La start-up française Alta Ares a remporté six des seize lots du contrat-cadre anti-drone de l’OTAN, plus que tout autre lauréat. Ses systèmes anti-drones pourront désormais être commandés directement par les pays membres.

Un drone intercepteur d’Alta Ares s’élance de son lanceur. © Alta Ares
Un drone intercepteur d’Alta Ares s’élance de son lanceur. © Alta Ares

L'OTAN a désigné les cinq entreprises retenues pour son contrat-cadre anti-drone, et la start-up française Alta Ares arrive en tête avec six lots sur seize, apprend-on ce jeudi 5 novembre 2026. Ses systèmes entrent ainsi au catalogue de l’Alliance, dans lequel les pays membres peuvent acheter ou louer directement du matériel. La jeune entreprise, fondée en 2024, s’impose face à des industriels américains, britanniques et allemands, sur des missions qui vont de la défense de zone à la protection des frontières. Une autre bonne nouvelle pour Alta Ares, cinq mois après avoir levé 50 millions d'euros.

Six lots sur seize, et une place de choix dans le catalogue de l'OTAN pour le Français Alta Ares

Le principe du contrat-cadre est plutôt simple. Plutôt que de lancer chacun leur propre appel d'offres, une procédure souvent longue, les pays de l’OTAN laissent l'Alliance faire le tri une bonne fois pour toutes. Les systèmes sélectionnés rejoignent alors un catalogue commun, une sorte de carte de restaurant validée à l'avance, dans lequel chaque armée peut ensuite acheter ou louer ce dont elle a besoin, sans nouvelle mise en concurrence. Dans le cas d'Alta Ares, ce catalogue porte un nom un brin technique, la Drone Edge C-UAS Marketplace. « C-UAS » désigne en anglais la lutte contre les drones. Ce catalogue est né du plan d’action de l'OTAN pour l'adoption rapide, qui vise à simplifier les achats et à équiper les armées plus vite. L'Alliance financera même des démonstrations et des essais pour aider les pays membres à adopter ces systèmes.

Plus d'un tiers des lots tombent ainsi dans l'escarcelle d'Alta Ares, répartis entre deux missions bien distinctes. La défense de zone consiste à mettre à l'abri tout un périmètre délimité, tandis que la protection des frontières vise à barrer la route aux menaces venues de l’extérieur. En matière de défense de zone, Alta Ares est d'ailleurs la seule à avoir été retenue dans les trois configurations prévues par l'OTAN, qu'il s’agisse de systèmes fixes installés à demeure, d'équipements transportables d'un site à l'autre ou de dispositifs capables de fonctionner en roulant.

Un intercepteur d’Alta Ares, dressé à la verticale sur son conteneur de lancement. © Alta Ares
Un intercepteur d’Alta Ares, dressé à la verticale sur son conteneur de lancement. © Alta Ares

L'agence de l'OTAN chargée de l'information et des communications, la NCIA, a jugé les offres sur leurs performances techniques et sur leur coût. Ce second critère compte, car face à des drones produits en série et vendus à bas prix, les missiles traditionnels coûtent vite bien plus cher que la menace qu'ils détruisent. Alta Ares affirme avoir construit son offre à partir de son expérience opérationnelle. L'entreprise, présente en Europe, aux États-Unis et au Moyen-Orient, est en effet déjà déployée sur plusieurs théâtres d'opérations du globe.

Des intercepteurs taillés pour chasser le Shahed

Alta Ares ne propose pas de produit unique, mais plus un système complet. Ce dernier réunit des capteurs, logiciels, commandement et contrôle, et intercepteurs, pour suivre une menace aérienne de bout en bout. Autrement dit, il peut la repérer, l'identifier, la pister, puis la neutraliser. Ses systèmes visent deux cibles en particulier. La première, ce sont les drones d'attaque à longue portée de type Shahed, conçus en Iran et lancés par centaines sur l'Ukraine par la Russie. La seconde, ce sont les munitions rôdeuses, qui tournent au-dessus d'une zone avant de plonger sur leur cible.

Les logiciels d'Alta Ares, construits autour de l'intelligence artificielle, s'appuient sur des données de terrain, récoltées en Ukraine et lors de diverses opérations menées dans le Golfe, et pas seulement sur des essais en conditions contrôlées. « Un système anti-drone doit fonctionner de bout en bout, de la détection à l'interception », note Hadrien Canter, le cofondateur et CEO de l'entreprise, dont le prochain objectif est de fournir cette capacité à l'échelle dont les pays alliés ont besoin.

L’arrière d’un drone intercepteur d’Alta Ares, propulsé par un turboréacteur. © Alta Ares

C'est là que tout va se jouer. Alta Ares dit accélérer sa montée en cadence avec ses partenaires et a déjà formé des équipes dédiées au contrat. Pour les commandes les plus importantes, elle prévoit de produire directement dans les pays clients, tout en renforçant sa chaîne d'approvisionnement européenne. Le montant du contrat et l'identité des quatre autres lauréats n'ont pas été communiqués.