Depuis plus de 10 ans, le terme QLED a été l’un des plus grands malentendus du marché des téléviseurs. Présenté comme une alternative directe à l’OLED, il désigne en réalité des écrans LCD classiques dont la seule singularité repose sur l’ajout d’un film de quantum dots chargé d’améliorer la pureté des couleurs. Une technologie efficace, certes, mais très éloignée de la promesse originelle d’un affichage réellement auto-émissif.

À l'occasion du CES 2026, Nanosys (l’un des principaux fournisseurs mondiaux de matériaux à base de quantum dots) a remis ce vieux fantasme sur la table. Son responsable marketing, Jeff Yurek, évoque désormais un horizon crédible pour l’arrivée des premiers écrans QDEL, une technologie où les quantum dots deviennent eux-mêmes émetteurs de lumière. Une perspective excitante, mais qui mérite d’être examinée avec méthode, loin des raccourcis marketing.
QLED / QDEL : de quoi on parle ?
À l’origine, le QLED devait désigner un écran utilisant des quantum dots électroluminescents capables d’émettre directement leur propre lumière. Une architecture autoémissive, comparable à l’OLED, mais reposant sur des nanocristaux inorganiques. Dans la pratique, cette promesse n’a jamais dépassé le stade du prototype.
Le terme a finalement été récupéré pour qualifier des téléviseurs LCD enrichis d’un film de quantum dots agissant comme filtre spectral devant un rétroéclairage LED ; ce sont les fameux téléviseurs QLEDque l'on retrouve un peu partout. Ce glissement sémantique a entretenu pendant plus de dix ans une confusion durable : le "vrai QLED", celui qui devait être auto-émissif, n’a tout simplement jamais existé sur le marché grand public.
Le QDEL (Quantum Dot Electroluminescent) remet précisément cette promesse sur les rails. Le principe est simple sur le papier : remplacer les couches OLED ou les diodes de rétroéclairage par une couche de quantum dots capables d’émettre directement leur propre lumière rouge, verte et bleue lorsqu’elles sont excitées électriquement. Une telle architecture permettrait de simplifier la structure des écrans, en réduisant le nombre de couches optiques, tout en offrant une pureté colorimétrique, la longueur d’onde étant directement déterminée par la taille des nanocristaux. En supprimant les filtres absorbants et les conversions intermédiaires, elle ouvre aussi la voie à des niveaux de luminosité élevés et à une meilleure efficacité énergétique, tout en promettant une stabilité accrue face aux limites connues des matériaux organiques.
C’est cette combinaison qui vaut au QDEL d’être régulièrement présenté comme un successeur potentiel de l’OLED… voire comme une alternative plus robuste aux MicroLED, dont l’industrialisation à grande échelle reste particulièrement complexe. Dans les laboratoires, des prototypes existent depuis plusieurs années. Jusqu’ici toutefois, les démonstrateurs se sont cantonnés à de très petites diagonales, avec des rendements de fabrication encore incompatibles avec une production commerciale réaliste.
Vers un QLED autoémissif dès 2029 ?
Lors d'une interview au CES 2026 (lien en source), Jeff Yurek a avancé un horizon de 2029 pour voir apparaître les premiers produits QDEL sur le marché. Une déclaration qui ne manque pas de susciter l'entousiasme.
Dans le détail, le discours reste mesuré. Nanosys évoque des écrans électroluminescents aux performances "intermédiaires", loin des niveaux de luminosité les plus ambitieux. Surtout, l’entreprise reconnaît ne pas encore savoir précisément quelle forme prendront ces premiers produits commerciaux : taille d’écran, usage grand public ou professionnel, volumes de production, tout reste ouvert.
Autrement dit, il semble prématuré de dire que d'ici 2029 nous verrons l’arrivée massive de téléviseurs QDEL dans les salons. À l'instar de l'Inkjet OLED de TCL CSOT, nous devrions d'abord voir l’émergence de premiers produits vitrines. Le passage à une véritable démocratisation dépendra ensuite de la capacité à maîtriser plusieurs verrous industriels : homogénéité des couches émissives, durée de vie des matériaux, rendement de fabrication sur de grandes surfaces, contrôle précis de l’alimentation électrique et réduction des coûts.
L’histoire récente du MicroLED rappelle à quel point ces étapes peuvent s’avérer longues et coûteuses, même pour des acteurs disposant de ressources considérables.
Une technologie qui s’inscrit dans une stratégie industrielle plus large
Chez Nanosys, le QDEL s’inscrit dans une feuille de route progressive autour des matériaux à base de quantum dots. À court terme, l’entreprise améliore déjà les films et diffuseurs de quantum dots utilisés dans les téléviseurs LCD premium, avec des versions capables d’atteindre des gamuts proches du BT.2020 et des niveaux de luminosité plus élevés. En parallèle, de nouvelles générations de matériaux de conversion colorimétrique viennent renforcer les performances des dalles QD-OLED actuelles.
Cette montée en puissance graduelle permet de sécuriser les revenus à court terme tout en finançant des développements plus risqués, comme le QDEL. Elle témoigne aussi d’une transformation plus large de l’industrie de l’affichage, où les frontières entre LCD, OLED et technologies émergentes deviennent de plus en plus poreuses, preuve en est avec l'arrivée des MiniLED RGB et MicroRGB.
Dans ce paysage, la question n’est pas seulement de savoir si le QDEL fonctionnera techniquement, mais aussi quel acteur sera capable d’en industrialiser la production à grande échelle. Les fabricants de dalles asiatiques, déjà engagés dans des paris industriels ambitieux autour du MiniLED, de l’OLED imprimé ou des MicroLED, observent de près ces avancées.
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