Blocage des sites terroristes : le rapporteur témoigne pour la première fois

15 avril 2016 à 18h00
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Alexandre Linden, la « personnalité qualifiée » désignée en janvier 2015 pour superviser le blocage des sites faisant l'apologie du terrorisme, a fait part de ses premières impressions ce matin. Dans les bureaux de la CNIL, il a tenté de faire comprendre en quoi a consisté son travail depuis quelques mois. 312 demandes de blocage de sites, 1439 demandes de retrait de contenus et 855 demandes de déréférencement d'adresses électroniques.

La loi relative à la lutte contre le terrorisme permet le blocage administratif de sites ou le retrait de contenu sur les réseaux sociaux. Au 29 février 2016, 25 séances de vérifications du travail de l'Office (OCLCTIC) ont été tenues par Alexandre Linden, dont 9 depuis les attentats du 13 novembre. Le seul vrai désaccord d'appréciation aurait concerné une photographie post-attentats de l'intérieur du Bataclan : pour Linden, il n'était pas justifié de retirer l'image de tous les sites qui la diffusaient. Il nous explique que c'est le contexte qui détermine le caractère apologétique d'un contenu : « ce n'est pas la même chose de voir la photo dans un article de journal et jointe à des commentaires sur les "mécréants". »

Le système, destiné à être pérenne, présente pourtant des lourdeurs logistiques qui devront être repensées. Selon les proches collaborateurs de Linden, la supervision des contenus signalés par l'Office s'est faite dans les locaux mêmes de la CNIL, pour préserver l'indépendance des deux parties. Mais cela n'a pas été sans complexifier notablement la tâche, au vu des capacités informatiques requises pour ce type de manœuvre et dont la CNIL est pour l'heure dépourvue. Un accès direct au système de l'Office serait donc prévu.

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Alexandre Linden


Autre défaut relevé par le rapporteur : les sites pédopornographiques - qui font aussi partie intégrante du processus de blocage - sont très vite recréés sous un nouveau nom, après avoir été déréférencés ou bloqués. 98,6% de ces sites font pourtant de nouveau l'objet d'une requête des internautes après leur suppression, et seulement 1,4% des sites faisant l'apologie du terrorisme.

« J'essaie de conserver mon œil de magistrat »

Se refusant à entrer dans le détail du type de contenu des 312 sites signalés, Alexandre Linden fera pourtant le récit d'une forte impression : marquant une longue pause et changeant de ton, il rapporte qu'au terme de tous ces visionnages, l'image de ces « mises en scènes » très poussées le laisse perplexe. « Elles me ramènent immanquablement à l'esprit l'image inquiétante des troupes armées du film "Alexandre Nevski". »

Extrait du film Alexandre Nevsky d'Eisenstein.


Après les chiffres et les résultats, Alexandre Linden s'est dit passablement troublé par les contenus visionnés, et a réaffirmé l'importance d'intégrer à la loi la désignation d'un suppléant à son poste.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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