Depuis septembre 2025, l’administration américaine diffuse, sur des comptes officiels, des vidéos politiques et militaires reprenant Pokémon, Mario ou Naruto sans l’accord des ayants droit. Le ministère japonais des Affaires étrangères a interpellé l’ambassade des États-Unis à Tokyo à plusieurs reprises, mais aucune institution japonaise n’a engagé de procédure judiciaire.

Le pays du Soleil levant a le vent mauvais. Le ministère japonais des Affaires étrangères a demandé au gouvernement américain d’arrêter d’utiliser des personnages japonais dans ses communications officielles. La chaîne de faits remonte à septembre 2025, quand le ministère américain de la Sécurité intérieure a publié un montage associant Sacha, le héros de la série Pokémon, à des opérations de l’agence d’immigration ICE. The Pokémon Company a alors précisé que personne n’avait sollicité son accord.
Depuis, l’administration américaine a repris, via plusieurs comptes officiels dont celui de la Maison-Blanche, des images tirées de Wii Sports, Halo, Yu-Gi-Oh!, Dragon Ball ou Naruto dans des contenus liés à des opérations militaires ou à des messages politiques. Aucune société japonaise n’a pour l’instant engagé de poursuites, mais le gouvernement nippon a choisi la voie diplomatique pour faire valoir ses droits auprès de Washington.
Washington abuse des emprunts non autorisés à des licences japonaises
En mars, la Maison-Blanche a diffusé, sur son compte X, des images de Wii Sports accolées à des frappes menées en Iran. Quelques jours plus tard, elle a publié un second montage associant des extraits de Halo, Yu-Gi-Oh!, Dragon Ball, ainsi que des séquences des films Top Gun, Iron Man et Braveheart, à un message favorable à l’intervention militaire. Steve Downes, comédien de doublage du personnage Master Chief dans Halo, et le compte officiel de Yu-Gi-Oh! Ont publiquement pris leurs distances avec ces montages.
En avril, devant le Parlement japonais, la Diète, Toshimitsu Motegi, ministre japonais des Affaires étrangères, a visé directement la vidéo tournée autour de Wii Sports. « Il est inapproprié, même pour des institutions publiques, de reproduire des œuvres protégées sans le consentement des ayants droit », a-t-il déploré. Un peu plus tôt dans le mois, le ministère des Affaires étrangères avait contacté l’ambassade américaine à Tokyo. Il lui a demandé d’évaluer les conséquences de ces usages sur des contenus politiques ou militaires. En juin, le ministère a renouvelé cette demande, restée semble-t-il lettre morte.
En juin Donald Trump a partagé sur Truth Social une vidéo générée par IA le représentant sous les traits de Naruto. Quelques jours plus tard, Kimi Onoda, ministre chargée de la Sécurité économique, a confirmé que Tokyo avait transmis cette demande à Washington à plusieurs reprises.

Le Japon défend ses licences pour des raisons économiques et diplomatiques
D’ici 2033, les revenus tirés à l’étranger des contenus culturels japonais devraient atteindre 20 000 milliards de yens, soit environ 110 milliards d’euros, selon la stratégie gouvernementale Cool Japan. Des responsables du Parti libéral-démocrate envisagent aussi, depuis 2022, d’associer mangas et jeux vidéo à des jetons non fongibles ou à des systèmes de gestion des droits sur la blockchain.
En parallèle des démarches diplomatiques, Nana Suzuki, une fan japonaise de mangas et de jeux vidéo, a lancé sur Change.org une pétition intitulée « Protect Japanese Manga », déposée auprès du cabinet du gouvernement japonais dès mars. Elle a été relayée outre-Atlantique par le New York Times et la BBC. Même le média américain IGN, (Imagine Games Network), spécialisé dans les jeux vidéo, le cinéma et la culture pop, s’en est fait l’écho, comme vous pouvez le voir dans la publication sur son compte X.com, que vous pouvez voir ci-dessous.
En juin, après le partage de la vidéo de Naruto par Donald Trump, Nana Suzuki a rouvert le texte. « Il s'agit d'un effort urgent pour transmettre notre protestation », a-t-elle déclaré.
Le gouvernement japonais maintient pourtant cette pression diplomatique, alors même que Washington et Tokyo coopèrent, par ailleurs, sur d’autres dossiers économiques. Le 1er août, pour la première fois depuis 2011, les deux pays sont intervenus conjointement sur le marché des changes afin de soutenir le yen. Tokyo, cependant, cloisonne les dossiers et n’a émis aucune menace de rétorsion commerciale.
Malgré cette pression diplomatique, Nintendo et The Pokémon Company n’ont engagé aucune procédure judiciaire à ce jour, et les vidéos contestées sont toujours accessibles en ligne.
Participer à la discussion
Partagez votre avis avec la communauté Clubic.