En 50 ans, Apple a autant révolutionné la tech qu’accumulé les ratés. Du Newton moqué dans Les Simpson au clavier papillon qui a traumatisé toute une génération de MacBook, retour sur dix produits qu’Apple préférerait effacer de sa timeline.

Le 1er avril 1976, Steve Jobs, Steve Wozniak et Ron Wayne signaient l'acte de naissance d'Apple Computer Company dans un garage de Los Altos, en Californie. Cinquante ans plus tard, l'entreprise frôle les 4 000 milliards de dollars de valorisation, revendique plus d'un milliard d'iPhone actifs dans le monde et emploie 166 000 personnes sur tous les continents.
Pour l’occasion, les rétrospectives ne manquent pas : on y célèbre l’Apple II, le Macintosh, l’iPod, l’iPhone. Mais derrière chaque success story, il y a un cimetière de produits ratés, abandonnés ou carrément humiliants. Des projets lancés trop tôt, vendus trop cher, conçus trop vite — parfois les trois à la fois. Et c’est peut-être là que l’histoire d’Apple devient vraiment intéressante : pas dans ses triomphes, mais dans ses plantages.
De l’Apple III qui surchauffait en 1980 à la Magic Mouse qu’on ne peut toujours pas utiliser en charge en 2026, voici dix produits qui prouvent que l’héritage d’Apple n’est pas fait que de succès.
Apple III (1980) : le drop test comme SAV
Steve Jobs avait exigé un boîtier sans ventilateur pour des raisons esthétiques. Les cartes mères se déformaient sous la chaleur, les puces se délogeaient de leurs connecteurs. La solution officielle d’Apple, selon Cult of Mac ? Soulever la machine de 15 centimètres et la laisser retomber sur le bureau pour remettre les composants en place. Sur 65 000 unités produites, 14 000 ont été remplacées. Jobs a reconnu y avoir perdu « des sommes infinies et incalculables ».

Newton MessagePad (1993) : trop tôt, trop cassé
Le Newton promettait la reconnaissance d’écriture manuscrite comme argument massue. La techno fonctionnait si mal qu’elle est devenue un running gag dans « Les Simpson ». En cinq ans et huit modèles successifs, Apple n’a écoulé que 200 000 unités. Jobs l’a tué sans état d’âme dès son retour en 1998. L’ironie : le Newton a directement inspiré l’iPhone, lancé neuf ans plus tard.
Pippin (1996) : la console que personne n’a vue
La Pippin, console de jeu lancée avec Bandai, combinait un PowerPC 603e sans GPU dédié, moins de 20 jeux exclusifs et un prix de 599 dollars, le double d’une PlayStation. Bilan : 42 000 unités vendues, là où Bandai en espérait des millions. Le partenaire japonais y a englouti 93 millions de dollars avant que Jobs ne tire la prise à son retour en 1997.
Power Mac G4 Cube (2000) : au MoMA, pas dans les ventes
Un cube de 20 cm de côté en acrylique transparent, sans ventilateur, exposé au MoMA de New York. Magnifique. Mais vendu trop cher avec un disque dur lent à 5 400 tr/min, 64 Mo de RAM, un boîtier qui se fissurait et un bouton d’alimentation tactile si sensible qu’il se déclenchait au moindre courant d’air. Tim Cook l’a qualifié de « fiasco spectaculaire dès le premier jour ». Environ 150 000 unités en un an, puis rideau.
MobileMe (2008) : le cloud avant le cloud
Ce service à 99 dollars par an devait synchroniser emails, contacts et calendriers entre appareils Apple. Pannes à répétition dès le lancement, synchronisation défaillante, prélèvements bancaires erronés pendant la période d’essai. Steve Jobs a envoyé un mémo interne qualifiant le service d’indigne des standards Apple, puis a réuni l’équipe pour leur demander pourquoi « ça ne marche pas ». Débranché en 2012, remplacé par iCloud.
iTunes Ping (2010) : le réseau social mort-né
Le réseau social musical d’Apple, croisement entre Facebook et Twitter intégré à iTunes. Un million d’inscrits en 48 heures, puis le néant. Submergé par le spam dès les premières heures, privé d’intégration Facebook après un bras de fer entre les deux entreprises, limité aux seuls utilisateurs d’iTunes. Tim Cook a résumé : les utilisateurs avaient « voté » en ne l’utilisant pas. Débranché après deux ans.
Apple Maps (2012) : les excuses publiques de Tim Cook
En remplaçant Google Maps par sa solution maison dans iOS 6, Apple a livré une application truffée d’erreurs : routes inexistantes, adresses fantômes, pont de Brooklyn qui semblait fondre sur les images satellites. Tim Cook a publié une lettre d’excuses, fait rarissime, recommandant d’utiliser Google Maps en attendant. Scott Forstall, patron d’iOS, a perdu son poste.
Le clavier papillon (2015-2019) : quatre ans de calvaire
Le mécanisme ultrafin, introduit sur le MacBook 12 pouces puis étendu à tous les portables Apple, se bloquait au moindre grain de poussière. Touches collées, caractères répétés, frappes fantômes. Apple a maintenu ce clavier pendant quatre générations malgré une pétition de 36 000 signatures et une class action soldée à 50 millions de dollars. Il a fallu attendre novembre 2019 pour retrouver un mécanisme à ciseaux sur le MacBook Pro 16 pouces.
AirPower (2017-2019) : annoncé, puis annulé
Présenté aux côtés de l’iPhone X en septembre 2017, ce tapis de recharge sans fil devait charger simultanément un iPhone, une Apple Watch et des AirPods. Dix-huit mois de silence plus tard, Dan Riccio publiait un communiqué laconique : « AirPower n’atteindra pas nos standards élevés. » Surchauffe des bobines, normes FCC impossibles à respecter. Seul produit de l’histoire d’Apple à avoir été officiellement annoncé, puis officiellement annulé.
HomePod (2018-2021) : le son sans le cerveau
Lancé à 349 € en juin 2018, le premier HomePod offrait un son excellent mais un Siri incapable de rivaliser avec Alexa ou Google Assistant, un écosystème verrouillé et un prix deux à trois fois supérieur à la concurrence. Apple prévoyait 500 000 ventes mensuelles ; les commandes ont été réduites de moitié face au manque de demande. Abandonné en mars 2021 au profit du HomePod mini à 99 €.
Magic Mouse (2015-2026) : le port en dessous
Depuis dix ans, Apple persiste à placer le port de recharge sous la souris, la rendant inutilisable pendant la charge. Le passage de Lightning à USB-C n’a rien changé au problème fondamental. Pas un flop commercial, mais un choix de design devenu le symbole universel de l’obstination esthétique de Cupertino. Et en 2026, elle charge toujours sur le dos.

Dix produits, cinq décennies d’erreurs. Et pourtant, chez Apple, les fiascos ont souvent engendré des réussites : le Newton a mené à l’iPhone, le G4 Cube au Mac mini, MobileMe à iCloud. Le clavier papillon, lui, n’a inspiré personne. Et la Magic Mouse charge toujours sur le dos.
C’est peut-être la leçon la plus contre-intuitive de ces 50 ans : Apple n’a pas réussi malgré ses échecs, mais en partie grâce à eux. Chaque ratage a forcé Cupertino à repenser, simplifier, recommencer. Le résultat, c’est l’une des entreprises les plus valorisées au monde, bâtie sur un tas de carcasses de produits qu’on préfère oublier.
50 ans d’Apple sur Clubic, nos autres articles :