L'Histoire est en marche ! Les astronautes Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen sont désormais en direction de la Lune à bord de la capsule Orion. Ce lancement, qui a réuni pas moins de 400 000 personnes en Floride, marque une nouvelle étape dans la conquête spatiale.

Quatre ans après Artemis I, la NASA opère enfin son premier vol lunaire habité depuis le programme Apollo. Dans les faits, Artemis II s’apparentera grandement à ce qui a été réalisé en 2022 mais cette fois, l’idée est de tester la capsule avec un équipage à bord en vue de projets encore plus ambitieux par la suite.
Comme un air de déjà-vu
Le Space Launch System (SLS) a pris son envol à 00h35 ce 2 avril heure de Paris, soit une dizaine de petites minutes après l’ouverture de la fenêtre de tir. Une ponctualité qui traduit un déroulé des événements quasiment sans accrocs. Mis à part un léger souci au niveau des batteries de la tour de sauvetage, qui permet d’éjecter la capsule Orion en cas de défaillance lors du décollage. Rien que la NASA n’a pu corriger très rapidement.
Les moteurs RS-25 de l’étage principal ont rugi et émis leur son si caractéristique pour transporter la fusée la plus puissante jamais construite par l’agence spatiale américaine, rappelant les lancements très suivis des navettes spatiales. Le si critiqué Space Launch System a donc effectué sa mission, la deuxième de son existence, à merveille, propulsant Orion en orbite.
Quel est le programme désormais ?
Tout est optimal à l'heure où nous écrivons ces lignes. Orion se trouve en orbite terrestre, une période durant laquelle les astronautes vont tester les fonctions de base de la capsule : système de survie, toilettes, maniabilité de la capsule, etc. Des opérations sont également prévues pour s’entraîner aux futurs amarrages manuels, qui seront nécessaires pour les missions qui nécessiteront un alunissage.
Durant la nuit, la capsule effectuera son injection translunaire, une étape cruciale qui propulse Orion hors de l’orbite terrestre et l’envoie définitivement vers la Lune. Une fois arrivée aux abords de notre satellite, le vaisseau effectuera un survol de celui-ci en trajectoire libre, et passera derrière la face cachée de la Lune. À ce moment, il atteindra la distance record de 406 841 kilomètres de la Terre, soit environ 6 400 kilomètres au-delà du record établi par Apollo.
Ensuite, la gravité lunaire propulsera naturellement le vaisseau vers la Terre, sans allumage majeur supplémentaire. On le rappelle, cette mission sert avant tout à préparer les voyages plus ambitieux qui suivront, avec un alunissage prévu dès 2028.
La tour de sauvetage est un système d’éjection d’urgence placé au sommet de la capsule, capable de l’arracher à la fusée en cas de panne critique au décollage ou dans les premières minutes de vol. Elle utilise des moteurs à poudre à forte poussée pour éloigner rapidement l’équipage de l’étage principal et des réservoirs. Une fois la capsule à distance, des parachutes prennent le relais pour un retour contrôlé. C’est un dispositif conçu pour les phases où une évacuation « classique » est impossible, car la fusée accélère trop vite et trop haut. La tour est ensuite larguée quand le risque principal lié au lancement diminue.
Qu’est-ce que l’injection translunaire (TLI) et pourquoi est-ce une étape clé d’une mission lunaire ?L’injection translunaire est une manœuvre de propulsion qui fait passer le vaisseau d’une orbite terrestre à une trajectoire de transfert vers la Lune. Concrètement, un allumage moteur augmente fortement la vitesse au bon moment pour « relever » l’orbite et l’étirer jusqu’à croiser l’orbite lunaire. Cette étape est critique car elle conditionne la précision d’arrivée, la consommation de carburant pour les corrections et les marges de sécurité (communications, énergie, trajectoire). Une TLI ratée peut imposer un retour anticipé ou rendre l’approche lunaire impossible. Elle sert aussi à valider la navigation et la performance propulsive en conditions réelles.
Que signifie une trajectoire libre (free return) autour de la Lune, et quels sont ses avantages ?Une trajectoire libre est un profil de vol où la gravité de la Lune « courbe » naturellement la route du vaisseau pour le renvoyer vers la Terre, avec peu ou pas d’allumages majeurs après le survol. Elle est conçue comme un mode dégradé robuste : en cas de problème moteur, la mission peut souvent revenir sans devoir effectuer une grande manœuvre de retour. Ce type de trajectoire simplifie aussi la planification, car l’essentiel du trajet est déterminé par la mécanique orbitale et des corrections fines. En contrepartie, elle limite la flexibilité (durée, distance, géométrie du survol) par rapport à une insertion en orbite lunaire. C’est un choix fréquent pour tester un véhicule habité loin de la Terre tout en gardant une option de retour « passive ».