Nouveau tour de vis à Bruxelles : le Parlement européen a décidé de désactiver plusieurs fonctions d'intelligence artificielle (IA) sur les appareils professionnels des eurodéputés et de leurs équipes. Une mesure révélatrice de l'inquiétude grandissante face à ces outils.

Ces dernières années, dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées, les décideurs européens ont ciblé les technologies étrangères, appelant notamment à réduire la dépendance aux solutions de Microsoft au profit d'alternative locales. De même, l'application TikTok a été bannie des appareils professionnels de la Commission pour des raisons de sécurité. C'est désormais l'IA qui est visée, révèle Politico.
Quelles IA concernées ?
Ainsi, le Parlement européen a décidé de désactiver plusieurs fonctions IA intégrées aux appareils professionnels utilisés par les eurodéputés et leurs collaborateurs, qu'il s'agisse de smartphones ou de tablettes. Si on ignore quels systèmes ou marques sont concernés, cette décision vise surtout les assistants virtuels, de rédaction et de résumé, ainsi que les outils capables d'analyser automatiquement le contenu.
« Certaines de ces fonctionnalités utilisent des services cloud pour effectuer des tâches qui pourraient être gérées localement, envoyant ainsi des données hors de l'appareil », peut-on lire dans un e-mail du service d'assistance technique du Parlement, consulté par le média. Tant que « l'étendue totale des données partagées avec les prestataires de services est toujours en cours d'évaluation », l'institution juge plus prudent de les maintenir ces fonctions désactivées.
Les applications essentielles comme la messagerie, le calendrier, les documents ou les outils de travail quotidiens ne sont toutefois pas affectées par cette décision. À noter que les membres du Parlement sont aussi invités à redoubler de vigilance sur leurs appareils personnels utilisés dans un cadre professionnel.

Une technologie de plus en plus dans le viseur
Restreindre l'usage de l'IA sur des équipements officiels n'est pas inédit. Plusieurs pays ont déjà interdit certains outils jugés sensibles sur leurs appareils publics : l’exemple le plus marquant reste celui de DeepSeek, bloqué l'an dernier sur du matériel gouvernemental à Taïwan, aux États-Unis ou encore en Australie et en Corée du Sud pour des raisons de sécurité nationale.
Des inquiétudes qui peuvent se justifier. L'été dernier, le directeur par intérim de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), Madhu Gottumukkala, a lui-même déclenché une polémique après avoir transmis des documents sensibles via la version publique de ChatGPT. L'incident, détecté par les systèmes internes de cybersécurité, a conduit à une enquête fédérale.