C’est officiel : l'Europe ne sera plus la grande oubliée de la révolution autonome d'Uber. En marge de la présentation de ses résultats financiers ce mercredi, le géant américain a confirmé le déploiement imminent de flottes de robotaxis à Londres, Madrid et Munich, marquant un tournant décisif dans sa stratégie mondiale.

La course au véhicule autonome quitte enfin les autoroutes ensoleillées de Californie pour se confronter aux vieux pavés européens. Ce 4 février 2026, Dara Khosrowshahi, PDG d'Uber, a profité de l'annonce des résultats du quatrième trimestre 2025 pour dévoiler une feuille de route agressive. Alors que l'entreprise continue de composer avec des marges sous pression et une fiscalité alourdie, le message envoyé aux investisseurs et aux technophiles est clair : Uber ne veut pas seulement être une application de VTC, mais devenir le « système d'exploitation » mondial de la mobilité autonome, quitte à s'appuyer lourdement sur des partenaires technologiques tiers.
L'Europe : trois villes, trois laboratoires
L'annonce cible trois métropoles aux défis urbains radicalement différents : Londres, Madrid et Munich. Ce choix n'est pas anodin et repose sur une stratégie de partenariats locaux plutôt que sur une technologie propriétaire unique. À Londres, Uber capitalise sur sa collaboration avec la startup britannique Wayve, spécialisée dans l'IA embarquée, pour naviguer dans le dédale complexe de la capitale britannique. Le cadre législatif favorable, renforcé par le récent Automated Vehicles Act au Royaume-Uni, permet enfin d'envisager des tests commerciaux de niveau 4 (sans intervention humaine).
En Allemagne, c'est à Munich que les premiers robotaxis Uber devraient circuler, fruit d'une alliance stratégique avec le chinois Momenta. Le choix de Munich, cœur de l'industrie automobile allemande, est symbolique : Uber tente de prouver que sa plateforme peut s'intégrer dans les bastions historiques de l'automobile européenne. Madrid complète ce trio, offrant un terrain de test plus dense, essentiel pour valider la robustesse des algorithmes dans des conditions de circulation latines souvent plus « organiques » (pour rester poli).
L'Asie et le Moyen-Orient : l'avance technologique
Si l'Europe démarre à peine, l'Asie et le Moyen-Orient servent déjà de vitrine technologique à l'américain. L'annonce d'aujourd'hui confirme également l'arrivée des robotaxis à Hong Kong, mais c'est surtout dans le Golfe que la réalité dépasse la fiction. Grâce à son partenariat avec WeRide, Uber opère déjà des courses 100 % autonomes à Abu Dhabi et Dubaï.

Ces déploiements, effectifs depuis fin 2025 aux Émirats, permettent à Uber d'accumuler une quantité massive de données en conditions réelles. Contrairement au modèle américain où Waymo (Google) et Cruise (GM) dominent, la stratégie d'Uber en Asie et au Moyen-Orient repose sur une diversification des fournisseurs de « cerveaux » (WeRide, Momenta). Cette approche permet à Uber de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier technologique, réduisant ainsi les risques en cas de défaillance d'un partenaire, comme ce fut le cas pour Cruise par le passé.
Une rentabilité sous pression face à l'ombre de Tesla
Malgré ces annonces futuristes, la réalité financière rappelle Uber à l'ordre. Les résultats du quatrième trimestre 2025 montrent un chiffre d'affaires en hausse de 20 % (14,4 milliards de dollars), mais qui reste en deçà des attentes des analystes. La pression fiscale accrue et la baisse des tarifs moyens pèsent sur les bénéfices. Dans ce contexte, le pari du robotaxi est à double tranchant : il promet, à terme, d'éliminer le coût du chauffeur (le poste de dépense le plus lourd), mais exige des investissements colossaux en intégration et en assurance.
Cette accélération est aussi une réponse directe à Tesla. Alors qu'Elon Musk continue de promettre une flotte de Cybercabs propriétaires, Uber se positionne comme l'agrégateur universel. Uber fait le pari que la technologie se banalisera et que la valeur résidera dans le réseau de demande client, et non dans la voiture elle-même.
Avec ces déploiements européens, il reste une inconnue majeure : les usagers européens, réputés plus sceptiques que leurs homologues américains, sont-ils prêts à monter dans une voiture sans chauffeur dans les rues étroites de nos villes européennes ?