Les 6 et 7 juillet, deux Rafale M partis du porte-avions Charles de Gaulle ont largué chacun deux bombes AASM 1000 sur le champ de tir grec de Keravia, de quoi valider une nouvelle capacité opérationnelle pour la Marine nationale.

Un Rafale de la Marine nationale photographié en vol. © Karlis Miksons / Shutterstock
Un Rafale de la Marine nationale photographié en vol. © Karlis Miksons / Shutterstock

Le Rafale M F4 a démontré une nouvelle capacité de frappe pour la Marine nationale. Les 6 et 7 juillet, alors que le porte-avions Charles de Gaulle achevait son retour du golfe d'Oman, deux appareils ont décollé avec chacun deux bombes guidées AASM 1000 sous les ailes, soit le double de la dernière charge validée en décembre. Larguées sur le champ de tir grec de Keravia, les quatre bombes ont toutes touché leur cible, une « première », selon la Marine nationale elle-même, comme nous l'apprend Opex360.

Le Rafale M F4 augmente nettement sa puissance de frappe avec l'AASM 1000

Petit clin d'œil du hasard, le champ de tir de Keravia se trouvait presque sur la route du retour du porte-avions. Une aubaine dont la Marine n'allait évidemment pas se priver. Le groupe aérien embarqué, épaulé par le Centre d'expérimentations pratiques et de réception de l'aéronautique navale (CEPA/10S), a donc catapulté deux Rafale M (M pour Marine) lourdement chargés, avec deux AASM 1000 chacun, plus une nacelle Talios, deux missiles MICA et deux réservoirs externes pour l'autonomie. De quoi transformer chaque appareil en véritable camion de guerre volant, si vous nous permettez l'expression.

L'AASM 1000, pour les non-initiés, est une bombe classique d'environ une tonne, améliorée avec des kits de guidage et d'allonge de portée. Un accessoire redoutable, mais gourmand en espace sous voilure, car sur les treize points d'emport du Rafale M (pour une masse à vide d'environ dix tonnes), seuls cinq sont taillés pour encaisser ce genre d'armement lourd ou de réservoirs externes. D'où l'intérêt de vérifier qu'un seul appareil peut vraiment en trimballer deux à la fois sans sourciller.

Excellente nouvelle, les quatre bombes ont toutes atteint la cible désignée sur le champ de tir de Keravia. Pas franchement une surprise vu le savoir-faire déjà accumulé sur l'AASM. Mais faire voler deux bombes par appareil au lieu d'une seule laisse entrevoir, pour les missions futures, une puissance de frappe accrue sans multiplier les sorties, un gain que la Marine n'a toutefois pas davantage détaillé.

La mission La Fayette 26 bousculée par le contexte iranien

Il y a eu tout un chemin jusqu'aux 6 et 7 juillet 2026. Dès décembre dernier, en pleine préparation de la mission La Fayette 26, le Charles de Gaulle avait déjà validé la capacité du Rafale M F4 à embarquer une seule AASM 1000 pour une frappe longue distance : positionné à l'ouest de la Corse, il avait catapulté deux Rafale M, dont un armé de la bombe, pour détruire une cible après une phase de pénétration à basse altitude. L'AASM 1000 venait alors tout juste d'être déclaré pleinement opérationnel, aussi bien par l'armée de l'Air & de l'Espace que par la Marine nationale.

Car La Fayette 26 n'aura pas été une croisière tranquille. Partie de l'exercice Orion 26, la mission s'est poursuivie par un déploiement dans l'Atlantique Nord et la Baltique, avant que le porte-avions ne mette le cap sur la Méditerranée orientale en mars pour assurer la protection de la République de Chypre. Direction ensuite le canal de Suez et le golfe d'Oman, où le Charles de Gaulle s'est tenu prêt à participer à une opération de rétablissement de la navigation dans le détroit d'Ormuz, un programme largement bousculé par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

Autre fait marquant de ce déploiement, le Charles de Gaulle a réussi à catapulter un avion en pleine opération de ravitaillement en carburant, une manœuvre délicate où le porte-avions, occupé à se réapprovisionner, est habituellement moins réactif face à une menace. Cette double compétence acquise en mer est un peu le reflet de toute l'intensité de ces six derniers mois : le porte-avions est rentré à Toulon le 11 juillet après 166 jours en mer, 3 400 catapultages et 5 000 heures de vol au compteur, l'un des déploiements les plus longs de son histoire.