Apple fête ses 50 ans aujourd'hui. Un demi-siècle pendant lequel l'entreprise a plusieurs fois frôlé la disparition. Et l'histoire de son système d'exploitation n'est pas non plus un long fleuve tranquille.

Comment macOS a failli être remplacé par BeOS
Comment macOS a failli être remplacé par BeOS

Aucun autre OS grand public n'a vécu autant de ruptures que celui d'Apple. Des crashes répétés du System 1 au design Liquid Glass de macOS Tahoe, c'est aussi l'histoire d'une entreprise qui a dû se réinventer en permanence.

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Non, macOS n'est pas né dans un garage

En 1979, Steve Jobs visite le Xerox PARC à Palo Alto. Les ingénieurs lui montrent une interface graphique avec des fenêtres, une souris, des icônes cliquables. Jobs repart avec l'idée. Ce que Xerox ne sait pas vraiment exploiter, Apple va en faire son identité.

Trois ans plus tard, Apple sort le Lisa (1983). Chère (10 000 dollars à l'époque), l'ordinateur est un échec commercial. Mais ce dernier pose les bases conceptuelles de ce qui va suivre. En 1984, le Macintosh arrive avec "System 1" : une interface graphique, un Finder, des menus déroulants. Avec 128 Ko de RAM. Pas de multitâche. Un seul bouton de souris. C'est rudimentaire, mais c'est nouveau.

Apple Lise ©Wikimedia
Apple Lise ©Wikimedia

Dans son coin, Microsoft observe. Windows 1.0 sort en 1985. Jobs crie au vol. Le procès Apple contre Microsoft sur le "look and feel" de l'interface s'étale de 1988 à 1994. Apple perd. Les fenêtres superposables sont déclarées libres d'utilisation. La guerre des OS vient de commencer.

Windows 1.0 ©Wikimedia

10 ans de dérive, et un projet avorté qui coûte très cher

Jobs est évincé d'Apple en 1985. Il part fonder NeXT. Chez Apple, il n'y a plus vraiment de visionnaire. Les versions du System s'enchaînent (System 6, 7, puis Mac OS 7.6) avec des améliorations incrémentales. Mais, le système reste fragile, monoprocesseur, sujet aux plantages. L'architecture, elle, n'évolue pas.

System 7 ©Wikimedia

En interne, Apple lance le projet Copland au début des années 1990. L'objectif : reconstruire Mac OS de zéro avec mémoire protégée et multitâche préemptif. Le projet est annulé en 1996, après des années de travail et des dépenses très importantes. Apple n'arrive pas à se réformer de l'intérieur.

Avant de se retourner vers NeXT, Apple mène des négociations sérieuses avec Be Inc. L'entreprise a été fondée en 1990 par Jean-Louis Gassée, ancien directeur des produits Apple France, puis vice-président d'Apple en Californie. Il connaît l'entreprise de l'intérieur. Et ce qu'il propose en 1996 est techniquement convaincant.

BeOS est conçu dès le départ pour être moderne. Il gère le multitâche préemptif, la mémoire protégée, et peut exploiter plusieurs processeurs simultanément. Là où le Mac OS de l'époque plante dès qu'une application déraille, BeOS isole les processus. Il est aussi pensé pour le multimédia : lecture vidéo fluide, traitement audio en temps réel. Pour des ingénieurs Apple qui se battent avec les limites du System 7 depuis des années, c'est exactement ce dont ils ont besoin.​

BeOS ©Wikimedia

Les discussions avancent. Apple est prête à payer. Mais Gassée demande entre 200 et 300 millions de dollars. Apple propose moins. Aucun accord n'est trouvé. La négociation échoue.

Apple se retourne alors vers NeXT, et donc vers Jobs. Cette fois, Apple accepte d'allonger 429 millions de dollars. Mais, le choix est stratégique car avec NeXT, Apple récupère également un PDG capable de redresser le navire. De son côté, Be Inc. continue seul. L'entreprise sort BeOS en version grand public en 1997 et tente de se repositionner sur les PC. Finalement, elle dépose le bilan en 2001… la même année de sortie de Mac OS X.

Le rachat de NeXT : 429 millions de dollars très bien investis

Le 20 décembre 1996, Apple rachète NeXT pour 429 millions de dollars. Ce n'est pas un simple achat technologique. Jobs revient dans l'entreprise qu'il a fondée, et avec lui arrivent des ingénieurs, une culture d'engineering, et un OS : NeXTStep. NeXTSTEP est bâti sur XNU, un noyau hybride qui combine le micro-noyau Mach et des composants issus de BSD, une branche d'Unix née à l'université de Berkeley.

NeXTSTEP ©Wikimedia

La transition n'est pas simple. Le projet Rhapsody (1997-1999) vise à porter NeXTStep directement sur Mac. Mais les développeurs refusent de réécrire leurs applications depuis zéro. Apple décide alors d'inventer deux environnements parallèles : Carbon, pour les apps classiques qui veulent migrer sans tout refaire, et Cocoa, pour les apps natives NeXTStep. C'est pragmatique, et ça fonctionne.

Le 24 mars 2001, Mac OS X 10.0 "Cheetah" est lancé. L'interface s'appelle Aqua : boutons colorés façon bonbons, Dock animé, transparences. En dessous, un noyau Unix solide, avec mémoire protégée et multitâche. Le système est lent, des fonctionnalités manquent encore, mais l'architecture est là. Pour la première fois depuis des années, Apple a un OS avec lequel construire sur le long terme.

Mac OS X Cheetah

Des fauves et un iPod qui ramène du monde chez Apple

Les versions qui suivent rattrapent rapidement le retard. Jaguar (10.2, 2002) améliore les performances. Panther (10.3, 2003) introduit Exposé pour gérer les fenêtres ouvertes. Tiger (10.4, 2005) arrive avec Spotlight et Dashboard. La machine commence à ressembler à ce que ses utilisateurs attendent.

Promo d'iTunes sur le site d'Apple

Mais on le sait, la vraie croissance ne vient pas de Mac OS. En 2004 et 2005, le succès de l'iPod pousse des millions d'utilisateurs Windows à s'intéresser au Mac. Et iTunes s'immisce sur Windows tel un cheval de Troie. Après tout, si le baladeur Apple est bien conçu, le reste l'est peut-être aussi. Le Mac commence à bénéficier d'une image de fiabilité. Et cela contraste avec les épidémies de virus sous Windows XP, devenu la cible privilégiée des hackers.

En 2006, Apple change à nouveau d'architecture. Les processeurs PowerPC d'IBM et Motorola sont abandonnés au profit des puces Intel. Leopard (10.5, 2007) accompagne cette transition et introduit l'utilitaire Boot Camp. Il devenait alors possible d'installer Windows sur un Mac. De cette époque, on retient surtout Snow Leopard (10.6, 2009). Pas de grandes nouveautés, mais une optimisation complète du système qui fait encore figure de référence à ce jour.

Le Mac prend soudain des airs d'iPhone

Le lancement de l'iPhone

En 2007, Apple change de cap. Jobs présente l'iPhone, et soudain, le vrai moteur d'innovation d'Apple bascule vers le mobile. macOS reste important, mais malgré les plaintes des aficionados du Macintosh, il commence à recevoir des influences d'iOS plutôt que l'inverse.

Lion (10.7, 2011) importe les gestes multi-touch du trackpad, les apps en plein écran, et surtout, le Mac App Store. Mountain Lion (10.8, 2012) va plus loin avec iMessage et le centre de notifications directement dans le Mac. La convergence entre les deux systèmes est assumée, mais sans fusion à l'horizon. Apple prend soin de maintenir une interface adaptée à chaque usage.

À partir de Mavericks (10.9, 2013), les noms de félins disparaissent au profit des lieux emblématiques de Californie. Yosemite (10.10, 2014) marque un changement. On y retrouve le design plat inspiré d'iOS 7, une nouvelle typographie, une meilleure cohérence visuelle avec l'iPhone et l'iPad. C'est la rupture esthétique la plus nette depuis Aqua en 2001.

Mac OS X Yosemite ©Apple

macOS prend son nom et durcit ses défenses

En 2016, avec Sierra (10.12), Apple rebaptise officiellement le système "macOS". Après Mac OS X puis OS X, le nom s'aligne donc avec iOS, iPadOS, watchOS et tvOS. Siri débarque sur Mac, l'intégration d'iCloud se renforce et Apple resserre son écosystème autour d'une identité commune.

Avec la popularité grandissante du Mac, les malwares se multiplient. Apple décide de renforcer radicalement la sécurité de son système. macOS introduit alors Gatekeeper pour bloquer les apps non signées, puis SIP (System Integrity Protection) sous El Capitan (2015). Ce dernier empêche toute modification du cœur du système, même avec les droits administrateur. Mojave (2018) et Catalina (2019) ajoutent des permissions granulaires sur l'accès à la caméra, au micro, aux fichiers.

macOS Gatekeeper

Avec Catalina, c'est aussi la fin des apps 32 bits. Apple avait prévenu pendant deux ans. En 2019, le couperet tombe : toutes les applications qui n'ont pas migré en 64 bits cessent de fonctionner. Des milliers d'apps disparaissent du Mac. Forcément, la décision est controversée, mais elle reflète la manière dont Apple gère ses transitions : pas d'extension, pas de ménagement et avec un calendrier annoncé à l'avance.

La puce M1 : une bascule vers ARM en moins de deux ans

En novembre 2020, Apple lance simultanément macOS Big Sur (version 11) et la puce M1, basée sur une architecture ARM. La rupture avec Intel est aussi nette que celle avec PowerPC en 2006. Mais surtout, elle mais plus rapide. En deux ans, toute la gamme Mac est convertie. Big Sur change aussi le design : icônes redessinées, barre de menus plus translucide, alignement visuel avec iPadOS. Et pour marquer le coup, le numéro de version passe de 10.x à 11.

Monterey (2021), Ventura (2022), Sonoma (2023) affinent l'intégration entre les appareils Apple. On retrouve Universal Control pour contrôler un iPad et un Mac avec un seul clavier et une seule souris. La Continuity Camera transforme l'iPhone en webcam externe. L'écosystème se resserre encore davantage, et macOS n'est plus vraiment pensé comme un OS isolé.

Sequoia (2024) marque l'arrivée d'Apple Intelligence dans macOS. Résumés automatiques, génération d'images, rédaction assistée : l'IA s'intègre au niveau de l'OS, pas seulement dans quelques apps tierces. On l'a vu, en Europe, ces fonctionnalités ont pris du retard à cause des réglementations de l'Union européenne. Apple entend se positionner face à Microsoft qui pousse Copilot+ dans Windows 11 avec une approche similaire ainsi que Google qui déploie son IA dans les Chromebooks.

macOS Tahoe : le verre, l'IA et la fin de l'ère Intel

Présenté à la WWDC 2025 et lancé à l'automne de la même année, macOS Tahoe (version 26) casse à nouveau le design et quelque part, retourne à une interface plus riche, et plus proche d'Aqua. Baptisé "Liquid Glass", ce design d'interface simule non pas l'eau, mais le comportement du verre. Translucide, il réfléchit les couleurs de l'environnement et réagit à la lumière ambiante. Toutes les plateformes Apple adoptent ce design d'un seul coup : Mac, iPhone, iPad, Apple Watch.

La réaction est partagée. Certains trouvent l'interface aérée et moderne. D'autres pointent des problèmes de lisibilité, en particulier sur la barre de menus et dans Safari. Apple a dû reculer sur plusieurs effets de transparence jugés trop prononcés, et a réintroduit dans les versions suivantes des options de densité qui avaient disparu.

macOS Tahoe avec Liquid Glass ©Apple

Avec macOS Tahoe, Apple enterre officiellement la prise en charge des Mac Intel. C'est la fin d'une ère qui avait commencé en 2006. Apple Silicon - les puces M1 et ultérieures - est désormais la seule architecture supportée. Apple concentre ses ressources sur ses propres puces, notamment parce que les fonctionnalités d'Apple Intelligence requièrent une puissance de calcul que les Mac Intel ne peuvent plus fournir. Le parallèle avec l'abandon des PowerPC en 2006 est direct.

Depuis 2001, macOS a traversé trois transitions d'architecture (PowerPC, Intel, Apple Silicon), deux refontes majeures de design (Aqua, Liquid Glass), et deux changements de nom. Il a survécu à l'annulation de son prédécesseur, à la quasi-faillite de l'entreprise qui le développe, et à la montée en puissance successive de Windows, d'iOS, et maintenant de l'IA. Mais, 50 ans après la fondation d'Apple, l'OS du Mac est toujours là. On se demande quand même quel aurait été le destin du système si Apple avait finalement racheté BeOS et fait l'impasse sur le retour de Steve Jobs.

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