Alphabet étudie une rupture avec Uber pour ses robotaxis. Partenaires depuis 2023 à Phoenix, Austin et Atlanta, les deux groupes sont devenus des concurrents directs sur le marché des taxis autonomes. Waymo a prévenu Uber de son intention d’opérer seul à Austin et à Atlanta dès janvier 2028, date d’expiration de leur contrat.

Il semble, selon plusieurs sources proches du dossier, que le divorce soit bel et bien consommé entre la filiale d’Alphabet spécialisée dans la conduite autonome et le spécialiste du VTC. Les deux entreprises exploitent ensemble des robotaxis à Austin et à Atlanta depuis leur partenariat noué en 2023. Mais la relation s’est dégradée au fil des mois, à mesure que les deux groupes sont devenus des rivaux directs et que chacun fait pression pour des lois sur les robotaxis favorables à ses propres intérêts. Uber a confirmé dans un communiqué que Waymo prévoit désormais d’entrer seul sur ces deux marchés une fois le contrat arrivé à échéance, en janvier 2028.
Un partenariat noué en 2023, mis à mal par la concurrence
Le partenariat entre les deux entreprises remonte à mai 2023, quand Waymo a lancé ses premiers robotaxis via l’application Uber à Phoenix, avant Austin et Atlanta. Les véhicules Waymo n’y sont accessibles que par l'application Uber, qui gère la flotte avec son partenaire Avomo. En mai dernier, les deux entreprises ont mis fin à leur collaboration à Phoenix, à l’expiration de leur accord.
Uber développe par ailleurs ses propres partenariats en dehors de Waymo, notamment avec le chinois WeRide pour un déploiement de robotaxis en Espagne. L’entreprise a investi plus de 8,8 milliards d’euros en un an dans les véhicules autonomes, à travers des prises de participation et des accords de flotte, après avoir vendu sa propre division de conduite autonome en 2020. Le titre Uber a perdu plus de 16 % depuis le début de l’année, sur fond de craintes des investisseurs à l’idée d’un dépassement de l'entreprise par les opérateurs spécialisés dans les véhicules autonomes. L’action a chuté de 4 % supplémentaires le jour de l’annonce d'un possible retrait de Waymo.
Le groupe californien exploite aujourd’hui plus de 3 800 véhicules dans dix villes américaines. Cette assise financière accompagne une expansion à l’international, avec des tests à Londres menés auprès de conducteurs de sécurité avant un lancement commercial prévu au Royaume-Uni. En février, Waymo a levé 14,1 milliards d'euros auprès d’investisseurs comme Alphabet et Sequoia Capital, portant sa valorisation à 110,9 milliards d’euros.

Uber et Waymo échangent des reproches sur la qualité du service
La branche autonome d’Alphabet critique la propreté et les itinéraires des véhicules que gère Uber. Uber, de son côté, affirme que le partenariat freine son propre déploiement. En mai, Uber assurait le routage des véhicules quand plusieurs dizaines de robotaxis Waymo ont bloqué une impasse à Atlanta.
Uber reproche par ailleurs à Waymo des conditions financières du contrat jugées intenables et des indisponibilités répétées lors d’épisodes de mauvais temps. En décembre, Uber a écrit à Waymo après plusieurs véhicules autonomes qui n’avaient pas respecté l’arrêt de bus scolaires à Austin.
Waymo a choisi d’étendre plusieurs marchés américains sans passer par Uber, avec des réservations directes via sa propre application. L’entreprise prévoit d’ouvrir Austin et Atlanta aux réservations directes en parallèle d’Uber, sur le modèle de son accord avec Lyft à Nashville. Waymo affirme croire en un écosystème de véhicules autonomes collaboratif et porteur d’innovation, qui laisse aux passagers le choix de leur mode de déplacement.
Uber veut des réseaux hybrides avec chauffeurs et robotaxis
Comme dans tous les divorces, chacun rejette les responsabilités sur l’autre. Uber milite auprès des responsables politiques, aux niveaux fédéral et des États, pour imposer des réseaux dits hybrides, où les plateformes combineraient chauffeurs humains et robotaxis.
Dans le New Jersey, les lobbyistes d’Uber ont proposé que des chauffeurs humains assurent au moins 85 % des courses durant un projet pilote de trois ans, une règle applicable à toute plateforme qui propose des robotaxis. Selon des analystes, cette règle contraindrait les entreprises qui disposent de leur propre application, comme Tesla, Waymo et Zoox, filiale d’Amazon, à proposer leurs services via des applications tierces de VTC.
Selon Grayson Brulte, cofondateur du cabinet de données Autnmy AI, « Uber cherche à gagner du temps par la capture réglementaire ». Il ajoute que l’entreprise défend avant tout des mesures qui préservent sa part de marché.
Waymo soutient de son côté des coûts de permis élevés pour les nouveaux opérateurs de véhicules autonomes, une mesure qui désavantage les petits opérateurs partenaires d’Uber. Uber conteste toute posture hostile aux véhicules autonomes et défend les réseaux hybrides comme un moyen de mettre la technologie plus vite à la disposition du public, tout en donnant aux responsables politiques un cadre pour gérer la transition.
Source : Financial Times (accès payant)