L'administration Trump a publié sur les réseaux sociaux une photo manipulée d'une avocate des droits civiques arrêtée dans le Minnesota. L'image la montrait en pleurs alors qu'elle affichait en réalité une expression calme.

Nekima Levy Armstrong et d'autres activistes ont scandé « ICE dehors » et « Justice pour Renee Good » - ©IB Photography / Shutterstock
Nekima Levy Armstrong et d'autres activistes ont scandé « ICE dehors » et « Justice pour Renee Good » - ©IB Photography / Shutterstock

La Maison Blanche a posté mercredi sur X une image retouchée de Nekima Levy Armstrong lors de son interpellation à Saint Paul. Sur le cliché diffusé par l'administration, on voit l'avocate le visage baigné de larmes. Sauf que la photo originale montre une expression sereine et posée. Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, avait publié trente minutes plus tôt ce qui semble être le cliché d'origine sur lequel la manifestatnte est emmenée par un officier sans aucun signe de détresse.

Kaelan Dorr, directrice adjointe de la communication de la Maison Blanche, a défendu la publication face aux critiques : « L'application de la loi se poursuivra. Les mèmes continueront à circuler ». Cette déclaration assume ouvertement la manipulation comme stratégie de communication gouvernementale.

Pour rappel, Enkima Levy Armstrong avait manifesté dimanche dans l'église Cities Church au sein de laquelle officie un pasteur qui serait également directeur par intérim du bureau de Saint Paul de l'ICE. Elle et d'autres activistes ont scandé « ICE dehors » et « Justice pour Renee Good » pendant les offices.

Une manipulation qui transforme la réalité

Jordan Kushner, l'avocat de Levy Armstrong, qualifie cette retouche de « tout simplement scandaleuse ». « La Maison Blanche invente des histoires sur quelqu'un pour tenter de le discréditer. Elle était parfaitement calme, posée et rationnelle. Personne ne pleurait », déclare-t-il. Derrick Johnson, président et directeur général de la NAACP, dénonce une photo « retouchée par une intelligence artificielle, la montrant en larmes et effrayée alors qu'en réalité, elle était sereine, déterminée et sans peur ». Un lecteur a ajouté sur X une note de contexte précisant que l'image avait été retouchée numériquement et que Kristy Noem avait elle-même publié la version originale quelques minutes auparavant, comme vous pouvez le voir dans la publication ci-dessous.

Il semble que la Maison Blanche a souhaité ce faisant transformer la perception publique d'une opposante politique. La publication, accompagnée de l'image falsifiée, qualifiait Nekima Levy Armstrong d'« agitateur d'extrême gauche » qui aurait « orchestré des émeutes dans des églises du Minnesota ». Le communiqué de presse du DHS concernant cette même arrestation utilisait pourtant la photo publiée par Kristy Noem, sans aucune modification. La fabrication d'une image montrant la manifestante arrêtée en détresse vise donc à construire une narration émotionnelle qui n'a jamais existé. Elle crée une version alternative de l'événement où la militante apparaît fragile et repentante face aux forces de l'ordre. En clair elle fait de la désinformation.

Nekima Levy Armstrong publiée par la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem (photo de gauche). À droite, une version retouchée numériquement et publiée par la Maison-Blanche.- Capture d'écran ©Ars technica / Mélina Loupia pour Clubic
Nekima Levy Armstrong publiée par la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem (photo de gauche). À droite, une version retouchée numériquement et publiée par la Maison-Blanche.- Capture d'écran ©Ars technica / Mélina Loupia pour Clubic

Un précédent dangereux pour la confiance publique

Même si la retouche d'image et de vidéo en matière de médias n'est pas une nouveauté et participe de la propagation de fake news, ce qui frappe dans cette affaire, c'est qu'il s'agit de la première fois que l'administration Trump diffuse une image manipulée qui pourrait passer pour une vraie photographie auprès d'un public non averti. Hany Farid, spécialiste en forensique numérique à l'Université de Californie à Berkeley, explique que le problème va au-delà du simple partage de contenu trompeur. « Ils rendent de plus en plus difficile pour le public de faire confiance à ce qu'ils partagent », déclare-t-il. Le mari de Nekima Levy Armstrong confirme qu'un agent fédéral avait même assuré que les photos prises ne seraient pas publiées sur les réseaux sociaux. « Je savais que c'était un mensonge », a déclaré Marques Armstrong.

La plateforme X n'a pas signalé la publication de la Maison Blanche comme contenu manipulé. Aucun avertissement n'apparaît sous le post officiel. Des experts en droits numériques estiment que modifier l'image d'un citoyen privé pourrait violer des lois sur la vie privée ou constituer une diffamation. Nekima Levy Armstrong n'est pas une figure publique au sens où l'entendent les tribunaux américains. Elle milite certes sur les réseaux sociaux mais ne détient aucune fonction élective. Cette photo manipulée pourrait d'ailleurs jouer un rôle dans sa défense. Son avocat pourrait plaider que cette publication constitue une déclaration extrajudiciaire inappropriée susceptible d'influencer les jurés potentiels et qu'elle démontre que le ministère de la Justice a porté plainte par esprit de vengeance.

Pour rappel, ces manifestations font suite à l'intensification des activités de l'ICE et à la mort par balle de Renee Nicole Good, habitante de Minneapolis. La NAACP exige la libération des trois militants et dénonce une violation de leurs droits constitutionnels.

Source : Ars Technica