Jensen Huang a engagé plus de 40 milliards de dollars (environ 34 milliards d'euros) dans des prises de participation IA entre janvier et avril 2026. Le montant dépasse l'enveloppe annuelle de 2025. Au total, sept opérations cotées et près de vingt-cinq tours privés.

Le champion des GPU NVIDIA a signé sept chèques cotés à plusieurs milliards de dollars et près de vingt-cinq tours privés en quatre mois, selon le décompte établi par CNBC. La ligne la plus lourde reste l'entrée au capital d'OpenAI, finalisée à 30 milliards de dollars (25,6 milliards d'euros) fin février. S'ajoutent à cette liste CoreWeave, Nebius, IREN, Corning et une longue traîne de start-up.
Sur l'exercice 2025, le groupe avait investi 17,5 milliards de dollars dans des entreprises privées. Il n'aura suffi que de quatre mois à NVIDIA pour dépasser ce total en 2026.
Le montant compte moins que la signature de Jensen Huang
En janvier, NVIDIA a injecté 2 milliards de dollars dans CoreWeave à 87,20 dollars par action. L'action a bondi de 9,9 % en pré-marché, à 102,48 dollars. Six semaines plus tard, Nebius a pris 9,8 % à l'annonce d'un chèque identique de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros). En mai, IREN a gagné 9 % en séance prolongée après le warrant de 2,1 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros). Plus discrète, Corning a tout de même progressé de 2,2 % à l'annonce et son cours a doublé sur l'année.
En valeur faciale, aucune de ces opérations ne dépasse 5 % de la capitalisation des entreprises concernées. D'après la banque d'investissement Stifel, CoreWeave est devenu « une extension hors bilan de la stratégie de centre de données de NVIDIA ». Le chèque ne paie pas seulement des parts, il achète un effet de signal. Jensen Huang au capital, c'est une priorité d'allocation sur des GPU rares.
Et NVIDIA y gagne sur plusieurs tableaux. La participation prise dans CoreWeave en janvier vaut désormais autour de 4,4 milliards de dollars contre 2 milliards initialement. Le constructeur de puces facture par ailleurs ses produits au même client, puis encaisse les loyers de capacité réservée. Une seule relation commerciale pour plusieurs flux de revenus parallèles. Rentable !
NVIDIA prête sa note de crédit au reste de la chaîne
Chez S&P, NVIDIA est noté AA-. CoreWeave est noté B+, soit cinq crans en dessous, dans la catégorie spéculative. Or, selon Freedom Capital Markets, CoreWeave pourrait s'adosser à la notation du chipmaker pour réduire son coût du capital après l'investissement de janvier. Un emprunteur B+ paie typiquement plusieurs centaines de points de base au-dessus d'un AA- pour lever de la dette à cinq ans. Sur les 50,8 milliards de dollars (43,4 milliards d'euros) de passif que CoreWeave portait fin du premier trimestre 2026, chaque point de base économisé équivaut à des dizaines de millions d'euros par an.
NVIDIA avait déjà testé un mécanisme proche en 2023. À l'époque, CoreWeave empruntait 2,3 milliards de dollars en mettant en garantie ses cartes H100 elles-mêmes, valorisées plus de 40 000 dollars pièce.
En 2024, NVIDIA et CoreWeave ont signé un contrat de 6,3 milliards de dollars (5,4 milliards d'euros). Le chipmaker s'engage à racheter toute capacité GPU que CoreWeave ne placerait pas sur le marché. Jensen Huang rachète donc le hardware qu'il a lui-même vendu, à un client qu'il a lui-même recapitalisé. Plusieurs analystes parlent ouvertement de « jeu à somme nulle », comme le rappelle Clubic à propos du rétropédalage du patron de NVIDIA sur les futurs investissements OpenAI et Anthropic.
Sam Altman avait pourtant annoncé en septembre 2025 un accord à 100 milliards de dollars avec NVIDIA. Cinq mois plus tard, NVIDIA n'a finalement injecté que 30 milliards, en capital direct cette fois.
Source : CNBC