Des salariés surveillés la nuit avec un Fitbit

11 avril 2016 à 13h04
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Si vous dormez bien, vous toucherez une prime. C'est la promesse que fait la société d'assurance américaine Aetna à ses salariés, qui veut miser sur leur « bien-être » dans l'optique qu'ils soient plus productifs. « S'ils prouvent qu'ils enchaînent 20 nuits de 7 heures de sommeil ou plus, nous leur offriront 25 dollars par nuit, plafonnés à 500 dollars par an », a expliqué le PDG Mark Bertolini à CNBC.

Pour mesurer la durée de sommeil de ses salariés, Aetna leur a fourni un bracelet connecté Fitbit. Cette initiative s'inscrit dans un programme plus large de promotion du sommeil et de la méditation dans cette société, et dont les premiers résultats seraient concluants. En partenariat avec l'Université Duke, Aetna a constaté « 69 minutes de productivité mensuelle en plus par travailleur » après quelques mois de tests.

« Si nous pouvons améliorer les fondamentaux de notre entreprise en investissant dans nos salariés, alors cela se verra dans notre chiffre d'affaires », s'est félicité le PDG, dont les préconisations en matière de sommeil se basent sur les recommandations de l'Institut national de la santé, qui conseille entre 7 et 8 heures par nuit.

Du bien-être à la surveillance

Sauf que derrière cet investissement dans le bien-être des salariés, se niche leur surveillance. Dans un premier temps, les employés d'Aetna n'entrant pas dans les critères ne toucheront pas de prime. Mais pendant combien de temps l'employeur va considérer comme acceptable que ces personnes ne jouent pas le jeu, qu'elles refusent de vouloir augmenter leur productivité ? Et si elles n'ont pas besoin de dormir 7 heures pour « bien dormir » ?


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Un bracelet connecté comme le Fitbit Flex pourrait tout aussi bien mesurer l'activité d'un salarié comme le nombre de pas - Crédit : Fitbit.


Si la pratique s'étendait, cet assureur pourrait proposer ses services à des entreprises, qui mesureraient par exemple le sommeil des salariés en période d'essai. Ceux qui dorment le moins présenteraient alors un plus gros risque de défaillance que les autres, et seraient mis sur le carreau ? Pour l'instant, bien sûr, les choses sont loin d'être présentées sous ce jour. Dans son rôle qui est le sien, l'assureur récompense les bons usages.

Alors que le droit à la déconnexion fait parler de lui, quid de cette connexion passive qui entretient un lien de subordination constant entre le salarié et l'employeur, et risquant d'influencer ses agissements dans sa sphère (censée être) privée ? Au-delà de juste proposer un espace fitness dans ses locaux, une entreprise pourrait être tentée, à l'avenir, de mesurer si les employés font du jogging, ne boivent pas trop d'alcool, mangent équilibré...

Un sujet aussi français

Si vous croyez ce sujet loin de vous, car l'exemple est américain, détrompez-vous. En 2015, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) a relevé une hausse de 16 % de la « surveillance des salarié ».

Le rapport d'activité 2015 fait le récit des « nouvelles tendances » : géolocalisation des salariés, « non plus via leur véhicule mais via des bracelets connectés ou leur smartphone ». Il est aussi fait état des plaintes relatives aux nouvelles techniques de vidéosurveillance, « via une application sur smartphones ou une webcam... »


Une surveillance des salariés que n'est pas prête à encadrer la loi française. Paradoxalement, alors que le projet de « loi Travail » vise à garantir « l'effectivité du droit au repos », c'est lui qui pourrait inciter les entreprises à recourir à des méthodes telles que celles expérimentées par Aetna aux États-Unis. La loi invite d'un côté les salariés à se « déconnecter » (de leur boîte mail). De l'autre, elle pourrait inciter l'employeur à les connecter.


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Modifié le 25/11/2020 à 14h40
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