La population des animaux sauvages ne déclinerait pas autant que prévu partout

Aymeric Pontier
Spécialiste environnement
13 décembre 2020 à 10h47
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Il est difficile de déterminer et de résumer en un chiffre le statut de toutes les formes de vie sur Terre, qui plus est de manière suffisamment « attractive » pour intéresser les médias et alerter sur le déclin de la biodiversité. C'est pourtant ce que le Living Planet Index s’attache à faire, estimant que la population des animaux vertébrés est en déclin à hauteur de 68 % depuis les années 1970.

Or une récente étude s’est penchée sur cette question délicate. Ses auteurs critiquent la métrique « en un seul chiffre », qui contribuerait selon eux à fausser la compréhension de la perte de biodiversité, voire à surestimer le déclin de la plupart des espèces.

Un tableau moins sombre avec les mêmes données

Il est ici important de préciser que les analyses du Living Planet Index sont basées sur des populations d'animaux, et non sur des espèces. C’est une différence cruciale. Selon l'index, la diminution de la taille d’une population est présumée être un indicateur de la disparition de l’espèce. Or cela ne se vérifie pas systématiquement selon les chercheurs de l'étude publiée dans Nature.

Pour cette équipe d’écologistes et de biologistes de l’Université McGill (Canada), ce chiffre spectaculaire, qui évoque 68 % de déclin de vertébrés, est en fait basé sur un nombre restreint de populations connaissant un effondrement rapide, non représentatif du monde animal dans sa totalité. En cause, une méthode statistique qui serait trop sensible aux variations extrêmes, au point de modifier nettement l’estimation du déclin animal mondial.

De fait, le réexamen des données montrerait au contraire que 97 % des animaux vertébrés ne connaitraient pas d’évolution significative, ni à la hausse ni à la baisse. Seuls certains vertébrés subissent un déclin extrême, parmi lesquels les animaux de grande taille, les mammifères marins arctiques, les reptiles situés dans les zones tropicales du continent américain, et les oiseaux vivant dans le bassin Indo‑Pacifique.

Lorsque ces cas spécifiques sont retirés du calcul, le portrait de la biodiversité se fait plus optimiste. Auddi, les efforts de conservation réalisés au cours des 50 dernières années auraient été plus efficaces qu’on ne le pensait jusqu'ici...

Focaliser les moyens de protection sur l'urgent

Selon l'auteur principal Brian Leung : « Réunir toutes les courbes de population en un seul chiffre peut donner l'impression que tout décline partout. Un tableau plus nuancé et précis montre des populations en déclin extrême au sein d’écosystèmes qui, en dehors de ça, sont stables. Toutefois, il y a des zones géographiques où la plupart des populations examinées semblent en déclin. Il est important d'identifier celles-là ».

Les chercheurs appellent ainsi au développement d’indicateurs plus précis et plus qualitatifs pour mieux orienter les moyens dédiés à la protection des espèces. Ils appellent les politiques publiques en matière de protection de la faune à gagner en pertinence, pour se focaliser sur les espèces en difficulté.

Toutefois, s’inquiétant que ces conclusions ne soient perçues, à tort, comme un encouragement à ne rien faire, Brian Leung insiste pour que l’étude ne soit comprise de travers : « Nous ne disons pas qu'il n'y a pas de problèmes de biodiversité, seulement qu'elle n'est pas en déclin partout ».

De son côté, le groupe international d'experts sur la biodiversité IPBES estime qu'un million d'espèces animales et végétales sont en danger d'extinction au cours des prochaines décennies. La vidéo en tête d'article, diffusée par Arte, explique comment ce chiffre a été obtenu.

Source : Nature

Modifié le 13/12/2020 à 11h46
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