Le groupe aéronaval français, articulé autour du porte-avions Charles de Gaulle, est actuellement déployé en Méditerranée orientale. Un positionnement stratégique qui révèle toute la puissance d'une armada navale d'exception.

Parti de Toulon le 27 janvier pour l'Atlantique nord, le groupe aéronaval a reçu l'ordre présidentiel, le 3 mars, de rallier la Méditerranée orientale, théâtre de vives tensions entre les États-Unis, Israël et l'Iran. En six jours, il a parcouru près de 6 700 kilomètres, une démonstration de réactivité assez remarquable. Depuis le Charles de Gaulle, le contre-amiral Haudos de Possesse a détaillé les capacités d'une force navale aussi complexe qu'impressionnante.
Le groupe aéronaval en Méditerranée, une force navale multinationale autour du Charles de Gaulle
Le 27 janvier, le groupe aéronaval quittait Toulon avec comme mission de patrouiller en Atlantique nord. Mais le 3 mars, le président de la République en a décidé autrement. Avec la montée des tensions entre les États-Unis, Israël et l'Iran au Moyen-Orient, Emmanuel Macron a ordonné un redéploiement immédiat vers la Méditerranée orientale. Un changement de cap radical, dans tous les sens du terme. La France tient néanmoins à le préciser : sa présence sur zone reste purement défensive à ce stade.
Le Charles de Gaulle est le cœur battant du dispositif. Autour du porte-avions gravitent deux frégates chargées de protéger le ciel, une frégate multi-missions polyvalente (la FREMM) et un navire ravitailleur, le Jacques Chevalier, qui assure le plein en mer. Sur le pont du porte-avions, vingt Rafale Marine, deux avions de guet radar Hawkeye (les « yeux » du groupe) et trois hélicoptères sont prêts à intervenir. Ensemble, ils forment une bulle de puissance capable d'agir dans les airs, sur l'eau et au besoin sur terre.
Le groupe aéronaval (GAN) ne navigue pas seul. Trois frégates alliées (italienne, espagnole et néerlandaise) l'accompagnent dans ce déploiement. Et ce n'est pas un hasard. Beaucoup de pays ne possèdent pas de porte-avions, et s'intégrer au dispositif français est pour eux une occasion précieuse de s'entraîner et d'opérer au sein d'une force navale de premier plan. En clair, le GAN fonctionne aussi comme une école du combat naval en conditions réelles, et les candidats ne manquent pas, selon le ministère des Armées.
Le GAN est devenu l'agrégateur de forces navales alliées le plus recherché d'Europe
Derrière l'aspect impressionnant du dispositif, la mission du GAN reste avant tout défensive. Concrètement, il s'agit de protéger les Français présents dans la région, de défendre les intérêts de la France et de tenir ses engagements envers ses alliés, notamment Chypre, avec qui Paris a des accords de défense. En parallèle, les capteurs et radars embarqués assurent une veille permanente sur la zone, permettant aux autorités françaises de suivre l'évolution de la situation en temps réel et d'anticiper toute escalade.
Surveiller, c'est bien. Mais le GAN peut faire bien plus. Sa vraie force, c'est sa capacité à prendre le contrôle d'une zone, dans les airs comme en mer. En clair, quand le groupe aéronaval est présent, les forces françaises dictent les règles dans leur périmètre. Aucun appareil ne décolle, aucun navire ne manœuvre sans qu'il le sache et sans qu'il puisse réagir. C'est ce que les militaires appellent la supériorité aéromaritime, et c'est précisément ce qui rend le GAN si dissuasif.
Dernier atout, et non des moindres, la vitesse de déploiement. En seulement six jours, le groupe aéronaval a rallié la Méditerranée orientale depuis la mer de Norvège, soit près de 6 700 kilomètres avalés à 22 nœuds (41 km/h). Le contre-amiral Haudos de Possesse le confirme, « les chefs d'état-major des marines se montrent très intéressés » par ce type de coopération. Peut-être que le rôle du groupe aéronaval sera amené à évoluer dans les prochaines semaines, en fonction de la réponse que donneront les membres de l'OTAN à la demande de Donald Trump de constituer une coalition dans la région.