L’année 2026 ne devrait pas être celle des téléviseurs toujours moins chers. Et ce, pour plusieurs raisons, dont certaines sont déjà bien identifiées, mais aussi pour des dynamiques de marché plus profondes, souvent moins visibles pour le grand public.

Présentées à l’occasion du CES de Las Vegas, les nouveautés TV donnent l’illusion d’un secteur en perpétuelle innovation. Pourtant, en coulisses, les fabricants évoluent dans un contexte bien plus contraint, marqué par des tensions industrielles, des coûts en hausse et des marges toujours plus faibles.
La pénurie de RAM a aussi un impact sur les fabricants TV
Cette pénurie dure désormais depuis suffisamment longtemps pour être connue du grand public. Provoquée par l’explosion des besoins du secteur de l’intelligence artificielle, elle a déjà des conséquences sur les smartphones et autres laptops… et concerne aussi les téléviseurs.
Comme l’a expliqué à Reuters TM Roh, co-président de Samsung, en marge du CES 2026, « aucune entreprise n’est immunisée » face à la crise actuelle de la mémoire, et des hausses de coûts sont jugées « inévitables » pour l’ensemble des produits électroniques, téléviseurs compris.
Toutefois, l’impact de la RAM sur le prix final d’un téléviseur mérite d’être nuancé. Contrairement aux smartphones, les téléviseurs utilisent souvent de la mémoire de générations plus anciennes, achetée via des contrats long terme conclus bien en amont. Au final, toute hausse de prix liée à la RAM a tendance à être progressive et lissée dans le temps, plutôt que brutale. Autrement dit, il est peu probable que ce facteur, à lui seul, provoque une flambée immédiate des prix en rayon.
Tous les téléviseurs ne sont pas logés à la même enseigne
Parler d’une hausse globale du prix des téléviseurs masque une réalité plus complexe : le marché TV est profondément segmenté.
Les modèles d’entrée de gamme, notamment les téléviseurs LCD de petites et moyennes diagonales, sont les plus exposés. Leur prix repose sur des marges extrêmement faibles, et la moindre hausse de coûts (composants, logistique, énergie) peut rapidement se répercuter sur le consommateur.
À l’inverse, les modèles milieu et haut de gamme (comme les nouveaux RGB MiniLED et MicroRGB, ou encore l'OLED) offrent davantage de flexibilité aux constructeurs. Ces derniers peuvent ajuster certaines caractéristiques, rationaliser les gammes ou absorber partiellement les hausses, sans nécessairement augmenter fortement les prix affichés.
Des marges historiquement faibles sur le marché TV
C’est un point souvent ignoré, mais essentiel pour comprendre la situation actuelle. Le marché du téléviseur est l’un des plus compétitifs de l’électronique grand public, avec des marges parfois inférieures à 5 %, en particulier sur l’entrée et le milieu de gamme.
Dans ce contexte, les téléviseurs sont souvent utilisés comme produits d’appel par les fabricants et les distributeurs, au prix de promotions agressives. Lorsque les coûts augmentent, les leviers sont donc limités : réduire la rentabilité, simplifier certaines gammes… ou, à terme, ajuster les prix.
Autre élément à prendre en compte : la concurrence des marques chinoises (avec TCL, Hisense et consorts). Très agressives sur les prix, fortement intégrées industriellement et désormais bien installées en Europe, elles continuent de tirer le marché vers le bas.
Cette pression concurrentielle limite mécaniquement la capacité des constructeurs à répercuter trop brutalement les hausses de coûts. Même dans un contexte moins favorable, le marché TV reste un champ de bataille où chaque euro compte.
Une production de dalles sous tension
À ces éléments s’ajoute un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché des dalles LCD. Selon The Elec, la production recule plus vite que la demande (-3,8 % pour l’offre contre -1,8 % pour la demande), un écart qui exerce mécaniquement une pression à la hausse sur les prix.
Là encore, l’impact ne sera pas uniforme selon les tailles et les gammes, mais il participe à un environnement global moins favorable aux téléviseurs à bas prix.
À quoi faut-il s’attendre en 2026 ?
Plutôt qu’une flambée des prix, le scénario le plus probable pour 2026 est celui d’une fin progressive de l’ultra low-cost. Les prix catalogue pourraient légèrement augmenter, tandis que les promotions resteraient bien présentes, mais moins agressives qu’au cours des dernières années. Pour le consommateur, cela se traduirait par moins de « bonnes affaires » spectaculaires sur l’entrée de gamme, et une montée en gamme plus marquée sur les diagonales moyennes et grandes. Plus qu’une rupture brutale, le marché TV semble ainsi s’orienter vers une normalisation, après une décennie de baisse continue des prix, posant une question de fond : l'ère des écrans à bas prix touche-telle à sa fin ?