Bienvenue à Baïkonour, base de lancement spatiale russe en plein milieu du Kazakhstan !

Eric Bottlaender
Spécialiste espace
01 mars 2020 à 10h00
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Baïkonour 4
Décollage de Soyouz, le lanceur star de Baïkonour

Une gigantesque base de lancement russe au milieu du Kazakhstan ? Un cosmodrome et une ville de dizaine de milliers d'habitants ? Des chameaux et des installations abandonnées ? Mais oui, vous êtes à Baïkonour !

Lorsque dans les années 50, l'URSS s'est décidée à développer des missiles balistiques à très longue portée, le Kazakhstan, qui faisait partie de l'Union Soviétique, a vite fait office de candidat idéal.

A la recherche du site parfait

Des steppes peu peuplées, de grands espaces peu vallonnés, et puis surtout un site le plus au Sud possible pour se rapprocher de l'équateur terrestre et bénéficier d'un effet de fronde. En février 1955, le site est sélectionné : ce sera... Tyuratam ! Mais il faut tromper d'éventuels espions occidentaux, alors quand les ouvriers arrivent et commencent à travailler, le site est officiellement nommé Baïkonour. Afin de maintenir la confusion avec la vraie ville de Baïkonour, cité minière qui se trouve en réalité à 370 km de là.

Baïkonour 3
A Baïkonour, les lanceurs prennent le rail. Ici Proton

Grand comme le Finistère

Baïkonour est gigantesque : la taille d'un département français ! Reliée au large réseau ferroviaire soviétique, elle est d'abord gérée par les militaires et servira de base de missiles. Mais bien vite, Baïkonour devient l'un des lieux les plus connus de la planète quand, en 1957, un missile R-7 modifié envoie sur orbite le tout premier satellite. L'activité sur place se développe ensuite à une vitesse exponentielle, au fur et à mesure que les secrets y sont éventés : le nom de la ville ne trompe pas longtemps les américains, qui espionneront dès les années 60 Baïkonour avec leurs premiers satellites dédiés. Baïkonour sera le centre du programme spatial civil soviétique puis russe jusqu'à aujourd'hui, et accueillera presque toutes les grandes premières : le premier astronaute Youri Gagarine, la première station orbitale, les premières sondes lunaires...



Ça décoiffe !

Dans ces grands espaces, Baïkonour héberge aussi de nouvelles familles de lanceurs. Soyouz, puis les grandes fusées Proton, les gigantesques lanceurs du programme lunaire secret de l'URSS (la N-1) et plus tard la fusée Energiya avec sa navette Bourane, la petite mais puissante Zenit et même d'autres petits lanceurs dérivés de missiles balistiques comme Tsyklon ou Dnepr. Baïkonour, c'est aussi la seule base qui sert de « porte de l'espace » aux cosmonautes russes depuis 1961. Le site fourmille d'ailleurs de références et de traditions en rapport avec l'incontournable Youri Gagarine. Un véritable « parcours » que continuent de suivre depuis 2011 tous les astronautes qui se rendent sur la Station Spatiale Internationale (seule la capsule Soyouz et la fusée du même nom permettent de s'y rendre pour l'instant). C'est un lieu hors du temps où l'on croise des chameaux à l'entrée du site, et où des chiens de prairie ont leurs terriers jusqu'au pied des lanceurs.

Baïkonour astronautes prêts
Du sérieux, mais aussi des traditions et du folklore : un décollage de Baïkonour est très codifié.

Couleur rouille

Baïkonour a compté jusqu'à 120 000 employés dans sa période de gloire au milieu des années 80. Mais depuis la chute de l'URSS, elle n'est plus la même. La base a d'abord changé de statut : elle est au milieu du Kazakhstan, qui est un Etat indépendant ! Indépendant, mais ravi de louer son territoire aux autorités russes, pour un loyer qui dépasse aujourd'hui les 100 millions d'euros par an... Et si les militaires sont toujours là, c'est l'agence russe Roscosmos qui opère les lancements sur place.

Mais aussi et surtout, la Russie a réduit la voilure. Si elle reste un acteur majeur et que Baïkonour est toujours l'un des sites les plus actifs du monde, il ne reste que deux lanceurs en activité aujourd'hui : Soyouz 2 et Proton. Sur place, de nombreux pas de tirs, hangars, voies ferrées et autres installations obsolètes sont tout simplement à l'abandon. Dans un gigantesque bâtiment d'intégration interdit d'accès, deux navettes Bourane pourrissent lentement dans l'air sec du désert. Il reste environ 40 000 habitants, mais tous ne travaillent plus au cosmodrome. La ville elle-même n'est pas reluisante...

L'avenir de Baïkonour est incertain sur le long terme : la Russie fait construire à grands frais une nouvelle base à l'intérieur de ses frontières, très à l'Est et près de sa frontière chinoise, nommée Vostotchnyi. Mais dans un premier temps, Baïkonour reste incontournable, avec son unique pas de tir dédié à Soyouz et les installations qui vont lancer les dernières fusées Proton jusqu'à 2025 environ. Au grand dam des passionnés, le site historique qui a vu Spoutnik, Gagarine, Leonov et tant d'autres vols de légende décoller (le 1/5 « Gagarine's Start ») est désactivé depuis 2019. Russie, Kazakhstan et Emirats Arabes Unis ont levé quelques fonds pour tenter de le réactiver.

Baïkonour 2
Baïkonour parfois, c'est un peu Mad Max

Les chiens aboient, Soyouz passe

Et puis tout n'est pas sombre sur place, loin de là ! La Russie et le Kazakhstan vont opérer en commun à Baïkonour un futur lanceur, provisoirement appelé Soyouz-5, qui est actuellement en développement. Et ce dernier va recycler des installations aujourd'hui inactives (dédiées au lanceur Zenit). Les lancements habités et de cargos vers l'ISS vont continuer pendant plusieurs années de partir de Baïkonour, et plusieurs générations d'astronautes vont encore connaître les joies de la visite de la maison de Gagarine, de la cérémonie du thé Kazakhe ou du rituel qui consiste à planter un arbre dans « l'allée des cosmonautes ».

Et dans ce paysage parfois un peu à la Mad Max où des hélicoptères militaires survolent des carcasses de sites soviétiques en surveillant Soyouz et son train, il continuera d'y avoir quelques étoiles filantes et brillantes qui font trembler l'air et la steppe.
Modifié le 01/03/2020 à 15h05
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