TCL a profité du CES 2026 pour lever le voile sur ses premiers téléviseurs LCD équipés d’un rétroéclairage RGB MiniLED. Une annonce attendue, tant cette architecture est présentée depuis plusieurs mois comme la prochaine grande évolution du LCD haut de gamme, capable de repousser encore les limites de la luminosité et de la colorimétrie.

Dans le même temps, le constructeur a soigneusement mis en avant son X11L et sa technologie SQD MiniLED comme véritable vitrine technologique de sa gamme 2026. Un double discours qui peut sembler paradoxal, mais qui reflète en réalité une stratégie industrielle beaucoup plus pragmatique qu’il n’y paraît.
Série TCL RM9L : du RGB MiniLED décliné en trois diagonales
Avec l’arrivée progressive des premiers téléviseurs RGB chez Samsung, LG, Hisense et bientôt chez Sony, TCL ne pouvait rester durablement à l’écart de ce terrain technologique. Le RGB MiniLED représente aujourd’hui un marqueur d’innovation fort dans le segment premium : il permet de démontrer une maîtrise avancée du pilotage de la lumière et d’afficher des performances spectaculaires sur le papier.

Les premiers modèles annoncés par TCL, regroupés sous la référence RM9L, visent clairement ce rôle. Proposés exclusivement en très grandes diagonales de 85, 98 et 115 pouces, ils se positionnent au sommet de la gamme LCD du constructeur, aux côtés du X11L. Fait suffisamment rare pour être souligné, TCL pourrait conserver la même dénomination commerciale en Europe et aux États-Unis, rompant avec sa pratique habituelle de segmentation des appellations selon les marchés, tandis que le modèle sera commercialisé en Chine sous le nom Q10M Ultra.
Sur le plan technique, le RM9L s’appuie sur une dalle LCD WHVA 2.0 conçue par TCL CSOT, associée à un rafraîchissement natif de 144 Hz (jusqu’à 288 Hz en 1080p), quatre entrées HDMI 2.1 et une plateforme Google TV animée par les nouveaux processeurs AiPQ Pro. La compatibilité Dolby Vision (probablement Dolby Vision 2), HDR10+ et Dolby Atmos est de la partie, tout comme un système audio signé Bang & Olufsen, confirmant un positionnement résolument haut de gamme.
Pour TCL, l’objectif est autant technologique que symbolique puisqu'il s'agit là de montrer que le constructeur est capable de rivaliser sur tous les plans, même si, de notre côté, nous attendions davantage de signaux concrets autour de l’Inkjet OLED, un chantier qui nécessitera encore un peu de patience.
En revanche, ce positionnement du RGB MiniLED de TCL reste volontairement circonscrit. Le RGB n’a pas vocation, à court terme, à devenir la colonne vertébrale de l’offre de TCL, mais plutôt une vitrine technologique destinée à explorer les limites actuelles de l’architecture LCD.
Le RGB MiniLED face à ses propres contraintes industrielles
Sur le plan théorique, le RGB MiniLED coche de nombreuses cases séduisantes. En pilotant séparément les composantes rouge, verte et bleue dès le rétroéclairage, il devient possible d’affiner encore la gestion de la lumière et de limiter certaines pertes optiques inhérentes aux architectures classiques.
Dans la pratique, cette approche se heurte rapidement à des contraintes industrielles lourdes. Chaque zone de rétroéclairage nécessite désormais plusieurs sources lumineuses distinctes, ce qui fait exploser le nombre total de composants, la complexité de pilotage électronique, les besoins en dissipation thermique et, mécaniquement, les coûts de fabrication.
Ces contraintes expliquent en grande partie pourquoi TCL réserve aujourd’hui le RGB à des diagonales très importantes, où le positionnement ultra-premium permet d’absorber une partie de ces surcoûts. Elles expliquent aussi pourquoi les déclinaisons plus compactes restent absentes à ce stade, là où l’équation économique devient beaucoup plus délicate.
Pourquoi le SQD MiniLED reste la véritable plateforme stratégique de TCL
Face à ces limites, le choix de TCL de placer le SQD MiniLED au cœur de sa stratégie prend tout son sens. Cette technologie repose sur une logique d’optimisation progressive plutôt que de rupture : amélioration des matériaux à base de quantum dots, densification et stabilisation des filtres couleur, raffinement de la structure optique, meilleure maîtrise du rétroéclairage.
Cette approche permet d’atteindre un niveau de performances très élevé tout en conservant une industrialisation maîtrisée et facilement déployable à grande échelle. TCL revendique pour le SQD MiniLED un positionnement qu’il qualifie lui-même d’“hyper-premium abordable". Car si le X11L en constitue aujourd’hui la vitrine, cette plateforme a vocation à descendre en gamme, avec des volumes compatibles avec une diffusion plus large. C’est cette capacité à conjuguer performance et maturité industrielle qui permet au SQD d’occuper une position centrale dans la stratégie premium de TCL.
Ce choix s’inscrit par ailleurs dans une dynamique cohérente avec la feuille de route des fournisseurs de matériaux comme Nanosys, qui privilégient eux aussi une progression incrémentale des performances, guidée par l’amélioration de la chimie et de la stabilité des matériaux, comme nous l'avons vu récemment avec notre analyse consacrée au "vrai QLED".
L’arrivée du RGB MiniLED chez TCL ne marque pas un basculement immédiat, mais une étape mesurée dans une trajectoire technologique plus large, où le SQD reste une plateforme centrale pour ses téléviseurs. Plus que les effets d’annonce, ce sont souvent ces arbitrages silencieux qui façonnent réellement l’évolution du marché.