La Commission européenne vient de déclencher une procédure formelle contre Shein ce mardi, au titre du règlement sur les services numériques, le DSA. Produits illicites, interface addictive et algorithmes opaques, les griefs sont sérieux.

Shein est officiellement sous enquête de la Commission européenne. © Alexandre Boero / Clubic
Shein est officiellement sous enquête de la Commission européenne. © Alexandre Boero / Clubic

C'est une étape que le gouvernement français réclamait depuis longtemps contre Shein. Ce mardi 17 février, Bruxelles a officiellement enclenché une enquête approfondie contre le géant chinois de la fast fashion, épinglé pour trois manquements majeurs au règlement sur les services numériques. Il lui est reproché la vente de produits illégaux, sa conception addictive et des algorithmes opaques. L'exécutif applaudit, tandis que Shein joue déjà la carte de la bonne volonté pour essayer de sauver sa tête sur le Vieux continent.

Ce que la Commission européenne reproche vraiment à Shein

Le grief le plus grave imputé à Shein concerne la vente de produits illicites. Parmi les exemples relevés par la Commission européenne, on retrouve les fameuses poupées sexuelles aux traits enfantins, assimilables à du matériel pédopornographique, qui ont tant fait débat. Bruxelles veut désormais savoir si Shein dispose de systèmes capables de détecter et bloquer ce type de produits, ou si ces derniers passent tout simplement entre les mailles du filet.

Deuxième reproche, Shein serait conçue pour créer de l'addiction. Les mécanismes de points cadeaux, récompenses et notifications ne sont pas de simples fonctionnalités de la plateforme, dit la Commission, mais des outils délibérément pensés pour pousser les utilisateurs, et les ados en particulier, à passer toujours plus de temps sur l'application et à acheter toujours plus.

En plus, Shein ne jouerait pas la transparence sur ses algorithmes. Le DSA (Digital Services Act) exige concrètement aux grandes plateformes d'expliquer pourquoi certains produits apparaissent dans votre fil, et de laisser le choix aux utilisateurs de ne pas être pistés. Ce que Shein n'aurait pas mis en place. L'enquête est conduite avec le régulateur irlandais Coimisiún na Meán, car c'est en Irlande que Shein a choisi de s'établir en Europe.

La France jubile, Shein joue l'apaisement mais le chemin sera long

Le gouvernement français, qui a validé une prochaine taxe de deux euros sur les colis lointains en adoptant son budget, ne cache pas sa satisfaction. Les ministres Roland Lescure, Serge Papin et Anne Le Hénanff avaient eux-mêmes alerté Bruxelles à plusieurs reprises sur les pratiques de Shein. Ils se félicitent aujourd'hui que « la voix de la France ait été entendue ». Ils réclament une procédure menée « jusqu'au bout et rapidement », et soulignent que Shein représente aussi une concurrence déloyale pour les marques et enseignes françaises qui, elles, respectent les règles.

Pour ne pas jeter de l'huile sur le feu, Shein a choisi la voie de l'apaisement. La plateforme assure « prendre très au sérieux » ses obligations et dit avoir « toujours pleinement coopéré » avec Bruxelles. Elle cite plusieurs efforts concrets qu'elle souhaite mener, comme une meilleure évaluation de ses risques, des protections renforcées pour les mineurs, et le déploiement d'un système de vérification de l'âge dans toute l'Union européenne. Cette technologie, censée empêcher les plus jeunes d'accéder à des contenus ou produits qui leur sont interdits, serait alors fournie par un prestataire externe

Reste que, si Shein risque la sanction, cette procédure formelle n'est pas une condamnation. On peut la voir comme le point de départ d'une enquête approfondie, que la Commission s'est engagée à traiter en priorité. Au bout du chemin, elle peut prononcer un manquement officiel, imposer des mesures provisoires, ou accepter des engagements de Shein. Aucun délai légal n'est fixé, mais le géant de la fast fashion sait désormais qu'il est dans le collimateur.