Affaire Snowden : le "budget noir" du renseignement américain passé au crible

Par Ludwig Gallet
le 30 août 2013
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Le budget attribué au renseignement américain a été rendu public sur la base des révélations d'Edward Snowden. les autorités américaines disposent d'une enveloppe de 52,6 milliards de dollars, dont 10,8 milliards reviennent à la NSA.

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Ces dernières semaines, les révélations d'Edward Snowden ont largement mis en avant l'énorme capacité de surveillance du renseignement américain. Ce qui posait la question des moyens attribués par les États-Unis pour que les différentes agences puissent mener à bien leur mission. Jusqu'à présent, ces budgets alloués restaient largement confidentiels. Depuis 2007, toutefois, les États-Unis communiquaient sur le coût global de ses services de renseignement.

Entre temps, Edward Snowden est passé par là. En collectant et en confiant à la presse des milliers de documents, il vient de mettre à jour les différentes affectations d'un budget colossal, de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Le Washington Post a en effet publié dans le détail ce qu'il faut désormais appeler le « budget noir ». Au total, le quotidien américain a publié 43 des 178 pages du rapport en sa possession, afin de ne pas divulguer des données jugées particulièrement sensibles. Ce qui n'empêche toutefois pas de se faire une idée précise de l'ampleur des moyens confiés aux différentes agences.

Budget : 52,6 milliards de dollars au total, 10,8 pour la NSA

Au total, le renseignement américain dispose pour 2013 d'une enveloppe de 52,6 milliards de dollars. Une somme ensuite répartie entre les différentes entités qui le composent, à savoir principalement la CIA (Central Intelligence Agency), la NSA (National Security Agency), le NRO (National Reconnaissance Office), le NGP (National Geospatial-Intelligence Program) et le GDIP (General Defense Intelligence Program). Ces cinq agences concentrent en effet près de 86% du budget.

La CIA, la NSA et le NRO font d'ailleurs office de principaux bénéficiaires, puisque leurs enveloppes s'élèvent respectivement à 14,7 milliards de dollars, 10,8 milliards et 10,3 milliards. Leurs budgets ont pour la plupart littéralement explosé sur les sept dernières années, de plus de 50% pour la CIA et la NSA.

Pour la plupart de ces agences, une part importante de leur budget est destinée à la collecte de données. Depuis le 11 septembre 2001, ce sont ainsi plus de 500 milliards de dollars qui auraient été alloués aux services de renseignement. Les sommes investies dépasseraient même les enveloppes débloquées lors de la guerre froide.

Le premier poste de dépense (20,1 milliards de dollars), porte cependant sur les informations apportées aux dirigeants américains sur des évènements critiques, tels que « l'instabilité économique, la faillite de l'État, les troubles sociaux et l'émergence de puissances régionales », fait savoir le Washington Post.


Des effectifs pléthoriques

Ces moyens exceptionnels mis à la disposition des agences de renseignement se retrouvent évidemment au niveau des hommes. Le « Post » fait ainsi savoir que 107 035 employés travaillent au total au service du renseignement américain.

Des effectifs composés à la fois de civils et de militaires, bien que les premiers constituent la principale ressource. Dans le détail, nous apprenons que la NSA, sous le feu des projecteurs depuis l'éclatement de l'affaire Snowden, compte dans ses rangs 64% du personnel militaire total, avec 14 950 hommes. Les effectifs de la NSA sont estimés à plus de 40 000 hommes.

Sur ce total, seuls 21 800 personnes travailleraient en réalité en permanence pour le renseignement américain. Les autres sont amenés à travailler sur des projets et autres services, comme ce fut d'ailleurs le cas pour Edward Snowden.

Sur ce point, le document publié par le Washington Post fait d'ailleurs état des inquiétudes du chef du renseignement, James R.Clapper. Bien avant l'éclatement de l'affaire Snowden, celui-ci a pointé du doigt les risques de fuites internes et avait prévu de mener l'enquête sur 4 000 personnes disposant d'un accès de haut niveau aux données de la NSA. Le temps lui aura manqué. Par ailleurs, le document fait état de 35 000 personnes chargées de travailler dans le domaine de la cryptographie. Depuis, l'agence a prévu de remplacer 90% de ses informaticiens par des machines.


Une armée de hackers

Au sein de ses effectifs, la NSA peut compter sur une véritable armée de hackers d'élite, composée de 600 hommes au total. Cette unité de piratage du renseignement est appelée TAO, pour « Tailored Access Opérations » (opérations d'accès sur mesure, NDLR). Un organe stratégique de l'action de la NSA, chargé notamment de recueillir des renseignements sur des cibles étrangères en piratant leur matériel informatique et surtout en développant les logiciels capables de s'attaquer à des réseaux cibles, sur demande de l'administration Obama. Rappelons également sur ce point l'existence de Cybercommand, le commandement intégré en matière de cyberdéfense, lancé en avril 2010.

L'unité est basée au siège de la NSA, à Fort Meade, dans un espace présenté comme « ultramoderne ». Des équipes se relaient 7j/7, 24H/24. Les documents publiés jeudi mentionnent également les propos du patron de la NSA se félicitant d'un « progrès révolutionnaire » mis au point pour détourner le chiffrement de certaines données.

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Cyberdéfense et cyberattaques : deux priorités

Les cyberattaques et la cyberdéfense font partie du coeur du dispositif du renseignement américain. Tous les deux intègrent les cinq objectifs prioritaires du programme. Ce sont 4,3 milliards de dollars qui seraient dédiés aux premières, contre 3,8 milliards pour les secondes. Au premier rang des pays les plus fortement surveillés : le Pakistan, suivi de la Chine, la Russie, l'Iran, Cuba et Israël, bien que ce dernier fasse figure d'allié des américains. Israël aurait toutefois par le passé effectué plusieurs tentatives d'espionnage des États-Unis, précise le Post.

La Chine et la Russie sont présentées comme deux pays opaques, difficiles à surveiller. Mais les craintes sont encore plus vives avec la Corée du Nord, puisque le rapport précise que les États-Unis n'auraient une visibilité que très limitée quant aux intentions de Pyongyang. Pour établir le développement ou non de capacités nucléaires de la part du régime nord-coréen, les États-Unis miseraient notamment sur les relevés sismiques, pour tenter d'intercepter la construction d'éventuels édifices nucléaires. Un contrôle de l'air et la prise de photos seraient également effectués.

278 millions de dollars pour les opérateurs télécoms

Ces derniers jours, les révélations d'Edward Snowden ont fait état du versement de millions de dollars de la part de la NSA aux firmes partenaires du programme PRISM pour compenser les investissements consentis pour obtenir la certification de la Foreign Intelligence Surveillance Court. Ce programme, fondé sur la section 702 de la loi FISA, est à l'origine de 91% des 250 millions de communications collectées par la NSA, fait savoir le Washington Post.

Au total, un budget de 278 millions de dollars aurait été alloué à cette fin. Une enveloppe de 56,6 millions de dollars serait par ailleurs dédiée à des partenariats étrangers, bien que l'on ne sache pas s'il s'agit là d'entreprises ou de gouvernements étrangers, ou toute autre entité. Un autre projet, de 48,6 millions de dollars, aurait été mis en place pour faire face à la « surcharge d'informations collectées ».

La NSA publiera un rapport annuel sur les requêtes adressées aux firmes

Après l'éclatement du scandale, Google et Facebook ont adressé une demande commune aux autorités américaines pour obtenir l'autorisation de publier dans le détail le nombre de requêtes reçues. Jeudi soir, le patron de la NSA a fait savoir que l'autorité publierait désormais annuellement le détail des demandes de renseignements formulées aux opérateurs de télécommunications. Le nombre exact de personnes ciblées devrait également être mentionné.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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