Nvidia a multiplié par 45 la valeur de ses investissements en actions en deux ans. Ils s’élevaient à 99 milliards de dollars au 26 juillet, contre 2,2 milliards en 2024, selon son dernier rapport financier. Intel, SpaceX et une dizaine d’autres sociétés en profitent. Michael Burry et Mark Cuban ont dénoncé une dépendance financière dans le secteur de l’IA.

Nvidia détenait, au 26 juillet, 99 milliards de dollars, environ 85 milliards d’euros, en participations dans d’autres entreprises technologiques, selon son dernier rapport financier. La moitié de cette somme, 48 milliards de dollars, soit environ 41 milliards d'euros, concerne des actions de sociétés cotées en bourse. Le reste comprend 48 milliards de dollars dans des sociétés privées et 3 milliards de dollars, environ 2,6 milliards d'euros, en participations minoritaires comptabilisées par mise en équivalence.
Nvidia avait par ailleurs promis 25 milliards de dollars supplémentaires, environ 21,6 milliards d'euros, en engagements d’investissement. Ce montant fait du fabricant de puces l’un des plus gros investisseurs technologiques du monde, derrière Alphabet et Amazon, dont les portefeuilles dépassaient chacun 100 milliards de dollars.
La moitié du portefeuille pour Intel et SpaceX
Intel et SpaceX représentent, à elles deux, 51 milliards de dollars, environ 44 milliards d’euros, sur les 99 milliards de dollars du portefeuille de NVIDIA, soit plus de la moitié du total. L’accord noué avec Intel remonte à septembre 2025, quand Nvidia avait investi 5 milliards de dollars, environ 4,3 milliards d'euros, dans le fabricant de semi-conducteurs. Cette participation valait 30 milliards de dollars, environ 25,9 milliards d'euros, au 30 juin, car le titre Intel avait progressé sur la période. Quant à SpaceX, elle valait 21 milliards de dollars, environ 18,1 milliards d'’euros.
Nvidia détient également des participations d’une valeur comprise entre 2 et 5 milliards de dollars, soit environ 1,7 à 4,3 milliards d'euros, dans quatre autres sociétés du secteur, dont le fournisseur de cloud pour l’intelligence artificielle CoreWeave. SpaceX attire aussi d’autres actionnaires. Alphabet en détenait une participation de 94 milliards de dollars, environ 81 milliards d'euros, après l’entrée en bourse de la société spatiale en juin.

NVIDIA verrouille toute la chaîne de l’intelligence artificielle
OpenAI a reçu la plus grosse part des participations non cotées de NVIDIA, avec un versement de 30 milliards de dollars, environ 25,9 milliards d’euros, effectué en février dans le cadre d’une levée de fonds globale de 110 milliards de dollars, environ 94,9 milliards d’euros. Selon Colette Kress, directrice financière de Nvidia, la capacité des laboratoires d’IA de pointe à perfectionner leurs produits et à attirer davantage d’utilisateurs, tout en augmentant leurs revenus, est « limitée par la puissance de calcul ». Nvidia est donc « nécessaire pour alimenter ce cercle vertueux », a-t-elle ajouté, et la société a investi près de 50 milliards de dollars, environ 43,1 milliards d'euros, dans ces laboratoires.
Nvidia finance aussi les fournisseurs de cloud spécialisés dans l’IA. CoreWeave a reçu 2 milliards de dollars de Nvidia en janvier, et Nebius un montant équivalent en mars. En injectant des capitaux dans ces jeunes entreprises, Nvidia leur donne les moyens d’acheter des dizaines de milliers de ses processeurs graphiques, a indiqué à CNBC l’analyste Naveen Chhabra, du cabinet Forrester. Nvidia a aussi investi au moins 6,5 milliards de dollars, environ 5,6 milliards d'euros, depuis mars dans des entreprises de technologies photoniques. Ces technologies remplacent l’électricité par la lumière pour transmettre des données. Lumentum, Coherent et Marvell ont chacune reçu 2 milliards de dollars, environ 1,7 milliard d'euros, de la part de Nvidia. D’après Naveen Chhabra, Nvidia utilise ces participations pour maintenir les outils et les protocoles de ses partenaires calés sur son architecture. Un changement vers les accélérateurs concurrents d’AMD coûterait donc plus cher à ces entreprises.
Nvidia a par ailleurs annoncé, le 3 septembre, le rachat de Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, environ 11,1 milliards d'euros. Cette plateforme rassemble des modèles et des outils d’intelligence artificielle open source.
Contrairement aux participations minoritaires détaillées plus haut, Nvidia obtient ici le contrôle direct d'une infrastructure logicielle jusque-là indépendante. Dans son rapport financier du 26 juillet, Nvidia a indiqué agir pour « améliorer ses opportunités de croissance, développer son écosystème et renforcer sa position concurrentielle ».
Selon Ian Fogg, directeur de recherche chez CCS Insight, la pérennité de Nvidia dépend de la prospérité de ses clients et de ses partenaires. Avec ces participations, Nvidia donne à ces derniers les moyens d’innover. L’entreprise gagne aussi un droit de regard sur leurs choix technologiques, qu’elle peut orienter vers les siens, précise CNBC.
Cette stratégie n’attire pas que des éloges. Michael Burry, rendu célèbre par le film « The Big Short », a déclaré que Nvidia « allait trop loin » en finançant et en investissant dans les clients de ses puces. Mark Cuban, ancien investisseur de l’émission « Shark Tank », a affirmé qu’il était « vraiment effrayant » de constater à quel point le boom de l’IA dépendait du financement de Nvidia « par tout le monde sans exception ».
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