Peut-on encore espérer garder un téléviseur dix, quinze ans… voire plus ? En lançant un test de longévité accélérée sur plus de 100 modèles pendant près de trois ans, RTINGS ambitionnait de répondre à une question rarement traitée de front. Derrière des graphiques et des chiffres parfois alarmants, cette étude mérite que l'on s'y attarde pour en saisir ses enseignements, ses limites et ses biais.

Entre novembre 2022 et septembre 2025, RTINGS a soumis 102 téléviseurs à un usage intensif cumulant environ 18 000 heures de fonctionnement par appareil, soit l’équivalent d’une dizaine d’années d’utilisation pour un foyer moyen. L’objectif n’était pas de simuler un usage réaliste, mais de pousser les téléviseurs jusqu’à leurs limites afin d’identifier leurs points de rupture.
Le vrai grand perdant du test : le LCD moderne
S’il fallait retenir un enseignement majeur, c’est sans doute celui-ci : le talon d’Achille du téléviseur contemporain, toutes marques confondues, reste le rétroéclairage LED.
Selon les données compilées par RTINGS, plus d’un tiers (34 %) des téléviseurs LED testés ont connu au moins une défaillance liée au rétroéclairage. Au total, près de la moitié des téléviseurs testés ont présenté une panne complète ou partielle au cours du test. Les modèles les plus touchés sont sans surprise les téléviseurs edge-lit et les LCD à rétroéclairage direct sans local dimming, avec près de 60 % d’unités touchées par une panne complète ou partielle, souvent très fins et donc plus exposés aux contraintes thermiques et à l’usure du rétroéclairage. De leur côté, les téléviseurs Full Array et MiniLED résistent mieux, sans pour autant être épargnés par les défaillances liées au rétroéclairage.

RTINGS met en lumière un phénomène simple, le fait que les LEDs sont câblées en série ou par groupes. Parfois, la défaillance d’un seul composant peut entraîner la perte d’une zone entière, voire l’extinction totale du rétroéclairage. Dans certains cas, quelques LEDs défectueuses suffisent à rendre un téléviseur inutilisable.
Ce constat dépasse largement la question de la marque ou du positionnement tarifaire : la course à la finesse et à l’optimisation des coûts semble avoir fragilisé l’architecture des téléviseurs LCD moderne.
OLED : peu de pannes matérielles, mais un angle mort analytique
RTINGS avance que les téléviseurs OLED sont ceux qui « durent le plus longtemps » et rencontrent le moins de problèmes. Sur le plan strictement matériel, le constat est difficile à contester : très peu de pannes électroniques ou d’alimentation ont été relevées sur les modèles OLED testés. En outre, dépourvus de rétroéclairage, les téléviseurs OLED ne souffrent, logiquement, pas des mêmes problèmes que les modèles LCD.
En revanche, cette conclusion mérite une lecture beaucoup plus nuancée dès que l’on s’intéresse au burn-in et, surtout, à la manière dont RTINGS l’intègre dans son analyse globale.
Dans le protocole de longévité accélérée, 100 % des téléviseurs OLED ont présenté du burn-in, parfois après seulement quelques mois. RTINGS justifie ce résultat par un protocole volontairement extrême, reposant sur la diffusion quasi continue d’une chaîne d’information (CNN) avec logos et bandeaux fixes. L’argument avancé est connu : ce scénario ne représenterait pas un usage réel, et les précédents tests « burn-in » du site montreraient qu’avec un contenu varié, le phénomène resterait marginal.
C’est précisément sur ce point qu'il convient, selon nous, de rester prudent. Dans son ancien test de burn-in, RTINGS explique avoir simulé environ cinq ans d’utilisation avec différents types de contenus. Les résultats montrent du burn-in avec des contenus fixes diffusés sur de longues périodes et selon RTINGS, « Les utilisateurs qui regardent des contenus variés et dépourvus d’éléments statiques ne devraient généralement pas être confrontés au burn-in ».
Le cœur du débat tient précisément dans cette assertion. Le problème est que la notion de « contenu sans éléments statiques » et d’usages réellement « variés » reste largement théorique. Dans la pratique, la quasi-totalité des usages modernes du téléviseur comporte des zones fixes ou semi-fixes, souvent répétées jour après jour.
Cela dépasse largement le seul cas des chaînes d’information. Logos de chaînes omniprésents, scores et bandeaux lors des retransmissions sportives, interfaces (TV, box, consoles, apps), éléments persistants des jeux vidéo (HUD, minimaps, jauges), utilisation du téléviseur comme écran PC, ou encore usages passifs et décoratifs via des modes d’ambiance ou des applications musicales : tous ces scénarios reposent sur l’affichage prolongé d’éléments positionnés aux mêmes endroits de l’écran.
Autrement dit, un usage réellement dépourvu de zones statiques constitue l’exception plutôt que la norme, ce qui invite, selon nous, à relativiser l’idée selon laquelle le burn-in ne concernerait que des usages extrêmes ou atypiques.
Cela ne disqualifie pas l’OLED (loin de là) mais rappelle que la comparaison entre technologies repose sur des choix méthodologiques implicites. En traitant le burn-in comme un phénomène attendu et distinct, tandis que les défauts LCD sont comptabilisés comme des dégradations, RTINGS introduit un biais de lecture qu’il est essentiel de garder à l’esprit.
Marques, prix et réparabilité : des repères trompeurs
RTINGS a également tenté de ventiler les pannes observées par marque et par tranche de prix. Sur le papier, certains résultats peuvent surprendre : des marques réputées fiables affichent plusieurs pannes complètes ou partielles, tandis que des modèles très abordables terminent le test sans incident notable.
Mais là encore, la prudence s’impose. L’étude elle-même le reconnaît : les échantillons sont trop réduits pour établir un classement fiable des marques. Lorsqu’un ou deux modèles seulement représentent un constructeur, une panne prend mécaniquement un poids disproportionné dans les statistiques. À l’inverse, un bon résultat ne garantit en rien la robustesse d’une gamme entière.
Même constat côté prix. Contrairement à une idée largement répandue, aucune corrélation claire n’apparaît entre le tarif d’un téléviseur et sa longévité. Certains modèles d’entrée de gamme se sont montrés étonnamment résistants, tandis que des téléviseurs plus onéreux ont connu des défaillances précoces. Le prix reflète avant tout la qualité d’image, les performances HDR ou les fonctionnalités embarquées — pas nécessairement la durabilité à long terme.
Un point, en revanche, fait consensus : la réparabilité est devenue marginale. Qu’il s’agisse de modèles économiques ou premium, la majorité des téléviseurs testés utilisent aujourd’hui des assemblages collés, des dalles scellées et des composants difficilement accessibles. Dans la plupart des cas, une panne hors garantie se traduit moins par une réparation que par un remplacement pur et simple.
Ce que le test RTINGS dit vraiment de l’évolution des téléviseurs
Pris dans son ensemble, le test de longévité accélérée de RTINGS ne raconte pas seulement l’histoire de pannes isolées ou de technologies concurrentes. Il met en lumière une évolution plus profonde du marché du téléviseur.
D’un côté, les écrans n’ont jamais offert une telle qualité d’image, une telle luminosité ou une telle richesse fonctionnelle. De l’autre, la robustesse structurelle et la capacité à durer très longtemps ne semblent plus être des priorités industrielles. La finesse extrême des châssis, la densité thermique accrue et la complexité croissante des dalles ont remplacé la simplicité et la tolérance mécanique des téléviseurs plus anciens.
L’étude montre aussi que la majorité des défaillances observées ne relèvent pas d’un défaut logiciel ou d’une obsolescence volontaire, mais de contraintes physiques bien réelles : chaleur, vieillissement des matériaux, fatigue des composants. Autrement dit, ce test ne révèle pas tant une stratégie d’obsolescence programmée qu’une fragilisation indirecte liée aux choix de conception modernes.
Ce qu’il faut retenir avant d’acheter une TV en 2026
Le test de longévité accélérée de RTINGS ne livre pas un verdict définitif, mais un éclairage précieux. Il rappelle que la durabilité d’un téléviseur ne se joue ni uniquement sur la technologie mise en avant, ni sur le prix affiché, mais sur des choix de conception souvent invisibles au moment de l’achat.
Le LCD moderne paie le prix de la finesse et des contraintes thermiques subit par le rétroéclairage, tandis que l’OLED, s’il se montre remarquablement fiable à court et moyen terme, pose la question de son vieillissement sur un horizon plus long que celui réellement couvert par le test. Dans les deux cas, la réparabilité s’efface peu à peu, au profit de cycles de vie plus courts et plus assumés.
Plus qu’un guide d’achat, cette étude agit comme un révélateur : nos téléviseurs n’ont jamais été aussi performants, mais rarement aussi exigeants — envers leurs composants, leur environnement, et leurs usages. Une réalité que tout acheteur averti ferait bien de garder à l’esprit, à l’heure de choisir un écran pensé moins pour durer vingt ans… que pour briller quelques années.