lune demandent des antennes plus puissantes, des pointages très précis et acceptent souvent des débits plus modestes. En LEO, il est donc plus réaliste d’envisager de la vidéo HD/4K en continu, à condition d’avoir un relais réseau adapté et une capacité d’antenne suffisante sur le véhicule.
Une liaison laser (optique) peut offrir des débits très élevés et une meilleure efficacité spectrale que la radio, ce qui est utile pour des flux vidéo lourds comme la 4K. En contrepartie, elle impose un pointage beaucoup plus fin : le faisceau est étroit, donc il faut maintenir l’alignement malgré les mouvements de l’engin. Dans le cas d’un relais via une constellation comme Starlink, les satellites peuvent servir de “pont” réseau pour acheminer les données vers le sol via d’autres liens, plutôt que de dépendre uniquement d’une station au sol visible au bon moment. L’intérêt est d’augmenter la continuité de service et la capacité de transmission, tout en gardant les liens radio existants comme solutions de secours.