La Commission européenne accuse vendredi TikTok de ne pas protéger suffisamment les comptes de ses utilisateurs mineurs. Une enquête fait état de réglages de confidentialité trop laxistes, exposant les ados à des risques de harcèlement et de contacts indésirables.

La Commission européenne pointe les failles de sécurité des comptes mineurs sur TikTok. © FotoField / Shutterstock
La Commission européenne pointe les failles de sécurité des comptes mineurs sur TikTok. © FotoField / Shutterstock

Bruxelles a transmis ce vendredi 24 juillet des conclusions préliminaires à TikTok, jugeant que la plateforme enfreint la législation sur les services numériques, le fameux règlement DSA. La Commission européenne reproche au géant chinois des comptes mineurs trop exposés, malgré les réglages de confidentialité disponibles. Elle réclame désormais des changements concrets dans les paramètres par défaut. Une procédure qui pourrait déboucher sur une lourde amende si les manquements étaient confirmés dans les prochains mois.

Des comptes mineurs bien trop exposés sur TikTok, dénonce Bruxelles

Alors quel est le cœur du problème ? Sur TikTok, rien n'empêche un mineur de basculer son compte en mode « public ». Son contenu peut ainsi devenir visible par n'importe qui, y compris par des internautes sans compte sur l'application. Et pour les 16-17 ans, l'algorithme s'en mêle, car leurs vidéos peuvent être poussées à des inconnus via le flux « For You ».

Cette exposition inquiète grandement Bruxelles. Elle multiplie, d'après la Commission, les risques de contacts indésirables et facilite le harcèlement en ligne. Il y a aussi ce qui est moins visible, et qui peut malgré tout ressurgir et faire des dégâts. Un adolescent qui publie du contenu à 15 ans peut voir ce contenu rester en ligne pendant des années, et être rattrapé par ce dernier bien plus tard, une fois devenu adulte.

Passer son compte en privé ne suffit d'ailleurs pas à disparaître des radars de TikTok. Les listes d'abonnements restent consultables par d'autres utilisateurs, et la photo de profil, elle, échappe à tout verrouillage, puisque visible de tous, compte TikTok ou pas. Un angle mort que la Commission a mis au jour après une enquête approfondie. Elle a longuement analysé l'interface de l'application, épluché des documents internes et réalisé des entretiens avec des forces de l'ordre, ainsi que des spécialistes de la protection de l'enfance, de la maltraitance infantile et de la neuropsychologie.

© Varga Jozsef Zoltan / Shutterstock
© Varga Jozsef Zoltan / Shutterstock

Vers des comptes mineurs privés par défaut sur TikTok

Pour la Commission européenne, la confidentialité ne doit plus être une option à activer soi-même, mais le point de départ. Concrètement, elle exige de TikTok que les comptes mineurs basculent en privé par défaut, avec un contenu visible uniquement par les abonnés que l'ado a lui-même validés.

Autre exigence, qui vaut aussi pour les plus âgés, à qui un partage plus large pourrait être toléré, le contenu ne devrait jamais franchir les frontières de la plateforme vers un public mondial. Et l'algorithme, lui, devrait cesser purement et simplement de mettre en avant les vidéos de mineurs. « Un niveau élevé de protection ne devrait pas être un opt-in ; cela devrait être la valeur par défaut », explique Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie.

Rien n'est encore joué, précisons-le, car ces conclusions restent préliminaires, et TikTok dispose maintenant d'un accès au dossier pour préparer sa défense par écrit, pendant que le comité européen des services numériques sera consulté en parallèle. Si les griefs sont confirmés, la note pourrait grimper jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial annuel de l'entreprise, même s'il davantage probable que TikTok s'aligne sur ce que demande l'UE. Notons que l'enquête globale, ouverte en février 2024, a déjà produit des conclusions préliminaires sur le design potentiellement addictif de l'appli (février 2026) et sur l'accès des chercheurs aux données publiques (octobre 2025), tandis que le volet transparence publicitaire s'est refermé sur des engagements contraignants en décembre dernier. Deux chapitres restent ouverts : l'« effet trou de lapin » des recommandations, et les fausses déclarations d'âge des utilisateurs.

La pression réglementaire est au plus haut en Europe pour les réseaux sociaux. Bruxelles planche aussi sur un encadrement plus large des fonctionnalités addictives chez Meta et consorts, tandis qu'en France, les députés viennent d'adopter une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, un texte que la Commission a d'ailleurs jugé en partie incompatible avec le DSA, et qui pourrait ne pas être appliqué tout de suite.