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Au royaume des désagréments, le déchirement est roi
AMD énonce les données du problème exactement dans les mêmes termes que NVIDIA. Il divulgue d'ailleurs un schéma explicatif très ressemblant à celui de la marque au caméléon. Oui, la relation entre carte graphique et écran n'est pas toujours idyllique, c'est bien connu. Quand la carte graphique s'en donne à cœur joie, on obtient une image fluide, mais aussi, de temps en temps, du déchirement. L'absence de synchronisation entre le rafraîchissement des moniteurs (vitesse fixe, le plus souvent à 60 Hz) et le traitement des images par la carte graphique (débit variable) fait que, parfois, l'écran va recevoir une nouvelle image alors qu'il n'aura pas fini de rafraîchir celle en cours. L'écran semble coupé en deux dans la hauteur, c'est le déchirement ou tearing. Très désagréable, notamment dans les jeux de type FPS comme Battlefield 4, Far Cry 4 ou Crysis 3.... ou la saccade est reine
Pendant très longtemps, le seul remède que les joueurs avaient à disposition, c'était la synchronisation verticale (ou V-Sync). Un mode de fonctionnement où la carte graphique se bride à la fréquence de rafraîchissement maximum de l'écran (60 Hz à 144 Hz selon les modèles) pour supprimer le déchirement. Ça marche bien, sauf que si le débit du GPU tombe sous le seuil maximum (60 images par seconde pour un 60 Hz, 144 images par seconde pour un 144 Hz), la V-Sync engendre des saccades et des ralentissements. Pourquoi ? Parce que le moniteur affiche à nouveau l'image en cours s'il n'a pas reçu la nouvelle image à temps. La solution, de NVIDIA comme d'AMD, consiste donc à inverser les rôles : ce n'est plus la carte graphique qui doit s'adapter à l'écran mais l'écran qui va se plier à la carte graphique. Comment ? En lui laissant piloter sa fréquence de rafraîchissement. Il faut toutefois un écran capable de faire varier sa fréquence de rafraîchissement.G-Sync ou FreeSync : tout est dans la méthode
NVIDIA, qui a pris les devants dans cette bataille, a opté pour la méthode du tout propriétaire. Les constructeurs voulant réaliser un écran compatible doivent intégrer un contrôleur d'écran spécifique, de conception NVIDIA. A date, et depuis un peu plus d'un an que G-Sync existe, les listings les plus généreux référencent huit modèles de moniteurs G-Sync. La réalité des boutiques en France ramène ce chiffre à cinq ou six produits. A rien, pour l'heure, en matière d'ordinateurs portables, même si on sait de différentes sources que ça ne saurait tarder (et que la technologie serait même déjà activable avec les bons pilotes).

Dans cette optique, l'ex-fondeur a travaillé main dans la main avec le consortium VESA (Video Electronics Standards Association) pour lui suggérer une évolution de l'interface DisplayPort 1.2a. VESA a alors ajouté une nouvelle brique dans les spécifications de l'interface DisplayPort 1.2a, brique inspirée de spécifications déjà existantes de l'embedded DisplayPort 1.0 (l'équivalent interne du DisplayPort dans les ordinateurs portables), pour accoucher en mai 2014 du standard DisplayPort Adaptative-Sync. Le précieux sésame qui permet à la carte graphique de contrôler le taux de rafraîchissement d'un écran via la connectique DisplayPort, et qui sert de terreau à la technologie FreeSync.
Les constructeurs désireux de mettre au point un moniteur FreeSync n'auront pas de droit à payer à AMD. Ils devront juste veiller à intégrer la bonne connectique DisplayPort 1.2a avec Adaptative-Sync : certes, ça se traduira par un contrôleur d'écran embarqué de nouvelle génération, mais ils pourront s'approvisionner auprès des fournisseurs habituels, qui ont déjà, pour certains, assuré leur soutien à AMD (MStar, Novatek ou Realtek).
Au-delà de l'aspect stratégique ou politique, y a-t-il une différence technique entre FreeSync et G-Sync ? D'après Robert Hallock, FreeSync n'entraîne pas d'overhead ou de surcharge dans la communication. « C'est particulièrement important du point de vue des performances, puisque FreeSync n'a pas besoin d'interroger le moniteur ou d'attendre son retour pour savoir quand il est opportun de lui envoyer la prochaine image. FreeSync utilise le protocole DisplayPort Adaptative-Sync pour déterminer en amont, lors du branchement, les taux de rafraîchissement minimum et maximum supportés par l'écran, ce qui signifie que l'affichage de l'image n'est jamais retardé ou décalé par des allers-retours chronophages d'information entre la carte et l'écran ».
AMD évoque en fait la vérification de statut que le GPU NVIDIA opère auprès de l'écran G-Sync, pour savoir si celui-ci est dans un intervalle VBLANK ou non, donc s'il peut envoyer l'image ou non. « Polling » qui prend 1 ms et diminue les performances de 3 à 5 % selon les sources et les cartes. AMD, qui produit également le rafraîchissement variable par une manipulation de la durée de l'intervalle VBLANK, n'effectue donc pas cette vérification supplémentaire.
L'autre différence, c'est que FreeSync digère sur le papier un panel plus large de fréquences de rafraîchissement, de 9 à 240 Hz alors que G-Sync opère dans une fourchette de 30 à 144 Hz. Ceci reste très théorique, et pour du jeu, 30 à 144 Hz suffisent. Sans compter qu'il n'existe pas d'écran capable de dépasser 144 Hz pour l'heure.

Maintenant, qu'on soit AMD ou NVIDIA, dans les deux cas, les cartes graphiques du constructeur sont obligatoires. Donc la belle ouverture que met en avant AMD a tout de même ses limites...
Quelles configurations matérielles pour FreeSync ?

NVIDIA, pour qui le ticket d'entrée est une GTX 650 TI Boost, se montre un peu plus élitiste du strict point de vue tarifaire. Cela dit, dès sa sortie, G-Sync était compatible avec davantage de références de GPU, notamment la quasi-totalité de la gamme existante avec architecture Kepler. AMD impose sa dernière génération de cartes, et il n'y en a que six pour le moment. Et la question des APU n'est pas majeure : en réalité, même si FreeSync présente également un intérêt en bureautique mobile ou en multimédia (nous reviendrons dessus), son réel potentiel demeure le jeu vidéo. Aussi, ce sont plutôt les cartes graphiques haut de gamme du constructeur qui exploiteront vraiment FreeSync.

Côté écran, AMD arrive d'emblée avec une liste de onze moniteurs, déclinés dans des tailles et résolutions variées : 24 à 34 pouces, 1080 à 2160p. Les prix communiqués par AMD démarrent à 449 $ pour le LG 29UM67, un moniteur en 29 pouces et 2560x1080 pixels disposant d'une plage de fréquences de rafraîchissement (DRR pour Dynamic Refresh Range) de 48 à 75 Hz. Le modèle que nous avons eu en test, l'Acer XG270HU, est lui annoncé à 499 $. Le plus cher selon les chiffres d'AMD sera le LG 34UM67, l'équivalent de l'autre LG mais en 34 pouces, à 649 $. Il faut dans l'ensemble s'attendre à une tarification plutôt élevée compte tenu de l'aspect assez haut de gamme des modèles.



Les LG 34UM67, BenQ XL2730 et Acer XG270HU
Reste la grande question : « Est-ce qu'à caractéristiques équivalentes le moniteur FreeSync sera effectivement moins cher que le G-Sync ? » En théorie, ça devrait être le cas, puisque les constructeurs n'ont pas à payer le module propriétaire G-Sync. Mais dans la pratique, les fabricants n'ont pas spécialement intérêt à avantager AMD, d'autant que NVIDIA dispose de parts de marché plus importantes en matière de GPU gamer. Il se peut donc qu'ils profitent (fabricants ou même distributeurs) de l'aubaine pour marger un peu plus...

L'exemple du BenQ XL2730Z nous fait en partie mentir et c'est tant mieux. FreeSync et déjà répertorié à 649,95 € chez LDLC, il est moins cher que son homologue Asus PG278Q G-Sync, vendu 719,95 € chez le même vendeur mais sorti à 799 €. Sauf que le document d'AMD évoque normalement 599 $. Quand on voit que Materiel.net le vend lui à 699,90 €, on constate que certains en profitent déjà. Et que dire du cas LG ? Le prédécesseur de l'écran sud-coréen de 34 pouces, le 34UM65, est vendu à 500 € aujourd'hui, alors que son pendant FreeSync est attendu à 649 $. Il sera donc intéressant et important de guetter les premières mises sur le marché d'écran FreeSync et de voir comment réagira NVIDIA. En attendant, AMD qui avait évoqué par le passé la possibilité de mettre à jour certains moniteurs existants est resté mué sur ce sujet. Il y a bien le cas du Iiyama B2888UHSU mais retourner un 28 pouces à ses frais chez le fabricant, ça n'a rien d'engageant.












