Qui écrit, qui traduit, qui relit ? Les étapes de création d'une publication scientifique

21 janvier 2019 à 17h30
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Clubic vous emmène dans les coulisses de la création d'un article scientifique. L'exercice, pointu et technique, est à l'origine de nouvelles connaissances perpétuelles. De l'idée de départ à la publication en passant par l'analyse des résultats, la méthodologie ou une éventuelle traduction, suivez avec nous le processus de la publication scientifique.

La publication scientifique possède un trait de noblesse dont le « grand public » n'a peut-être pas toujours conscience. Au-delà de la production de nouvelles connaissances dans un domaine précis, celle que Marin Dacos, fondateur de la plateforme Revues.org (dorénavant OpenEdition Journals), appelle affectueusement « littérature chiantifique », est aussi destinée à informer le public.

Tout au long de cet article, nous rapporterons les propos de deux experts dans le domaine de la publication scientifique : ceux de Marc Bassoni, Maître de conférences, habilité à diriger des recherches (HDR), chercheur à l'Institut Méditerranéen des Sciences de l'Information et de la Communication (Univ. de Toulon/AMU) et directeur des Etudes à l'Ecole de Journalisme et de Communication d'Aix-Marseille (EJCAM/AMU), et ceux de Philippe Bidaud, directeur scientifique à l'ONERA (l'Office national d'études et de recherches aérospatiales), docteur en robotique et professeur à l'Université Pierre et Marie Curie à Paris.

Ces questions centrales à se poser avant d'attaquer la rédaction


Avant de se lancer, il est bien sûr impératif de dresser un plan. Une bonne structure permet au lecteur de comprendre le raisonnement de l'auteur de la publication. La publication scientifique repose sur une hypothèse, qui peut être fondée sur des travaux déjà existants et d'autres informations, et produit des résultats apportant des connaissances nouvelles. Evidemment, les résultats décrits dans l'article peuvent tout à fait réfuter l'hypothèse de départ.

Le choix de la revue, du site ou de l'institution à qui l'article est destiné est également fondamental. On choisira très logiquement une revue dont la ligne éditoriale est proche de son domaine de recherche.

Qui peut rédiger une publication scientifique ?

Marc Bassoni : « Les publications scientifiques relèvent de la compétence des chercheurs et des enseignants-chercheurs qui ont été formés à la "production scientifique". Une publication scientifique n'est, en effet, pas une publication comme les autres, ou parmi d'autres... Elle répond à des exigences strictes. Elle est soumise à un processus d'expertise. Elle s'adresse, en général, à la communauté des "pairs" ».

Philippe Bidaud : « Ce sont des gens qui ont consacré un effort particulier à la production de cette connaissance, qui est supposée aller au-delà de l'état des connaissances. Il y a une exigence dans les publications de savoir faire valoir les différences entre l'objet de la publication et l'objet de la connaissance. Ce sont des travaux qui ne peuvent être faits que par des gens qui ont un bon niveau de spécialisation, des chercheurs dont le niveau d'étude commence à Bac +5 et va à Bac +8. Une fonction essentielle de ce qu'est la production scientifique : c'est l'évaluation des personnes. La qualité, elle, est évaluée à travers l'impact que peut avoir la publication sur le lectorat ».

À qui s'adresse-t-elle ?

Marc Bassoni : « La publication scientifique s'adresse à la "communauté savante". Elle prend place dans une revue identifiée et reconnue par celle-ci. Chaque domaine disciplinaire a ainsi son "faisceau" de revues reconnues dans lesquelles il est impératif de publier - entre autres, pour faire avancer sa carrière de chercheur ».

Philippe Bidaud : « Il y a des publications qui sont faites pour des journaux ou des revues en particulier, avec des niveaux de spécialisation qui peuvent être variés mais qui s'adressent à un spectre extrêmement étroit, de quelques milliers de personnes de par le monde. Et puis il y a des publications où les questions sont tournées vers le grand public ».


À l'issue de la rédaction de l'article, l'auteur prendra généralement quelques jours pour s'assurer qu'il existe bien une cohérence entre les résultats et le message, en vérifiant l'exactitude des chiffres et des calculs, la logique du développement intellectuel et la conformité des références bibliographiques.

Avant publication, les articles scientifiques sont scrutés par des réviseurs, spécialistes du domaine abordé dans l'article.

Qui sont les personnes qui révisent et relisent les articles scientifiques avant publication ?

Marc Bassoni : « Les réviseurs, ou relecteurs, sont sollicités par les éditeurs. Ce sont des "pairs" parmi les "pairs" spécialistes du domaine couvert, ou du sujet traité par la publication. Les papiers revus sont anonymes ».

Philippe Bidaud : « Le processus d'évaluation est fondé sur l'utilisation des pairs. Il y a eu des scandales sur l'évaluation par des pairs, qui a eu ses travers... Il y a parfois un certain corporatisme, un certain clientélisme. Selon les écoles, on laissait plus ou moins passer les papiers. Ensuite, généralement, il y a entre deux et trois relecteurs sollicités pour évaluer une même publication scientifique. Il y a des domaines où l'on publie plus facilement que d'autres. Dans le secteur de la biologie, où on exploite les données, ça publie à outrance. Un jeu de données donne une publication, il suffit de la commenter. Pour les maths, c'est plus délicat ».


Autre détail d'importance : la traduction. Pour donner un écho relatif à la publication, il est souvent impératif que celle-ci soit traduite en anglais. La langue de Shakespeare mettra un peu plus en valeur la publication de l'auteur. Il faut que l'ami, la personne ou l'entreprise qui a la charge de traduire la publication réduise à leur strict minimum les risques de contresens dans la version anglaise. Car à moins d'être totalement bilingue, certaines finesses d'une langue étrangère peuvent nous échapper. Le « système débrouille » présente cependant assez vite des limites. Pour une traduction impeccable, qui facilitera par ailleurs le travail du réviseur, le recours à un organisme professionnel tel que Global Voices reste indispensable.

Vers qui peut-on se tourner pour faire traduire ses travaux ?

Marc Bassoni : « Deux voies sont possibles. Le recours à des prestataires free-lance ou des "boîtes" privées de traduction spécialisée, certaines d'entre elles sont reconnues et ont une vraie compétence. Ou le recours "gracieux" à un collègue angliciste qui peut relire un papier "brut" (mal dégrossi) et proposer une mise en forme plus élégante. Personnellement, c'est cette voie que j'ai utilisée quand j'ai eu besoin de publier en anglais ».

Philippe Bidaud : « Il faut produire un texte à un niveau d'anglais correct. Quand on veut aller au-delà de ses propres qualités d'anglais garanties par la formation initiale des chercheurs, il faut faire appel à un traducteur spécialisé. Mais pour faire mieux que Google aujourd'hui, il faut des gens de qualité. La meilleure solution, c'est une personne bilingue. La pratique, c'est d'assurer par soi-même le niveau d'anglais. Quand vous êtes chercheur au CNRS, ce qui fut mon cas pendant des années, vous n'avez pas le loisir de vous payer un traducteur. Si vous êtes mauvais en anglais, le papier sera incompréhensible, et la sélection derrière en pâtira ».
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