La start-up française Celeste Ecoflyers a réalisé les premiers essais au sol et un court vol d'essai de son drone cargo à aile gonflable, le dAS10, sur l'aéroport du Havre. Un prototype de 8 mètres d'envergure qui intrigue déjà la défense.

Sur le tarmac de l'aéroport du Havre, le Français Celeste Ecoflyers a fait décoller un drone pas tout à fait comme les autres. Ses ailes ne sont pas en carbone rigide, non, mais en tissu gonflé à l'air, comme une chambre à air d'avion. Les deux cofondateurs de ce prototype baptisé dAS10, qui aiment aussi parler d'« aile pneumatique » pour désigner leur bébé, ne sont pas peu fiers de ce dernier et comptent sur lui pour transporter plus de vingt kilos de marchandises sur 300 kilomètres d'une traite. Et voilà, cerise sur le gâteau, que le secteur de la défense s'y intéresse de près.
Le drone cargo français qui mise tout sur la légèreté
L'aéronef gonflable dAS10, qui a aussi attiré l'attention du site spécialisé OpexNews serait presque provocateur tellement il paraît simplicité. Les drones classiques volent avec des ailes en matériaux composites, des ailes rigides mais lourdes. Avec le sien, Celeste Ecoflyers propose l'inverse, avec une aile en tissu, gonflée à l'air ambiant, dont la rigidité vient uniquement de la pression intérieure. On a alors une surface portante bien plus grande, pour un poids bien plus faible. Et moins on pèse, plus on vole longtemps, forcément.
Les premiers essais réussis, au sol d'abord puis brièvement en vol, donnent du crédit au prototype. En ce qui concerne les mensurations du drone, le dAS10 s'étire sur 8 mètres d'envergure et pèse 52 kg à vide, plus léger encore qu'un pur grimpeur cycliste. Au décollage, il peut emporter jusqu'à 75 kg au total, ce qui laisse plus de 20 kg disponibles pour du fret. Et il n'a besoin que de cinq petits mètres pour décoller. Des panneaux solaires couvrent le dessus de l'aile et rechargent les batteries en vol, ce qui pourrait porter l'autonomie bien au-delà des six heures annoncées par son concepteur français sur son site.
L'aile en tissu aussi, parlons-en. Elle offre des avantages pratiques inattendus, puisqu'elle se plie pour tenir dans un coffre, et une déchirure se répare avec un simple patch, comme on rafistolerait une tente de camping ou une chambre à air « à l'ancienne ». Celeste Ecoflyers assume volontiers les limites du concept. L'appareil vole lentement, il déteste le mauvais temps, et il reste moins performant qu'un drone à aile rigide classique, évidemment. Mais c'est le marché que la start-up propose ceux qu'elle intéresse, à savoir accepter la lenteur en échange d'un coût à la tonne-kilomètre bien plus bas.

Deux fondateurs, un hangar normand et l'œil de la défense
Les deux cofondateurs de Celeste Ecoflyers, Olivier Manette et Benjamin Degasne, ont pour particularité de documenter publiquement chaque étape de leur drone gonflable sur LinkedIn, y compris les échecs. Le train d'atterrissage du dAS10 a ainsi eu droit à cinq versions différentes avant d'être au point, de la simple lame en carbone jusqu'au système à roulement à billes imprimé en 3D.
La start-up travaille notamment avec l'INSA Rouen, qui lui fournit des pièces en matériaux composites fabriquées via impression 3D. ROAV7 prête à Celeste un hangar sur l'aéroport du Havre pour ses essais. Et la Solar Impulse Foundation, l'organisation fondée par le pilote Bertrand Piccard, a elle-même officiellement labellisé le dAS10 comme solution à la fois rentable et écologique. Le prochain gros rendez-vous public pour la start-up, c'est le salon VivaTech à au Paris, du 17 au 20 juin, auquel Clubic prendra part.
Du côté de l'armée et des institutions, des discussions ont bien eu lieu, mais pas de contrat signé pour le moment. « Beaucoup attendent de voir les validations expérimentales progresser avant d'aller plus loin », reconnaît Olivier Manette, qui comprend cette prudence dans un domaine où les promesses sont souvent plus nombreuses que les démonstrations réelles. Le premier vol complet reste à venir, mais Celeste a déjà ce que beaucoup de start-up n'ont pas, avec un prototype qui roule, qui vole, une équipe qui n'hésite pas à montrer ses cicatrices, et un secteur (la défense) qui la suite d'un œil avisé.