Devant le Sénat, Martin Bouygues dit vouloir renforcer la 4G en France avant de parler de la 5G

Alexandre Boero
Chargé de l'actualité de Clubic
10 juin 2020 à 17h23
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Martin Bouygues, au Sénat le 10 juin 2020 (© Capture d'écran Clubic.com)
Martin Bouygues, au Sénat le 10 juin 2020 (© Capture d'écran Clubic.com)

Le président-directeur général du groupe Bouygues était auditionné par la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, ce mercredi. L'occasion pour lui d'exprimer le fond de sa pensée sur la technologie de cinquième génération.

En avril 2020, les quatre opérateurs de télécommunications ont tous pu acquérir un bloc de 50 MHz à hauteur de 350 millions d'euros chacun. Les fréquences restantes, la fameuse seconde phase d'enchères avec les 11 blocs additionnels de 10 MHz, sera lancée au mois de juillet ou au mois de septembre. Il y a une quinzaine de jours, dans la presse, Martin Bouygues avait déclaré souhaiter le décalage des enchères à la fin de l'année 2020, voire au début de l'année 2021, n'étant « pas une urgence pour la France ». Le fils du fondateur du groupe éponyme a pu livrer ses explications devant les sénateurs, le mercredi 10 juin.

Une 5G qui n'aurait pas d'utilité dans les mois à venir, selon Martin Bouygues

Après avoir rappelé les conséquences de la crise sur le groupe Bouygues (plus de 700 millions d'euros pour le seul premier trimestre) et les mesures prises par ce dernier pour absorber au mieux les effets provoqués par le confinement et l'arrêt forcé du travail sur certaines branches, Martin Bouygues a justifié sa prise de position sur la 5G.

Selon lui, le report des enchères de 5 ou 6 mois ne pose aucun problème pour la compétitivité française. « Elle n'aura dans un premier temps que pour seul intérêt de permettre une désaturation très locale des réseaux mobiles 4G lorsqu'ils sont saturés, ce qui est peu le cas encore », précise-t-il.

Pour le dirigeant, ce n'est qu'à partir de 2023 que la maturité progressive de la 5G et l'arrivée d'une seconde vague d'équipements permettra l'arrivée de nouveaux usages, notamment industriels, avec des débits qui seront plus élevés et un faible taux de latence. Le patron du groupe Bouygues a rappelé que pour l'instant, les Français expriment « au mieux de l'indifférence, au pire de la méfiance » pour la 5G, ciblant le développement durable et les effets des ondes. Il préconise ainsi « un débat public, serein et éclairé ».

Sur le cas Huawei, l'opérateur prévient le gouvernement

Il y a quelques jours, la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, avait fait part de son opinion sur le démarrage des enchères 5G pour le mois de septembre, appelant à un lancement commercial d'ici la fin de l'année, ce qui n'a évidemment pas manqué de susciter la réaction de Martin Bouygues.

« Cet empressement est assez curieux, je n'ai pas la même conception du débat démocratique », a-t-il réagi devant les sénateurs. « Jusqu'à preuve du contraire, c'est à l'ARCEP que revient la décision. Et je me dis que le parlement a aussi le droit de savoir ».

La réponse du président du régulateur des télécoms, Sébastien Soriano, est attendue pour la mi-juin. Et elle pourrait être similaire ou proche de celle suggérée par le gouvernement.

Concernant l'équipementier 5G Huawei, dont le sort est encore dans les mains du gouvernement, le groupe Bouygues demandera une indemnisation à l'État si la firme chinoise est barrée en France, d'autant plus qu'il est nécessaire d'harmoniser les installations pour que le même équipementier fournisse 4G et 5G en même temps. Une charge que les opérateurs pourraient avoir du mal à assumer. Bouygues et SFR ont en effet en grande partie équipé leurs réseaux mobiles de différentes générations d'antennes Huawei.

Une antenne 5G (© Alexandre Boero pour Clubic)
Une antenne 5G (© Alexandre Boero pour Clubic)

Bouygues Telecom veut d'aborder renforcer la couverture du territoire en 4G

Devant les membres de la commission sénatoriale de l'aménagement du territoire et du développement durable, présidée par Hervé Maurey, Martin Bouygues a également justifié sa volonté de reporter la 5G de plusieurs mois par l'insatisfaction affirmée des Français de la couverture des territoires, « qui reste insuffisante » selon lui, affirmant que le confinement a accentué les carences.

Le PDG du groupe Bouygues militait ainsi pour la création de 1 500 à 2 000 sites mutualisés supplémentaires dans les prochaines années, en plus de ceux déjà construits dans le cadre du New Deal. Repousser les enchères 5G permettrait ainsi de trouver un accord entre les opérateurs, puis avec l'ARCEP. Cet investissement nouveau, de plusieurs centaines de millions d'euros, « serait à prendre en considération sur le montant des redevances payées au titre des fréquences 5G », prévient Martin Bouygues. Mais Bercy a dans un premier temps rejeté cette option.

Les investissements supplémentaires requis par le gouvernement pour développer des infrastructures 5G dans toute la France pousseront les opérateurs à « émettre des réserves », anticipe le dirigeant. Le président de Bouygues Télécom, Olivier Roussat, a tempéré et confirmé que le rythme et le cadencement des licences 5G ne serait pas du tout mis en cause. « Nous ne souhaitons pas du tout avoir une 4G des campagnes et une 5G des villes, mais prônons simplement la couverture du territoire. Et pour y parvenir, nous croyons que le nombre de sites supplémentaires s'exprime probablement en milliers et qu'il y a lieu d'en parler. C'est pourquoi nous voulions décaler cet appel d'offres, pour en tenir compte dans le calcul du socle ». Bouygues Telecom souhaite augmenter le nombre de sites disponibles en zones blanches, « dont je vous rappelle que nous avons une obligation de les transformer en 4G ».

Olivier Roussat a également indiqué que les opérateurs n'avaient encore pas versé d'argent à l'État au titre de la 5G, chose « qui se fera dans plusieurs mois », une fois les enchères arrivées à leur terme.

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Commentaires (9)

rsebas3620
je suis d’accord avec lui, j’attends la 5g parce que j’habite un lieu lointain de toute fibre… mais quand on voit l’oms classé des etudes qui precise que la 5g a risque reel sur la santé et qu’elle classe la 5g de « peut etre » cancerigene… on est en droit de demander des comptes avant d’implanter des antennes… pour la technologie si elle ne « detruit » pas la vie
Lounch
En même temps son réseau 4G n’est pas prêt d’être saturé vu comme il est bridé…
sandalfo
Il a plus de fric pour investir pour la 5G et il veut sauver la face et gagner du temps en retardant les enchères.<br /> Aucun opérateur telecom ne refuse la hausse de l’ARPU que représentent les forfaits 5G plus hauts de gamme. S’il se refuse à avancer sur les enchères et les antennes et le matériel 5G c’est uniquement parce qu’il ne peut pas et qu’il cherche à gagner du temps.
petrus_pierre
faudra faire aussi la liste de tous les systèmes et produits déjà sur le marché qui nous tuent doucement et les interdire hummmmm le discourt va vite changer
PirBip
rsebas3620:<br /> quand on voit l’oms classé des etudes qui precise que la 5g a risque reel sur la santé et qu’elle classe la 5g de « peut etre » cancerigene… on est en droit de demander des comptes avant d’implanter des antennes…<br /> Je veux bien une source sur les effets réels, car jusqu’à présent, les études à ce sujet semblent plutôt converger vers l’inverse (avec un indice de confiance supérieur à 99.9%), à savoir un manque absolu de motifs scientifiques pour croire à une 5G nocive.<br /> Comme je le dis à chaque fois qu’on met le sujet sur la table : la 5G a un tas d’autres raisons autrement plus palpables d’être une technologie à ranger au placard pour ne pas avoir à évoquer la raison purement spéculatrice de la santé altérée due à une surexposition aux ondes. Le fait que, entre autres :<br /> Les terminaux ne sont pas encore prêts<br /> Ces terminaux qui doivent donc être remplacés vont générer de l’obsolescence sur les terminaux précédents et des déchets qui ne seront pas tous recyclés en totalité<br /> La fracture numérique car il sera plus rentable de proposer la 5G aux villes ce qui fait que les campagnes seront forcément lésées<br /> Les antennes doivent être trois fois plus nombreuses en 5G qu’en 4G, ce qui va créer des paysages d’antennes plus encore qu’à l’heure actuelle<br /> Toutes ces antennes et ces terminaux seront à alimenter, ce qui va générer une facture énergétique absolument catastrophique et donc augmenter le besoin en centrales (charbon, nucléaire, éolien, barrages hydro, etc.)<br /> Le coût se répercutera forcément sur la facture de téléphone, ou sur la qualité du service après-vente, car si le forfait reste au même prix, les coupes seront sur les services de seconde catégorie (dépannage, résiliation) ; cela entraîne dans les deux cas une fracture sociale où dans le premier cas cette technologie ne sera accessible qu’aux plus riches, et dans un second cas l’emploi des gens chargés de la technique et du SAV seront moins nombreux.<br /> Mais faut en finir avec les ondes. Bien évidemment qu’une surexposition entraîne des soucis, mais pas aux puissances déployées pour le grand public. L’ensemble des études de santé publique montre qu’il n’existe aucune causalité entre la présence de 4G ou 5G, et des ennuis de santé quelconque, en tout cas aux fréquences et puissances couramment utilisées. Il faut des puissances exceptionnelles, très largement supérieures aux DAS des téléphones, pour s’inquiéter de sa santé quant à l’exposition aux ondes.
rsebas3620
voici le moratoire de 170 scientifique posé en 2017 sur les danges de la 5g attention il est en anglais https://www.alerte.ch/images/stories/documents/info/170909_Scientist_5G_appeal.pdf
rsebas3620
si c’est aussi nocif que ca dans ce cas non fautdrait vraiment la faire
PirBip
Alors c’est marrant parce que les 170 scientifiques qui font ce moratoire cite Bioinitiative dont il a été montré qu’ils ne sont pas fiable. Et ce plusieurs fois. Et par au moins 5 comités de relecture. Je ne suis pas une experte en ondes, mais quand de nombreux scientifiques disent que leur étude est faite avec le degré zéro de la fiabilité, je ne peux pas la considérer comme fiable. Donc, next !<br /> De même pour l’étude du Biorxiv, qui est cité par les mêmes scientifiques, dont le peer-reviewing conclut … au fait que cette étude est partielle et qu’à cet égard il y a un haut risque de faux-positifs. C’est dit dans le PDF qui est fourni par ces mêmes scientifiques. Étude partielle, donc non-fiable.<br /> Je ne vais pas m’amuser à débunker tout le document, mais les études menées sur les champs électromagnétiques ont trouvé des symptômes qui diffèrent d’individu à individu. Il y a donc autant de consensus sur les symptômes provenant des EMF que de consensus entre interprétations astrologiques. En comparaison, quelqu’un qui est malade d’un Coronavirus n’aura peut-être pas les mêmes symptômes qu’un autre, mais il y a tout de même des points communs entre tous les malades, facilement identifiables.<br /> Enfin, dernier point sur lequel je veux revenir : j’ai du mal à accorder mon crédit à la signature de 170 scientifiques quand parmi eux, il y a un signataire qui n’a pour bagage scientifique que de n’être qu’un ancien directeur d’entreprise… sans compter la diversité des signataires qui vont de personnes effectivement qualifiées pour effectuer ces études à des docteurs en … théologie. Ça soigne quoi au juste un docteur en théologie? Les mauvais versets bibliques? <br /> Bref, la seule chose qu’on aie vraiment de sûr à se mettre sous la dent à propos des ondes, c’est que l’ONU santé (WHO), par manque d’études concrètes et fiables à ce sujet, a classé les ondes en 2B, c’est-à-dire «&nbsp;probablement cancérogène&nbsp;». Mais ce ne sont pas des scientifiques qui sont assermentés, ce sont des politiques qui prennent des décisions. Donc pas plus de valeur qu’un décret qui dirait que pi = 3.2 par exemple.<br /> Les ondes pour dire que la 5G c’est pourri, pour le moment, ça ne vaut rien. A chaque sortie de nouvelle technologie portant sur les ondes, on y a le droit. Avant-hier, c’était le WiFi, puis c’était la 3G, hier la 4G, demain on aura les mêmes protagonistes pour la prochaine G et ça recommencera ad vitam eternam.<br /> Pour le redire encore une fois : au taux d’exposition recommandé par l’IEEE, on ne peut aucunement établir de lien de causalité entre les ondes et la maladie.<br /> Par analogie ça me rappelle ceux qui luttent contre la déforestation en Amazonie en mettant en avant le fait que c’est le poumon de la terre, alors que quand on s’y intéresse, bah en fait pas du tout, alors qu’il y a un tas de raisons de conserver cette forêt, notamment sa biodiversité, ses peuples, ses cultures qui en dépendent, etc. La 5G et les ondes, c’est pareil. C’est vendeur de dire que c’est à cause des ondes qu’il faut se débarrasser de la 5G, mais ce n’est que ça, vendeur. Tous les autres aspects qui découlent d’une utilisation massive de la 5G sont nettement plus palpables, notamment l’aspect environnemental.
rsebas3620
si tu aurais regarder plus attentivement tu aurais vu qu’il y a une dizaine d’oncologue en bas de ce documents ou encore des physiologistes…des physciens et autres specialistes et tu as raison sur un point. tu n’est ni scientifique ni docteur… quand a moi je bossait dans les telecom et je posait des lignes adsl et les premiere antenne avec les diplomes qui vont avec…
PirBip
rsebas3620:<br /> si tu aurais regarder plus attentivement tu aurais vu qu’il y a une dizaine d’oncologue en bas de ce documents ou encore des physiologistes…<br /> Oui, et ? Si leur seul argument, ce sont des fausses études et leurs diplômes, ils sont pas plus crédibles sur le sujet. En plus, dans ton PDF, ils signent une pétition, pas une étude.<br /> rsebas3620:<br /> quand a moi je bossait dans les telecom et je posait des lignes adsl et les premiere antenne avec les diplomes qui vont avec…<br /> Si j’ai besoin de quelqu’un pour me dire comment est relié ma ligne ADSL et comment sont alimentées mes antennes, je ferai appel à toi. Mais finalement t’as pas plus de diplômes que moi pour t’exprimer sur le sujet. Je ne vois pas en quoi ta conviction est plus forte que la réfutation de nombreux scientifiques qui, eux, sont qualifiés dans le domaine.<br /> Si demain je vois que le consensus scientifique, c’est-à-dire que les études nombreuses et massives ainsi que les meta-analyses de l’étude de la 5G sur la santé tend à prouver qu’elle est nocive pour la santé, alors je serai là première à dire que je me suis plantée. Mais pour l’instant, les études faites à son sujet sont controversées, et selon les experts, aux taux recommandés par l’IEEE encore une fois, rien ne prouve que ce soit cancérigène.
rsebas3620
merci j’ai rit bonne continuation cordialement
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