Le géant Uber secoué par 4 de ses chauffeurs

Thomas Pontiroli
02 septembre 2015 à 16h24
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L'« uberisation » est-elle trop belle ? Plusieurs chauffeurs réclament que le statut de salarié leur soit accordé. Derrière cette demande, c'est le modèle de la société qui peut chavirer.

L'un des piliers d'Uber est attaqué. Le modèle d'entreprise du leader des VTC, reposant sur son armée de chauffeurs indépendants - et non pas salariés - est remis en cause par les chauffeurs eux-mêmes. Certains d'entre eux ont lancé un recours collectif aux États-Unis, qui vient d'être validé par un juge de San Francisco. Ils réclament que leur soit reconnu le statut de salarié. Sur ce sujet, un précédent a récemment été créé.

Au mois de juin dernier, la Commission de travail de San Francisco a estimé qu'une conductrice réunissait les conditions suffisantes pour être considérée comme salariée d'Uber. Si la société, elle, se qualifie de « plateforme neutre », la justice estime au contraire qu'elle est « impliquée dans chaque aspect des opérations ». Et d'autant plus que l'activité des chauffeurs est centrale dans son modèle économique.

La société a donc été sommée d'indemniser cette salariée pour tout ce qu'elle dépensait dans le cadre de ses fonctions. En réponse, l'entreprise de VTC a décidé de faire appel de la décision. Et a rappelé que celle-ci était « non contraignante », autrement dit, qu'elle ne s'applique qu'à ce conducteur. C'est pour étendre cette reconnaissance aux autres chauffeurs (en Californie du moins), qu'une class action est désormais menée.

Action en Californie

L'AFP rapporte que cette initiative repose sur une plainte déposée par quatre chauffeurs qui avancent être soumis à une série d'obligations et peuvent être renvoyés s'ils ne les respectent pas, ce qui les assimilerait donc à des salariés. Sont concernés les 160 000 chauffeurs environ exerçant en Californie depuis le 16 août 2009 et étant payés directement par Uber. Mais sont exclus les conducteurs « ayant accepté des restrictions de leurs possibilités de recours, intégrées aux contrats types d'Uber depuis juin 2014 », souligne l'agence.


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L'américain estime que ces plaignants ne représentent pas l'avis des autres chauffeurs, dont le nombre est évalué à 1 million dans le monde. Et qu'il n'existe pas un modèle type de conducteur. Il a même déjà fourni 400 témoignages de chauffeurs californiens. Mais pour le juge, ils ne sont pas forcément représentatifs non plus... Le risque potentiel est grand pour Uber, qui pourrait finir par exploser sous le nombre de salariés.

En effet, l'entreprise n'a aucunement les moyens d'embaucher ces milliers de chauffeurs. Cela impliquerait des charges et des coûts supplémentaires, alors qu'elle n'emploie aujourd'hui qu'environ 2 200 personnes.

Enquête en Europe

En parallèle, un autre front s'est ouvert avec l'ouverture d'une enquête de la Commission européenne. Celle-ci cherchera à comprendre si Uber est un service numérique ou un service de transport. Dans le deuxième cas, l'américain devrait se conformer à des règles plus strictes (accréditation, assurance, sécurité...) alors que les taxis l'accusent justement de contourner ces obligations et donc d'exercer une concurrence déloyale.

Seulement, les plus grands investisseurs ont placé leurs intérêts dans cette entreprise : le géant industriel indien Tata, la très puissante banque Goldman Sachs, le fonds d'investissement souverain de l'émirat du Qatar, BlackRock, qui est le plus important gestionnaire d'actifs au monde, Microsoft, Google ou encore Baidu, son équivalent en Chine. On peut supposer qu'ils ne laisseront pas leur poulain se faire abattre.


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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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