Nvidia prend une participation minoritaire dans Doctolib, a annoncé Jensen Huang. Avec cet argent, la plateforme française de rendez-vous médicaux compte recruter et entraîner en Europe ses modèles d’intelligence artificielle, alors que des millions de patients confient leurs données de santé à ses services.

Il y a un an, l’investissement de NVIDIA en Europe était nul, a rappelé Jensen Huang. Interrogé hier sur ce que le continent devait faire pour gagner la course à l’IA, le patron du fabricant de puces a répondu « Il faut déjà que vous entriez dans cette course », avant d’avancer le chiffre de 8 milliards de dollars investis depuis. En fin de journée, place Vendôme, il a annoncé devant le gratin de la tech française et le ministre de l’Économie Roland Lescure l’entrée de Nvidia au capital de quatre start-up tricolores, dont Doctolib. Avant ces annonces, Nvidia détenait pour 99 milliards de dollars de participations dans des entreprises technologiques fin juillet. Chez Doctolib, l’Américain apporte des experts en plus de son argent, et ses équipes vont travailler sur des modèles entraînés en Europe avec des données de santé.
NVIDIA finance un client de ses puces
Mais que ce soit du côté d'NVIDIA comme celui de Doctolib, c’est l’omerta. Personne n’a donné le montant de l’opération ou la valorisation retenue. D’après Le Figaro, cité par Next, Nvidia aurait investi quelques millions d’euros dans la plateforme. La start-up de robotique Genesis AI a confirmé à Reuters l’arrivée du groupe à son capital, et Nvidia a aussi investi dans l’éditeur de logiciels de planification financière Pigment et dans la start-up de chimie Entalpic.
« Nous sommes le plus gros VC d’Europe », a lancé Jensen Huang, qui compte injecter 2 milliards de dollars supplémentaires sur le continent, notamment dans des centres de calcul dédiés à l’IA. Ses chèques profitent souvent à des entreprises qui achètent ensuite son matériel. Cet été, la start-up d’Ilya Sutskever a reçu près de 5 milliards de dollars de Nvidia et un accès privilégié aux puces Vera Rubin du groupe.
D’après Naveen Chhabra, analyste du cabinet Forrester, Nvidia utilise ces participations pour garder les outils de ses partenaires calés sur son architecture. Une entreprise ainsi financée paierait plus cher un passage aux accélérateurs d’AMD. Chez Doctolib, les ingénieurs travaillent depuis un an avec les technologies de Nvidia pour concevoir leurs modèles, et les experts du groupe américain les accompagneront désormais pour les entraîner en Europe.
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Doctolib promet une IA de santé entraînée et contrôlée en Europe
« Cet investissement de NVIDIA va nous permettre d’accélérer nos recrutements et nos développements IA », a écrit Stanislas Niox-Chateau, cofondateur et PDG de Doctolib, dans un communiqué. L’entreprise prévoit de bâtir ses outils à partir de modèles à poids ouverts et open source, et d’investir dans les infrastructures européennes qui les font tourner. Doctolib héberge toutes ses données de santé en Europe, sous son seul contrôle, et veut moins dépendre des modèles d’OpenAI ou d’Anthropic.
Les données médicales de millions de Français transitent par la plateforme. L’entrée d’un groupe américain à son capital est donc un sujet sensible pour les États européens, à commencer par la France. Nvidia n’aura aucun siège au conseil d’administration, a précisé Stanislas Niox-Chateau à l’AFP, rapporte Le Monde Pixels. En août, Doctolib a lancé un programme de recherche qui utilise les données personnelles de ses 50 millions d’utilisateurs. Pour l’Autorité de la concurrence, l’entreprise est en position dominante sur la prise de rendez-vous médicaux en ligne depuis 2017, et l’institution lui a infligé une amende de 4,665 millions d’euros en novembre 2025. Doctolib a fait appel.
Ses produits d’IA arrivent les uns après les autres. Fin 2025, Doctolib a lancé un assistant téléphonique capable de prendre des rendez-vous à la place du secrétariat. Aujourd’hui, 400 000 personnes utilisent en France l’assistant de santé personnel de la plateforme, que Doctolib ouvrira à tous les patients en 2027. Pour 2027 et 2028, son PDG prévoit aussi des assistants pour les soignants, « à la fois pour les tâches administratives et les tâches cliniques ».
Doctolib affirme avoir atteint la rentabilité, avec 422 millions d’euros de revenus annuels récurrents en 2025. Mais en avril, des investisseurs internationaux ont racheté près de 300 millions d’euros de ses actions sur la base d’une valorisation de 3,6 milliards d’euros. Cette valorisation était inférieure de 38 % aux 5,8 milliards d’euros de 2022.