Vingt-six ans sans jamais lever un centime auprès d’investisseurs extérieurs : c’est le pari que Jeff Bezos abandonne aujourd’hui. Face à une SpaceX qui écrase la concurrence, Blue Origin s’apprête à récolter 10 milliards de dollars pour ne pas rester sur le carreau.

Car depuis sa création en 2000, Blue Origin n’a jamais eu besoin de personne. Jeff Bezos a financé seul l’aventure spatiale de son entreprise, y injectant plusieurs milliards de dollars chaque année. Un modèle unique dans l’industrie, quand la plupart des acteurs du secteur dépendent de contrats publics, de prêts ou d’investisseurs privés pour avancer.
Mais selon le New York Times, Blue Origin s’apprête à lever 10 milliards de dollars avec une participation à hauteur de 2 milliards de Jeff Bezos. C’est un changement de cap inédit pour l’entreprise, valorisée à 130 milliards de dollars.
SpaceX s'envole
Le timing de ce virage ne laisse pas l’ombre d’un doute, alors que SpaceX vient de lever plus de 85 milliards de dollars lors de l’introduction en Bourse la plus prolifique de l’Histoire. L’entreprise d’Elon Musk est désormais valorisée à près de 2 000 milliards de dollars, des chiffres qui donnent le tournis.
L’écart entre les deux géants est aussi frappant sur le terrain. Quand SpaceX aligne des centaines de lancements réussis, Blue Origin ne compte encore qu’une poignée de vols orbitaux à son actif. Pourtant, ils visent les mêmes marchés : le lancement de satellites, les télécommunications et les data centers en orbite. Sauf que leurs moyens ne sont plus comparables.
Avec cette levée de fonds, qui a très fortement précipité la reconstruction du pas de tir de New Glenn après l’explosion survenue fin mai, Blue Origin entend se donner les moyens de ses ambitions

De très onéreux chantiers
Car les chantiers s’accumulent, et tous réclament des financements colossaux. Blue Origin a récemment dévoilé deux projets de mégaconstellations : TeraWave, dédiée à la connectivité haut débit pour les entreprises, et Project Sunrise, qui prévoit jusqu’à 51 600 satellites en orbite basse et moyenne. De quoi rivaliser, à terme, avec Starlink.
Son autre priorité, bien entendu, est la Lune. L’entreprise s’est entièrement recentrée sur les missions Artemis de la NASA, abandonnant au passage ses ambitions dans le tourisme spatial. Juste avant l’accident de New Glenn, l’agence spatiale l’avait d’ailleurs sélectionnée pour une mission non habitée vers notre satellite avant la fin de l’année.
Blue Origin a choisi une tortue comme emblème et la prudence comme méthode. Mais face à l’urgence, elle n’a plus le luxe d’avancer pas à pas.