Avril 2010, Apple livrait ses premiers iPad. Seize ans plus tard, aucune tablette au monde n'a réussi à lui ravir sa place de leader. Retour sur le produit le plus sous-estimé de l'histoire récente de la tech.

©Mr.Mikla / Shutterstock
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Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 27 janvier 2010, lorsque Steve Jobs présentait le tout premier iPad ? La réaction n'est pas celle que l'alors iconique patron d'Apple attendait.

Pour beaucoup, l'appareil n'est qu'un iPhone avec un écran plus grand. Business Insider le qualifie d'« ennui mortel ». Le chroniqueur John C. Dvorak espère ouvertement que ce n'est qu'un test de marché en attendant « quelque chose de plus spectaculaire ». Le nom lui-même fait ricaner. Alissa Walker, journaliste chez Fast Company, le compare sans détour à un tampon hygiénique, pad signifiant « tampon » en anglais.

Trois mois plus tard, en juillet 2010, Steve Ballmer, qui n'aurait pas parié sur le succès de l'iPhone, reconnaît qu'Apple en a « vendu plus qu'il ne l'aurait souhaité ». Seize ans après, personne n'a trouvé mieux.

L'iPad était prévu avant l'iPhone quand Steve Jobs l'a présenté, l'avantage qui a coiffé la concurrence au poteau

Tout aussi critiques qu'ils étaient, les détracteurs de l'iPad ignoraient que Steve Jobs avait conçu le projet iPad avant même l'iPhone. Les deux appareils sont nés du même projet, mais Apple a choisi de sortir le téléphone en premier. Autrement dit, quand les journalistes raillaient « l'iPhone surdimensionné », ils avaient exactement tout dans le désordre. L'iPad n'était pas une extrapolation de l'iPhone, c'était son prédécesseur dans les cartons.

Cette chronologie cachée explique en partie pourquoi Apple a construit quelque chose que ses concurrents n'ont jamais vraiment su copier. Microsoft avait vendu des tablettes sous Windows pendant des années sans convaincre personne. Steve Ballmer, à cette époque P-.D.G de la firme, avait annoncé à la hâte des tablettes Windows pour tenter de devancer Apple, avant d'admettre en juillet 2010 qu'Apple en avait « vendu plus qu'il ne l'aurait souhaité ». La BlackBerry Playbook, lancée en 2011 sans client mail natif, n'a pas trouvé son public. Les tablettes Android se sont multipliées sans jamais structurer de marché cohérent.

L'iPad est trop solide pour être racheté souvent et trop dominant pour être détrôné

Mais ce succès n'est pas sans cacher un paradoxe. La tablette d'Apple dure si longtemps que ses utilisateurs n'ont presque jamais besoin d'en racheter une. Apple garantit au moins cinq ans de mises à jour logicielles sur tous ses modèles actuels, et l'iPad Pro M4, sorti en 2024, est jugé capable de tenir entre cinq et sept ans en usage courant. Avec une telle longévité, les ventes d'iPad fluctuent moins à cause de la concurrence que parce que les acheteurs n'ont tout simplement pas de raison de changer d'appareil.

C'est une situation sans équivalent dans l'industrie des tablettes. Samsung, Xiaomi ou Lenovo renouvellent leurs gammes à un rythme soutenu, avec des cycles de remplacement souvent inférieurs à trois ans. Apple, au contraire, construit des appareils qui survivent à leurs propres acheteurs.

Au premier trimestre fiscal 2026, les revenus iPad ont tout de même progressé de 6,67 %, à 8,60 milliards de dollars, dans un contexte pourtant difficile pour le hardware. Contrairement à ce qu'on peut penser, la longévité des appareils ne tue pas le marché, elle le filtre.

En 2026, six modèles coexistent dans la gamme : l'iPad d'entrée de gamme, deux tailles d'iPad Air, deux tailles d'iPad Pro, et l'iPad mini. Pour chacun, un usage précis. Les iPad Pro M5 embarquent une puce dont les performances dépassent celles de certains MacBook, selon Apple. L'iPad mini 7e génération, lui, mise sur un format compact avec une puce A17 Pro. Aucun concurrent direct n'a réussi à construire une architecture de gamme comparable sur autant d'années.

Seize ans après les premières moqueries, l'appareil qu'on disait condamné à être un gadget pour retraités est finalement la référence absolue d'une catégorie qu'il a lui-même inventée. Les critiques de 2010 avaient vu juste sur une chose : l'iPad était bien un objet grand public. Ils avaient juste omis que c'était précisément là sa force.

Source : Apple Insider