L'armée française teste depuis le mois de février 2026 un dispositif de production mobile de plasma sec, baptisé VeliPod, développé par la société américaine Velico Medical. Il pourrait transformer la prise en charge des blessures hémorragiques sur les théâtres d'opérations.

Le premier prototype VeliPod arrivé au Centre de transfusion sanguine des armées. © BCI-SSA
Le premier prototype VeliPod arrivé au Centre de transfusion sanguine des armées. © BCI-SSA

Sur les théâtres d'opérations, perdre trop de sang peut tuer, et vite. Car passé la première demi-heure sans transfusion, un soldat blessé a peu de chances de s'en sortir. C'est pour gagner ce combat contre la montre que l'armée française évalue, depuis février 2026, le VeliPod. Le dispositif logé dans deux containers mobiles est capable de produire du plasma sec en moins d'une heure, directement sur le terrain, pour stabiliser les blessés hémorragiques. Peut-être un tournant dans la transfusion sanguine militaire.

VeliPod, le dispositif qui pourrait transformer la prise en charge des blessés de guerre français en opérations

Le 17 février 2026, le Centre de transfusion sanguine des armées (CTSA), basé à Clamart, accueillait le premier prototype VeliPod, conçu par la société américaine Velico Medical. Cette arrivée est aujourd'hui saluée comme une étape très importante par l'institution, et pour cause. En zone de guerre, les hémorragies sont, selon le directeur du CTSA, le professeur Jean-Jacques Lataillade, la première cause de mort que l'on pourrait pourtant éviter si l'on disposait du bon produit au bon moment.

Le CTSA produit déjà du plasma lyophilisé, un plasma déshydraté par le froid, selon un procédé assez complexe qui nécessite des équipements lourds et fixes. Le VeliPod est, sur le papier, capable de faire la même chose, mais à l'inverse. Dans le détail, il sèche le plasma par la chaleur (ce qu'on appelle la dessiccation), dans deux containers mobiles. Le premier abrite un appareil de stérilisation à l'air chaud qui extrait l'eau du plasma ; le second héberge deux machines complémentaires, dont l'une achève la séparation de l'eau, et l'autre scelle le plasma sec dans une poche plastifiée, prête à être stockée et transportée.

Ce qui nous surprend avec le VeliPod, c'est sa relative simplicité opérationnelle. Produire une poche de plasma sec prend moins d'une heure, et la réhydrater avant de la transfuser à un blessé, seulement trois minutes. Et contrairement au plasma lyophilisé, dont la fabrication exige des équipements fixes et des salles stériles hautement contrôlées, le VeliPod n'a besoin que d'eau et d'électricité pour fonctionner. « Le VeliPod permet une fabrication en environnement propre mobile, sans recourir à des infrastructures lourdes », confirme le professeur Lataillade.

24 poches en 48 heures, un volume de production pensé pour les conflits de haute intensité

Reste la question du volume. En 48 heures, le VeliPod peut produire 24 poches de plasma sec, de quoi alimenter une unité médicale dans un scénario de conflit intense, explique l'État-major des armées, où les besoins en transfusion peuvent s'emballer en l'espace de quelques heures. Jean-Jacques Lataillade veut se satisfaire du VeliPod comme un moyen de renfot. « Il faut voir en cette innovation un produit qui complèterait notre arsenal thérapeutique actuel pour faire face à la haute intensité », précise-t-il.

Mais avant d'en arriver là, le VeliPod doit faire un peu de route. Le prototype est soumis à une année d'évaluations complètes, et le CTSA devra déposer un dossier auprès de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), l'autorité française qui valide tout produit de santé avant sa mise en circulation. Si les résultats sont concluants, plusieurs unités pourraient être acquises auprès de l'entreprise américaine pour produire du plasma sec à plus grande échelle. En attendant, l'inauguration officielle des containers VeliPod est prévue dans les prochains mois.

L'État-major insiste bien sur le fait que le VeliPod ne vient pas remplacer le plasma lyophilisé que fabrique déjà le CTSA. Il s'agit d'un outil de plus dans une médecine militaire qui se prépare à des conflits de grande ampleur. Car dans un monde où la guerre de haute intensité est redevenue une réalité possible aux portes de l'Europe, avoir sous la main une solution mobile et rapide à déployer n'a clairement rien d'un luxe.