La fourchette HAPIfork se lance sur KickStarter : rencontre avec ses créateurs

17 avril 2013 à 16h04
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Présentée en janvier à l'occasion du CES, la fourchette connectée HAPIfork a énormément fait parler d'elle depuis. Conçu par l'inventeur français Jacques Lépine et porté par Hapilabs, cet ustensile pas comme les autres, qui se destine à aider les gens à mieux manger, fait dès aujourd'hui l'objet d'une campagne de financement participatif sur KickStarter.

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Jacques Lépine et Philippe Monteiro da Rocha
Intrigués par le phénomène et par l'objet en lui-même, qui a fait du chemin depuis que nous l'avons aperçu pour la première fois en janvier lors du CES, nous avons voulu en savoir un peu plus avec l'arrivée de la HAPIfork sur KickStarter. Nous avons donc rencontré son créateur, Jacques Lépine, ainsi que Philippe Monteiro da Rocha, fondateur d'Hapilabs, pour discuter de leur fourchette connectée et de leurs objectifs avec ce produit qui lorgne du côté de la « santé connectée ».

Bonjour Jacques, bonjour Philippe. Première question pour vous, Jacques : tout simplement, comment avez-vous eu l'idée de créer la fourchette HAPIfork ?

Jacques Lépine : L'idée m'est venue d'un besoin personnel de changer mon comportement avec les aliments. Je me suis dit « au quotidien, je me contrôle, j'arrive à me tenir, mais qu'est-ce qui fait qu'à table le comportement change, qu'on le sait, qu'on veut le modifier mais qu'on n'y arrive pas ? » Ce qui se passe, c'est qu'à table, on y pense 30 secondes, on mange lentement, et on finit par accélérer. Mais si un élément extérieur prévient quand l'attitude ne va pas, le cerveau l'assimile et on ralentit la cadence. C'est le but de la HAPIfork.

Comment fonctionne la fourchette, concrètement ?

Philippe Monteiro da Rocha : La HAPIfork se propose de mesurer l'intervalle entre chaque coup de fourchette. Par défaut, l'intervalle réglé par défaut est de 10 secondes : si on prend plusieurs bouchées en moins de 10 secondes, la fourchette vibre pour prévenir qu'il faut ralentir.

JL : Il y a des subtilités depuis la seconde version du prototype, qui inclut un nouveau capteur qui permet de reconnaître les mouvements de la fourchette, pour ne compter que les bouchées portées à la bouche et pas les éventuels mouvements de l'utilisateur.

Au début, on ne travaillait qu'avec des accéléromètres, mais la détection n'était pas suffisamment précise. La HAPIfork fonctionne à l'aide d'une sorte de circuit qui se ferme lorsque l'utilisateur tient la fourchette, et qui permet d'identifier lorsqu'il la porte à sa bouche. Elle est très sensible pour que même un tout petit aliment porté à la bouche soit identifié, mais il faut, dans ce cas, qu'elle ne considère pas comme une bouchée le moment où elle pique un aliment dans l'assiette. On a rajouté une couche de filtres liée à l'accéléromètre, qui reconnaît quand on positionne la fourchette debout pour piquer afin que cette action ne soit pas comptée comme une bouchée.

PMdR : En somme, la fourchette contient bien plus de technologie qu'il n'y paraît.

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La HAPIfork démontée.

La personne qui l'utilise n'a pas besoin de changer ses habitudes ?

PMdR : Non, elle s'utilise comme n'importe quelle fourchette. Pour nous, c'est l'appareil technologique le plus simple à utiliser au monde, il n'y a pas besoin d'initiation.

Que trace, concrètement, cette fourchette ?

PMdR : Elle identifie l'heure de début du repas, l'heure de fin, le nombre de coups de fourchettes et l'intervalle de temps entre ces derniers. C'est là-dessus que le système va jouer pour définir le rythme acceptable pour l'utilisateur.

Mais comment vous pouvez définir le rythme acceptable sans avoir connaissance des aliments concernés par le repas ?

PMdR : Nous n'analysons pas, à l'heure actuelle, ce qui est mangé. On analyse seulement la vitesse à laquelle on mange, la problématique de la vitesse et du rythme, sans étudier pour le moment ce qui est mangé.

Mais quand la HAPIfork sera proposée dans le commerce, elle sera fournie avec un programme de coaching alimentaire et des plans de repas pour aider les utilisateurs à se constituer des menus équilibrés. Historiquement, Hapilabs propose déjà des programmes de ce type.

La promesse c'est quand même qu'en mangeant moins vite, on va pouvoir maigrir ?

JL : Il y a de nombreuses études qui s'accordent sur le fait que manger vite n'est pas bon pour la santé. On sait qu'on met 20 minutes pour atteindre la satiété d'un point de vue hormonal, donc si on mange plus vite durant ce laps de temps, alors on mangera plus avant de l'atteindre. Du côté du système digestif, plus on mange vite et moins on mâche, donc la digestion est encombrée. Le troisième aspect, on ne s'y attendait pas, c'est que manger vite a un impact sur le diabète de type 2 : plus on mange vite, plus on avale de sucre rapidement, et les hormones intestinales n'ont pas le temps de se sécréter suffisamment vite pour bloquer le sucre, qui passe davantage dans l'organisme.

Du retour du CES, j'ai discuté de la HAPIfork avec plusieurs médecins qui ne m'ont pas caché être perplexes face à cette fourchette et sa promesse d'aider à maigrir...

JL : nous sommes conscients que la prise de poids est un phénomène multifactoriel et, clairement, la HAPIfork n'est pas la fourchette miracle pour maigrir.

PMdR : Dans notre manière de nous nourrir, il y a plusieurs éléments à prendre en compte, et parmi eux il y a notre comportement face à la nourriture lorsqu'on est à table. Et dans nos échanges avec les médecins que nous avons pu rencontrer, tout le monde s'est accordé à dire que c'était le point de départ idéal, car c'est le plus facile à corriger. En ça, la fourchette peut être un bon point de départ, c'est un outil de prise de conscience.

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La fourchette une fois assemblée.

Parlons un peu de l'aspect esthétique de la fourchette. Le prototype actuel est celui du CES, qu'est-ce qui va changer dans la version finale ?

JL : Certaines courbes vont être revues, le grain du manche va être réajusté, et un capuchon pour accéder au port USB qu’on ne pourra plus enlever va être ajouté pour ne pas le perdre.

PMdR : Une fois assemblée, la fourchette est résistante à l'eau : elle résiste à un jet d'eau. Par contre elle ne résiste pas à la pression : elle n'est pas waterproof. Mais on peut la passer sous le robinet pour la nettoyer. Elle passe au lave-vaisselle à condition d'enlever la partie électronique, principalement pour des raisons de chaleur : elle risquerait de fondre. Enfin, la version finale intégrera le Bluetooth, le prototype étant uniquement USB.

JL : Côté autonomie, elle est actuellement de 15 jours, soit 45 repas en partant du principe qu'on l'utilise pour chaque repas. Mais comme nous sommes en train d'ajuster les capteurs, il est possible qu'elle baisse un peu. On la situe entre 12 et 15 jours au final.

Vous parlez de « tous les repas », c'est intéressant, car je me souviens du prototype de cuillère que vous avez montré au CES...

PMdR : Là je laisse Jacques en parler ! (rires)

JL : Elle a fait un passage express au CES Unveiled (NDLR : événement pré-CES) mais notre attachée de presse américaine nous l'a faite ranger, du coup la partie cuillère n'a pas fait long feu au CES. Vous faites partie des rares à l'avoir vue ! (rires). Pour le moment, nous ne savons pas encore ce que nous allons faire avec la cuillère, si nous allons la proposer, et comment. Mais elle peut se fixer à la place de la fourchette sur le manche de la HAPIfork.

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La version cuillère, une photo collector !

Comment et quand les personnes intéressées vont pouvoir acquérir la HAPIfork ?

PMdR : Nous lançons une campagne de financement participatif sur KickStarter aujourd'hui. Elle va durer 45 jours, et il est possible d'acquérir une fourchette à partir d'un investissement de 100 dollars. Elle sera alors livrée en septembre. Mais nous souhaitons proposer à 300 donateurs la possibilité de participer à une bêta à partir de juin. Les participants devront donner plus d'argent pour pouvoir tester la HAPIfork avant tout le monde, à savoir 300 dollars. Ces 300 « ambassadeurs » vont être invités à charger leurs données en ligne tous les jours, et nous aurons des échanges téléphoniques avec eux toutes les semaines.

De cette manière, nous souhaitons réaliser un test grandeur nature avec les tous premiers utilisateurs. Nous avons envie de mettre en avant les fonctionnalités du produit avec des ambassadeurs qui vont être fiers de l'utiliser et qui vont « prêcher la bonne parole » : ce sont ces gens-là que nous souhaitons séduire en premier pour créer un buzz et développer l'intérêt autour du produit.

Pourquoi aller sur KickStarter plutôt que sur une autre plateforme, européenne par exemple ?

PMdR : Avec KickStarter, on va bien sûr toucher les geeks... mais nous estimons que cette plateforme offre plus de visibilité auprès d'un plus large public que d'autres plateformes. On voit de plus en plus d'exemples de projets crowdfoundés qui ne sont pas des projets geeks à proprement parler, comme le récent film Veronica Mars...

Mais vous allez sans doute toucher d'abord le public nord-américain en passant par KickStarter, pensez-vous que ce soit un public sensible sur la problématique de la nutrition que vous abordez avec votre fourchette ?

PMdR : Depuis la fin du CES, on mène une campagne de longue haleine pour sensibiliser les communautés qui sont proches de la nutrition et de santé, pour présenter la fourchette au plus grand nombre.

JL : Il faut également souligner qu'en termes de retombées d'articles après le CES, sur environ 1 500 articles, la moitié étaient dans les médias américains. Face à un tel constat on se dit que c'est un marché réceptif et qu'il y a un engouement.

Avez-vous vu des différences de réception du produit par les médias selon leur nationalité ?

PMdR : On a eu des choses très pertinentes, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, et des choses moins pertinentes. On a lu à certains endroits « La fourchette qui fait maigrir, c'est bas de gamme, c'est ridicule ». Mais certaines nations ont été étonnantes : les Japonais, par exemple. Là où d'autre se sont contenté de parler de l'action du produit, les médias japonais ont absolument voulu connaître le fonctionnement en détails.

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Le tableau de bord d'HAPIfork.

Pouvez-vous me parler des applications qui seront proposées autour de la fourchette ?

PMdR : Le tableau de bord sera disponible sur les navigateurs traditionnels mais également sur mobile, Android et iOS. Il est possible de connecter la fourchette en USB sur un ordinateur - c'est de toute façon nécessaire pour la recharger - et via le Bluetooth à un smartphone. Les données sont alors récupérées par l'application et disponibles sur le tableau de bord en ligne.

Ce dernier affiche simplement toutes les données récoltées durant le repas : la durée, l'intervalle moyen entre les coups de fourchette, le taux de succès - c'est-à-dire le calcul, en pourcentage, des intervalles corrects... il est possible de régler manuellement le temps conseillé entre deux coups de fourchette, mais le système va conseiller l'utilisateur à ce sujet. D'ailleurs, il y a une phase de calibrage, il faut l'utiliser environ deux semaines pour que tout se mette en place et offre un point de vu correct et vraiment personnalisé à l'utilisateur.

Il est également possible d'ajouter des photos et des commentaires sur le repas associé au relevé.

Les données de la fourchette sont les seules à apparaître sur la plateforme ?

PMdR : Il sera possible dès le lancement d'afficher également les données des produits FitBit et Withings sur des pages séparées. Notre objectif, à termes, sera de permettre de croiser les informations entre elle, par exemple pour mettre en lien le rythme des repas, le nombre de pas effectués dans la journée et la perte de poids.

La campagne KickStarter démarre donc aujourd'hui, 17 avril, sur KickStarter. Quels sont vos objectifs ?

JL : Nous espérons qu'au moins 5 000 personnes participeront au financement pour acquérir une fourchette à son lancement. Notre objectif financier se situe donc aux environs de 500 000 dollars via KickStarter.

Et pour ceux qui n'auront pas participé au financement ?

PMdR : Ils pourront l'acheter en magasin avant les fêtes de Noël, en octobre ou novembre. Elle sera également proposée sur notre site Internet, également à 100 euros, mais sans les avantages et bonus supplémentaires qui sont proposés durant la campagne KickStarter.

Et globalement, quels sont vos objectifs ?

PMdR : Concrètement, on espère en vendre 100 000 dans le monde d'ici à la fin de l'année.

Merci !

Pour aller plus loin
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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