Début 2025, une réunion d'urgence réunissant les plus hauts dirigeants d'Apple a marqué un tournant décisif dans la stratégie IA de la firme. Retour sur les coulisses d'une crise qui a tout bousculé, jusqu'au sommet de l'entreprise.

Apple, l'entreprise qui a longtemps dicté les grandes tendances technologiques mondiales, s'est retrouvée dans une position inhabituelle : celle du suiveur, et même du retardataire. Pendant que Meta, Google, Microsoft et OpenAI accéléraient à marche forcée sur l'intelligence artificielle, Cupertino peinait à convaincre avec Apple Intelligence, et la refonte de Siri menaçait d'être reportée indéfiniment. C'est dans ce contexte de crise larvée que Bloomberg révèle aujourd'hui l'existence d'une réunion à huis clos, tenue début 2025. Une assemblée de dirigeants convoquée en urgence, dont les décisions allaient redistribuer les cartes au plus haut niveau de la firme de Cupertino, et pousser Tim Cook à sortir d'un rôle de gestionnaire qu'il occupait depuis des années.
Une réunion de crise, un homme providentiel
Ce jour-là, les vice-présidents seniors, le directeur des opérations, le directeur financier et plusieurs proches de Tim Cook étaient réunis. L'ordre du jour était sans détour : Apple Intelligence était un échec, et la refonte de Siri vacillait. Craig Federighi, le grand patron du logiciel, a conduit l'essentiel des échanges, mais c'est Mike Rockwell, père de l'Apple Vision Pro, qui a rapidement pris une place centrale dans les débats.
Rockwell, fort du lancement du casque de réalité mixte, considéré en interne comme un exploit technique malgré ses ventes décevantes, bénéficiait d'une crédibilité solide. Convaincu depuis longtemps qu'Apple sous-estimait l'IA, il s'est porté volontaire pour redresser la barre sur Siri. Une proposition acceptée, non sans quelques problèmes hiérarchiques : Federighi a imposé que Rockwell lui reste rattaché, refusant de lui accorder un poste de vice-président senior avec accès direct à Cook. Rockwell a finalement accepté, à contrecœur.
John Giannandrea, alors responsable de l'IA chez Apple, a quant à lui été progressivement écarté. Cook avait perdu confiance en lui, estimant qu'Apple souffrait de problèmes culturels, structurels et managériaux profonds dans ce domaine. Giannandrea a quitté l'entreprise cette année.
Tim Cook sort de sa réserve pour préserver son héritage
Cette réunion a également été un déclencheur pour Tim Cook lui-même. Contrairement à son habitude, le PDG s'est impliqué directement dans la feuille de route IA, exprimant ses préférences sur les fonctionnalités et tranchant personnellement certaines orientations stratégiques. Il a aussi interpellé Federighi et ses équipes, leur reprochant d'avoir sous-estimé l'IA depuis le début, rappelant notamment que l'IA générative n'était même pas sur le radar d'Apple au lancement de ChatGPT fin 2022.
Sous l'impulsion de Rockwell, Federighi et Eddy Cue, responsable des services, Apple a finalement conclu un accord avec Google pour remplacer les modèles et l'infrastructure cloud de Siri par la technologie Gemini et Google Cloud. Un recrutement clé a également été acté : Amar Subramanya, ancien cadre de Google et Microsoft, a pris en charge la recherche et les modèles d'IA.
Ce lundi, lors de la WWDC 2026, Apple présentera le fruit de tous ces bouleversements internes. Pour Cook, dont le départ de la direction est prévu au 1ᵉʳ septembre, ce nouveau Siri représente à la fois un dernier acte et un pari sur l'avenir. Clubic suit la WWDC en direct ce lundi : rendez-vous sur le site pour découvrir ensemble si ces mois de remise en question auront suffi à replacer Apple au premier rang de la course à l'IA.